LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Ce que lui porte l’heure et l’instant qui va naître?
Souvent ce souffle pur dont l’hohime est animé.
Esclave d’un climat, d’un ciel accoutumé, tu
Redoute un autre ciel, et ne veut plus nous suivre Loin des lieux où le temps l'habitua de vivre.
Peut-être errant au loin, sous «le nouveaux climats,
Je vais chercher la mort qui ne me cherchait pas.
Alors, ayant sur moi versé des pleurs fidèles, 45
Mes amis reviendront, non sans larmes nouvelles,
Vous conter mon destin, nos projets, nos plaisirs,
Et mes derniers discours et mes derniers soupirs.
Vivez heureux ! gardez ma mémoire aussi chère,
Soit que je vive encor, soit qu’en vain je l’espère. 50
Si je vis, le soleil aura passé deux fois Dans les douze palais où résident les mois,
D’une double moisson la grange sera pleine,
Avant que dans vos bras la voile nous ramène.
Car, comme le dit Sénèque, Cous, à Polybe : « Nihil ne in totum quidem diem certi est. » Les poètes abondent en pensées sur l'incertitude de l’avenir et sur la fragilité du bonheur ; voy. Pindare, Olyrnp., Il, 55.