‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 234 sur 496 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES

Mais le printemps revient amollir leurs entraves,

Leur frein s’use et se brise au souille du zéphyr, "5

Et l’onde eu liberté recommence à courir.

De l’art de Pyrgotèle élève ingénieux,

Dont, à l’aide du tour, le fer industrieux Aux veines des cailloux du Gange ou de Syrie Sait confier les traits de la jeune Marie,

Grave sur l’améthyste ou l’onyx étoilé Z

Ce que d’elle aujourd’hui les dieux m’ont révélé.

Souvent, lorsqu’aux transports mon âme s’abandonne, L’harmonieux démon descend et m’environne,

Voy. Ovide, Mét., 1, 282 ; Lucrèce, VI, 529. La Fontaine, Songe de Vaux :

Le ciel armé de vents

Arrêtait le cours des torrents Et leur donnait un frein de glace.

Ronsard, Od., IV, xxi, avait dit déjà :

. . . Toujours la glace éternelle Des fleuves ne bride le cours.

XII. — La jeune Marie qui est célébrée dans cette élégie serait-elle, dans la pensée du poète, Marie de Médicis? La pièce pourrait être alors imitée d’un poète italien ou d'une poésie latine de l’époque. Le graveur sur pierres fines serait le célèbre Coldoré, valet de clmmbrc de Henri IV. Dans l'ouvrage de Mariette on trouve de lui une gravure sur jaspe de Marie de Médicis. — Dans une autre hypothèse, plus probable peut-être, aurions-nous ici un souvenir du séjour d’André à Ron:c ? Il y allait beaucoup dans le monde. Dans l 'Elégie XIV il parle d’un cercle nombreux. Cette jeune Marie, ornée de talents, peignant, aimant et cultivant la poésie, toujours entourée d’amis, troupe nombreuse et fidèle, pourrait être la signora Maria Pizzelli, dont parle Dutens dans ses Mémoires (1,r vol., p. 291 j, publiés en 1777, et qui jouait à Rome le rôle d’une marquise de Rambouillet. En 1782, lors du séjour à Rome d’Allieri et de la comtesse d’Albany, elle, était encore dans tout l'éclat de son triomphe. Or André était à Rome dans l’hiver de 1784.

V. 1. « Pyrgotèle, » graveur célèbre qui vivait au temps d’Alexandre, et qui partagea avec Apelles, le peintre, et Lysippe ou Polyclète, statuaires,

Chante ; et ses ailes d’or, agitant mes cheveux,

Rafraîchissent mon front qui bouillonne de Fehk. ' in 11 m’a dit ta naissance, ô jeune Floreritihe! *'

C’est vous, nymphes d’Arno, qui des bras de Lucine Vîntes la recueillir; et vos riants berceaux L’endormirent au bruit de l’onde et des roseaux ;

Et Phcebus, du Cancer hôte ardent et rapide, 15

Ne pouvait point la voir, dans cette grotte humide.

Sous des piliers de nacre entourés de jasmin, , ,

Reposer sur un lit de pervenche, et de thym.

Abandonnant les fleurs, de sonores abeilles., ,

Vinrent en bourdonnant sur ses lèvrç;5 veym.oilles ,, 20

S’asseoir et déposer ce miel doux et flatteur

le glorieux privilège de reproduire les traits du conquérant. Voy. Apulée, Flor., VII; Pline, VII, xxxvn et XXXVII, 1; Valpre Maxime, V1IJ, jti,

V. 8. « Démon, » génie, dieu inspirateur; c’est le Saipuv des Grecs. Tous les poètes français l’ont employé dans ce sens. Régnier, Sat ., II : Je ne sais quel démon m’a lait devenir poète.

V. H. Le passage qui suit est remarquable : il retrace une liction, une légende religieuse chère à tous les peuples : les Nymphes, les Muses, les Grâces du paganisme, venant, ainsi que les Fées de la Germanie, déposer leurs dons dans le berceau du nouveau-né. C’est l’amour maternel imaginant toutes les délicatesses poétiques et associant les divinités aux destinées de l’enfant. Telle est, dans Pindare, 01., VI, la naissance de Jamus, fils d’hvadné et d’Apollon. Cf. Hésiode, Tliéog., 81 ; Alcman (ap. Hephast.) ; Ibicus (Athénée, XIII, 11, p. 561, F). Telle est la naissance de Jupiter, dans Callimaque, Hymne à Jnp., 40 ; de Hacchus, dans Ovide, Met., III, 513; de l’Amour, dans le Peroigilium Veneris. — Ronsard, Sonnets pour Hélène, XXXVII :

Les (cillels cl tes lis et la rose vermeille Servirent de berceau ; la nature et les dieux La regardèrent naître en ce mois gracieux;

Puis Amour la nourrit des douceurs d’une abeille.

Les Muses, Apollon, et les Grâces estoieht Tout à l’entour du lict, qui à l’envy jettoient Des fleurs sur Tangelcite.

V. 21. Christodore de Coptos dans l’ Anthologie, II, v. 586, en parlant de Pindare :

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