V. 88. Ovide, Am., I, tu
Aut arnet aut facial cur ego semper ameui.
Éd. 1839 :
Qui m'écoute ou qui m'aime, ou qui me laisse aimer.
Pour justifier la leçon de l'éd. 1819, il suffit de rappeler le vers de Mnasyle et Cltloc :
J'aurais dü l'inviter, d'une voix douce et tendre,
A se laisser aimer, à m'aimer, à m'entendre.
XXII. — V. 2. C’est la pensée de Pindare, 01., IX, 152 : « Té Si çui, /oiriîTov inav. » C’est surtout la célèbre pensée de Démocrite telle que nous la rapporte Cicéron, t le Orntme, II : « Sæpe euim audivi, poetani bonum neminem iid quod a Dcmocrito et Platone in scriptis relictum esse dicunt) sine tnllammalione animorum existere posse et sine
Sous sa fécondité le génie opprimé Ne peut garder l’ouvrage en sa tête formé.
Soit que le doux amour des nymphes du Permesse, 5
D’une fureur sacrée enflammant sa jeunesse,
L’emporte malgré lui dans leurs riches déserts,
Où l’air est poétique et respire des vers ;
Soit que d’ardents projets son âme poursuivie L’aiguillonne du soin d’éterniser sa vie ; m
Soit qu’il ait seulement, tendre et né pour l’amour,
Souhaité de la gloire, afin de voir un jour,
Quand son nom sera grand sur les doctes collines.
Les yeux qui rendent faible et les bouches divines Chercher à le connaître, et, l’entendant nommer, is
Lui parler, lui sourire, et peut-être Paimer;
Malgré lui, dans lui-même, un vers sur et fidèle Se teint de sa pensée et s’échappe avec elle.
Son cœur dicte; il écrit. A ce maître divin
11 ne fait qu’obéir et que prêter sa main. ai
S’il est aimé, content, si rien ne le tourmente.
Si la folâtre joie et la jeunesse ardente Étalent sur son teint l’éclat de leurs couleurs,
Ses vers, frais et vermeils, pétris d’ambre et de fleurs.
quodam afllatu quasi furoris. » Cette furnr, c’est l'inspiration, c’est le dieu, 6so;, qui fatigue le sein du poêle. C’est ainsi que Platon, Ion, Y, nous dépeint le poète dans l’ivresse de la composition : * 'E-jOtoi, wsriuo oi xo/îuèavTiiivT«s. » — Ces transports ne sont ni vains, ni trompeurs ; mais l’art ne suffit pas pour en saisir le secret. Il faut au poète la nature, le coeur, l'influence secrète du dieu. Aussi Horace, F.p. ad Pis., 295, attaque tous ceux qui se croient et se disent poètes parce qu'ils savent affecter les signes extérieurs de l’inspiration poétique. Plus loin, v. 408, il dit dans un passage dont se souvenait certainement André :
Nalurn lieret laudabile carmen, an arte,
Quæsituin est : ego ncc studium sine divite vena,
Nec rude quid possit video ingenium; ail crins sic Altéra poscit opem res, et conjurât amire.
V. 5-10. Nous avons rétabli à leur place ces douze vers, qu’on avait laissés dans les fragments.