LIVRE II. — CAMILLE
Quel orage suivra ce banquet tant vanté, r;
S’il faut qu’à son oreille un mot en soit porté !
Oh ! vous ne savez pas jusqu’où va son empire.
Si j'ai loué des yeux, une bouche, un sourire;
Ou si, près d’une belle assis en un repas,
Nos lèvres en riant ont murmuré tout bas, 20
Elle a tout vu. Bientôt cris, reproches, injure :
Un mot, un geste, un rien, tout était un parjure.
« Chacun pour cette belle avait vu mes égards ;
Je lui parlais des yeux, je cherchais ses regards. »
Et puis des pleurs ! des pleurs, que Memnon sur sa cendre î:>
A sa mère immortelle en a moins fait répandre.
Que dis-je? sa vengeance ose en venir aux coups;
Elle me frappe. Lt moi, je feins, dans mon courroux,
De la frapper aussi, mais d’une main légère,
Et je baise sa main impuissante et colère ; ôO
Car ses bras ne sont forts qu’aux amoureux exploits.