‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 260 sur 496 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES

Brillants de la santé qui luit sur son visage,

Trouvent doux d’être au monde et que vieillir est sage.

Si, pauvre et généreux, son cœur vient de souffrir Aux cris d’un indigent qu’il n’a pu secourir ;

Si la beauté qu’il aime, inconstante et légère,

L’oublie en écoutant une amour étrangère ; so

De sables douloureux si ses flancs sont brûles,

Ses tristes vers en deuil, d’un long crêpe voilés,

Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes.

Jugent qu’un prompt trépas est le seul bien des hommes. Toujours vrai, son discours souvent se contredit. Si

Comme il veut, il s’exprime ^ il blâme, il applaudit. Vainement la pensée est rapide et volage :

Quand elle est prête à fuir, il l’arrête au passage.

Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant,

(1 fixe le passé pour lui toujours présent, 40

Et sait, de se connaître ayant la sage envie.

Refeuilleter sans cesse et son âme et sa vie.

J’ai suivi les conseils d’une triste sagesse.

Je suis donc sage enfin; je n’ai plus de maîtresse.

Sois satisfait, mon cœur. Sur un si noble appui Tu vas dormir en paix dans ton sublime ennui.

Quel dégoût vient saisir mon âme consternée, 5

Seule dans elle-même, hélas! emprisonnée?

Viens, ô ma lyre ! ô toi mes dernières amours (Innocentes du moins) ; viens, ô ma lyre, accours. Chante-moi de ces airs qu’à ta voix jeune et tendre Les lyres de la Grèce ont su jadis apprendre. 10

Quoi! je suis seul? O dieux! où sont donc mes amis?

Ah! ce cœur qui, toujours à l’amitié soumis.

D’étendre ses liens fit son besoin suprême,

Faut-il l’abandonner, le laisser à lui-même?

Où sont donc mes amis? Objets chéris et doux ! ir»

Je souffre, ô mes amis! Ciel ! où donc êtes-vous?

A tout ce qu’elle entend, de vous seuls occupée,

De chaque bruit lointain mon oreille frappée Écoute, et croit souvent reconnaître vos pas;

Je m’élance, je cours, et vous ne savez pas ! 20

Ah ! vous accuserez votre absence infidèle,

Quand vous saurez qu’ainsi je souffre et vous appelle.

Que je plains un méchant ! Sans doute avec effroi 11 porte à tout moment les yeux autour de soi ;

Il 11’y voit qu’un désert; tout fuit, tout se retire. 2n

Son œil 11e vit jamais de bouche lui sourire;

Jamais, dans les revers qu’il ose déclarer,

De doux regards sur lui s’attendrir et pleurer.

Oh ! de se confier noble et douce habitude !

Non, mon cœur 11’est point né pour vivre en solitude : ru»

Il me faut qui m’estime, il me faut des amis A qui dans mes secrets tout accès soit permis;

Dont les yeux, dont la main dans la mienne pressée

XXIII. — V. 18. Tibulle, I, vin, 65, dans l'attente de sa maîtresse s'écrie aussi ;

Dum milii venturam fingo, quodcumque movetur, lllius credo tune sonuisse pedem.

Et Berlin, Am., III, vit, imitant Tibulle .

J'écoule alors, j'écoute , et si le moindre bruit Frappe mon oreille attentive,

Je crois sous tes pieds délicat s Entendre à mon côté le parquet qui résonne.

ün ne peut s'empêcher de remarquer dans Bertin et d’autres poètes élégiaques de la même époque l’impropriété fréquente des termes et souvent même la vulgarité. C'est ainsi que, dans cette même élégie, Bertin, croyant traduire le pedibus prcetenlat iter, suspensa timoré de Tibulle, II, 1, 77, nous montre sa maîtresse suspendant sur l'orteil une jambe craintive !

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