‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 23 sur 496 · V. 44. Êd · texte numérisé non relu

V. 44. Êd

Tu guidais mon David à te suivre empressé.

a Mon David, » expression de tendresse ou d’amitié dans le goût antique. Virgile, Én., II, 522 :

Non, si ipse meus nunc afforet Hector.

les auteurs du seizième et du dix-septième siècle peuvent nous en fournir quelques exemples. On connaît le tendre mouvement de Malherbe, dans les Stances à Du Périer : u Non, non, mon Du Périer... a Corneille a ce pathétique vers :

Mon Polyeucte touche à son heure deruiêre.

XCTIII

LE JEU DE PAUME

Quand, avec toi, dans le sein du passé, *5

Fuyant parmi les morts sa patrie asservie,

Sous sa main, rivale des dieux,

La toile s’enflammait d’une éloquente vie ;

Et la ciguë, instrument de l’envie,

Portant Socrate dans les cieux ; 50

Et le premier consul, plus citoyen que père,

Rentré seul par son jugement,

Aux pieds de sa Rome si chère Savourant de son cœur'le glorieux tourment;

L’obole mendié seul appui d’un grand homme; 55

Et l’Albain terrassé dans le mâle serment Des trois frères sauveurs de Rome.

Un plus noble serment d’un si digne pinceau Appelle aujourd’hui l’industrie.

Marathon, tes Persans et leur sanglant tombeau 60

Vivaient par ce bel art. Un sublime tableau Naît aussi pour notre patrie.

Racine aussi s'est souvenu de cette expression virgiiienne dans ce vers d' Andromaque :

Sacrés murs, que n’a pu conserver nio» Hector.

V. 47. « Rivale des dieux. » C’est l'épithète homérique àsrlOsof ; celle qu’ilomère donne à Àjax, Iliade, IX, 023.

V. 49 et suiv. André désigne plusieurs tableaux célèbres de David : la Mort de Socrate, le Retour de Brutus dans ses foyers, Bélisaire, le Serment des Horaces.

V. 54. N’est-ce pas une réminiscence du vers de l 'Enéide, VI, 822 . Vincet amor palriæ, laudumque immensa cupido.

V. 60. André rappelle ici les peintures qui, à Athènes, ornaient le portique appelé le Pœcilc (netxCb?) ou Pantenus, frère de Phidias, avait représenté le combat de Marathon. Voy. Pausanias, I, xv et V, xi ; Pline, Uist. nat., XXXV, vin.

A LOUIS DAVID

Elle expirait : son sang était tari ; ses flancs Ne portaient plus son poids. Depuis mille ans A soi-même inconnue, à son heure suprême, 65

Ses guides tremblants, incertains,

Fuyaient. 11 fallut donc, dans le péril extrême,

De son salut la charger elle-même.

Longtemps, en trois races d'humains,

Chez nous l’homme a maudit ou vanté sa naissance : 70

Les ministres de l’encensoir,

V. 63. Telle était la situation de la France en 1788, vers la fin du ministère de Brienne.

V. 64. Depuis mille ans environ, les assemblées où les Francs réglaient eux-mêmes leurs affaires (champ de mars ou champ de mai) avaient cessé de se réunir; dès lors la nation avait été guidée (v. 66) Les états généraux, que le pouvoir convoquait irrégulièrement, n’avaient guères d’autre mission que celle de consentir à des impôts pour remplir les caisses du fisc.

V. 65. Les grammairiens modernes mettent une grande différence entre l’emploi de soi et l’emploi de lui. Mais les écrivains s’affranchissent souvent de ces règles, et mettent soi pour lui et réciproquement. Chénier presque toujours emploie soi. Les écrivains du dix-septième siècle, ainsi que le remarque M. Génin, Lex. de Molière, p. 377, faisaient de même, partout où le latin aurait mis se, sibi. Racine, Phèdre, II, v, nous peint Thésée :

Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi.

Molière, Tari., I, i :

Je vous dis que mon fils n’a rien fait de plus sage Qu’en recueillant chez soi ce dévot personnage.

Molière, Fest. de pierre, III, î, a dit au contraire : « Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre et ce ciel que voilà là-haut, et si tout cela s’est bâti de lui-même ? a Corneille, fol., III, m, avait dit aussi :

Qu’il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.

V. 66. Cela ge rapporte aux ministres Calonne et Brienne, qui se succédèrent et donnèrent tous deux leur démission ; Calonne le 3 avril 1787 et Brienne le 25 août 1788.

J V. 67. Éd. 1839 :

.... Il fallut donc, dans ce péril extrême.

V. 71. Ce sont les périphrases qui en plus d’un endroit déparent cette ode.

LE JEU DE PAUME

Et les grands, et le peuple immense.

Tous à leurs envoyés confieront leur pouvoir. Versailles les attend. On s’empresse d’élire ;

On nomme. Trois palais s’ouvrent pour recevoir Les représentants de l’empire.

D’abord pontifes, grands, de cent titres ornés, Fiers d’un règne antique et farouche,

De siècles ignorants à leurs pieds prosternés,

De richesses, d’aïeux vertueux et prônés.

Douce Égalité, sur leur bouche,

A ton seul nom pétillé un rire âcre et jaloux,

Ils n’ont point vu sans effroi, sans courroux,

Ces élus plébéiens, forts des maux de nos pères, Forts de tous nos droits éclaircis,

De la dignité d’homme, et des vastes lumières Qui du mensonge ont percé les barrières.

Le sénat du peuple est assis.

Il invite en son sein, où respire la France,

Les deux fiers sénats ; mais leurs cœurs N’ont que des refus. U commence :

Il doit tout voir; créer l’État, les lois, les mœurs. Puissant par notre aveu, sa main sage et profonde Veut sonder notre plaie, et de tant de douleurs Dévoiler la source féconde.

On tremble. On croit, n’osant encor lever le bras, Les disperser par l’épouvante.

Page 1