V. 18. Virgile, Géorg., III, H
Tardis ingeiis ubi flexihus errât
Mincius, et teueru pnelcxil aruudine ripas.
ÉLÉGIES
J’ai su, pauvre et content, savourer à longs traits
Les muses, les plaisirs, et l’étude et la paix. 20
Qui ne sait être pauvre est né pour l’esclavage.
Qu’il serve donc les grands, les flatte, les ménage ;
Qu’il plie, en approchant de ces superbes fronts,
Sa tète à la prière, et son âme aux affronts,
Pour qu’il puisse, enrichi de ces affronts utiles, 25
Enrichir à son tour quelques têtes serviles.
De ses honteux trésors je ne suis point jaloux.
Une pauvreté libre est un trésor si doux !
Il est si doux, si beau, de s’être fait soi-même,
De devoir tout à soi, tout aux beaux-arts qu’on aime ; 30
Vraie abeille en ses dons, en ses soins, en ses mœurs,
D’avoir su se bâtir, des dépouilles des fleurs,
Sa cellule de cire, industrieux asile Où l’on coule une vie innocente et facile ;
De ne point vendre aux grands ses hymnes avilis ; 35
De n’offrir qu’aux talents de vertus ennoblis,
Et qu’à l’amitié douce et qu’aux douces faiblesses,
D’un encens libre et pur les honnêtes caresses!
Ainsi l’on dort tranquille, et, dans son saint loisir,
Devant son propre cœur on n’a point à rougir. 40
Si le sort ennemi m’assiège et me désole,