‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 261 sur 496 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES

Réponde à mon silence, et sente ma pensée.

Ah ! si pour moi jamais tout cœur était fermé, 33

Si nul ne songe à moi, si je 11e suis aimé,

Vivre importun, proscrit, flatte peu mou envie.

Et quels sont ses plaisirs, que fait-il de la vie,

Le malheureux qui, seul, exclu de tout lien.

Ne connaît pas un cœur où reposer le sien ; 40

Une âme où dans ses maux, comme en un saint asile.

Il puisse fuir la sienne et se rasseoir tranquille;

Pour qui nul n’a de vœux, qui jamais dans ses pleurs Ne peut se dire : « Allons, je sais que mes douleurs Tourmentent mes amis, et quoiqu’en mon absence 45

Ils accusent mon sort et prennent ma défense ? »

Eh ! le pourrais-je au moins ! suis-je assez intrépide ?

Et toute belle enfin serait-elle perfide?

V. 42. Lucrèce, III, 1081, voulant peindre les désirs changeants de l'homme, pour tout ce qui peut lui faire oublier scs propres misères, dit avec la meme expression qu'André ■ « Hoc se quisque modo fugit. » Cf. Sénèque, de Tranq. anim., II. — Horace, Qd., II, xvi :

Patriæ quis exsul

Se quoque fugit?

Dans Racine, Eslh., 1, 1, Esther dit, exprimant la pensée contraire : Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-mime.

XXIV. — Nous avons, dans cette élégie, rapproché deux fragments qui semblent développer une même idée, facile à deviner et à compléter. A’oici comment nous supposons que devait se dérouler la pensée d’André : Mes amis me le conseillent; je veux les écouter, me livrer à l'étude, quitter ce sexe trompeur, perlide...

Eh ! le pourrais-je au moins I suis-je assez intrépide? etc.

En vain on me dit que le plaisir en amour est amer, que les amants portent des chaînes, qu'ils n’ont point de bonheur...

S'ils u’ont point le bonheur, en est-il sur la terre? etc.

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