C VI
LE JEU DE PAUME
Riez ; mais du volcan les feux emprisonnés Bouillonnent. Des lions si longtemps enchaînés
Vous n’attendiez plus tant d’audace! 195
Le peuple est réveillé. Le peuple est souverain.
Tout est vaincu. La tyrannie en vain,
Monstre aux bouches de bronze, arme pour cette guerre Ses cent yeux, ses vingt mille bras,
Ses flancs gros de salpêtre, où mugit le tonnerre : 200
Sous son pied faible elle sent fuir sa terre,
Et meurt sous les pesants éclats Des créneaux fulminants, des tours et des murailles,
Qui ceignaient son front détesté.
Déraciné dans ses entrailles, 203
L’enfer de la Bastille, à tous les vents jeté.
Vole, débris infime et cendre inanimée ;
Et de ces grands tombeaux, la belle Liberté,
Altière, étincelante, armée,
Sort. Comme un triple foudre éclate au haut des cieux, 210 Trois couleurs dans sa main agile