AUX FRÈRES DE PANGE
Vous restez, mes amis, dans ces murs où la Seine Voit sans cesse embellir les bords dont elle est reine,
Et près d’elle partout voit changer tons les jours Les fêtes, les travaux, les belles, les amours.
Moi, l’espoir du repos et du bonheur peut-être, S
Cette fureur d’errer, de voir et de connaître,
La santé que j’appelle et qui fuit mes douleurs (Bien sans qui tous les biens n’ont aucunes douceurs),
A mes pas inquiets tout me livre et m’engage.
C’est au milieu des soins, compagnons du voyage, 10
Que m’attend une sainte et studieuse paix Que les flèches d’amour ne troubleront jamais.
Je suivrai des amis ; mais mon âme d’avance,
Vous, mes autres amis, pleure de votre absence,
XI. — V. 8. Horace a dit, Éptt-, I, xn, 5, que lorsque I on possède la santé,
«il
Diviliæ potcrunt regales adilcre majus.
Cf. Horace, Éptt., I, ii, 47. — Éd. 1826 et 1839:
(Bien sans qui tous les Biens n'offrent point de douceurs). Aucun < se met quelquefois au pluriel, » dit l'Académie. Il y eu a de nombreux exemples dans Corneille. Racine a dit dans Phèdre :
Aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui.
On citait souvent cher, les anciens ce premier vers d’un scolie attribué àSimonideou à Ëpicharme (voy. Boissonade, l.yr. gnec., p. 20b) : 'ïyiafvtiv jusv âpiiro* ùtôp't fivarSi.
Un autre vers rendait la même pensée ainsi :
Qùx M’ Ô-/S fa{ xptlTTOi oùSiv iv fiia.
V. 10. a Soins, » préoccupations, soucis. La Fontaine, Fab., IX, il :
......... Au moins que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changeai uu peu voire courage.
ÉLÉGIES
Et voudrait, partagée en des penchants si doux, i:>
Et partir avec eux ej rester près de vous.
Ce couple fraternel, ces âmes que j’embrasse D’un lien qui, du temps craignant peu la menace,
Se perd dans notre enfance, unit nos premiers jours,
Sont mes guides encore ; ils le furent toujours. -;o
Toujours leur amitié, généreuse, empressée,
A porté mes ennuis et ne s’est point lassée.
Quand Phœbus, que l’hiver chasse de vos remparts,
Va de loin vous jeter quelques faibles regards,
Nous allons, sur ses pas, visiter d’autres rives, 2:,
Et poursuivre au Midi ses chaleurs fugitives.
Nous verrons tous ces lieux dont les brillants destins Occupent la mémoire ou les yeux des humains :
Marseille où l’Orient amène la fortune ;
Et Venise élevée à l’hymen de Neptune; 00
Le Tibre, fleuve-roi ; Rome, fdle de Mars,
Qui régna par le glaive et règne par les arts ;
Athènes qui n’est plus, et Byzance, ma mère;
Smyrne qu’habite encor le souvenir d’Homère.
Croyez, car en tous lieux mon cœur m’aura suivi, 35
Que partout où je suis vous avez un ami.
Mais le sort est secret ! Quel mortel peut connaître
V. 19. Les Trudaine avaient été ses camarades au collège de Navarre. V. 23. Le contraire dans Virgile, Géorg., IV, 51 :
Pulsam hiemem sol aureus egit
Sub terras
V. 31. Virgile, Ênéitle, VIII, 77, appelle le Tibre : 1 Hesperidum fluvius regnator aquarum.» Il avait dit de l’Éridan, Géorg., I, 482 : a Muviorum rex Eridanus. » Stace, Silves, III, v, 101, nomme le Tibre : a Ductor aquarum. »
V. 54. a Sinyrne, » une des villes qui ont réclamé l'honneur d'avoir donné naissance à Homère ; voy. Riccius, Diss. Iiorn., p. 15.