‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 337 sur 496 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

Lui-même à l’essayer justement condamné,

A fait mugir l'airain qu’il avait façonné.

Maintenant, poursuivez : il suffit qu’on vous voie,

Vos filets aisément feront une autre proie ; jo

Je m’en fie à votre art moins qu’à votre beauté.

Toutefois, songez-y,, fuyez la vanité.

Vous me devez un peu cette beauté nouvelle ;

Vos attraits sont à moi, c’est moi qui vous fis belle.

Soit orgueil, indulgence ou captieux détour, 45

Soit que mon cœur, gagné par vos semblants d'amour.

D’un peu d’aveuglement n’ait point su se défendre (Car mon cœur est si bon et ma muse est si tendre!),

Je vins à vos genoux, en soupirs caressants,

D'un vers adulateur vous prodiguer l'encens. îso

De vos regards éteints la tristesse chagrine Fut bientôt dans mes vers une langueur divine.

Ce corps fluet, débile et presque inanimé,

En un corps tout nouveau dans mes vers transformé,

d'airain dans les flancs duquel on devait brûler des victimes ; il avait adapté des flûtes aux naseaux de l’animal, par où, s'échappant et se changeant en thrcnes mélodieux, les cris du palient devaient charmer les oreilles de Phalaris, tyran d'Agrigente, à qui Périllus fit don de son taureau. Mais Phalaris, pour essayer le taureau, y fit brûler l’inventeur lui-même. Voy. Tzetzes, H., I 046. Cf. Plutarque, Paraît , XXXIX : Pindare, Pyth., I, 185; Lucien, Pliai, jrrior, XI, XII; Diodore, XIII, xc. Quand André écrivit ces vers, il est probable qu’il venait de lire Valère Maxime, qui, au livre IX, dans son chapitre n, Sur la cruauté, a rapporté l’histoire du taureau et de Périllus, qu'il appelle : t Sævus ille ænei tauri inventer. »

Y. 52 et suiv. Propcrce, III, xxiv, 1 :

Falsa est ista tuæ, millier, fiducia forma1,

Olim oculis niinium facta superba meis.

Noster amor laies tribuit tibi, Cynthia, laudes.

Versibus insignem te pudet esse meis.

Mixtam te varia laudavi sæpe figura,

Pt, quod non esses, esse putaret amor;

El color est toties roseo collata Eoo,

Quum tibi quæsilus candor in ore foret.

ÉLÉGIES

S’élançait léger, souple ; ils vous portaient la vie ; 55

Des nymphes, dans mes vers, vous excitiez l’envie.

Que de fois sur vos traits, par ma muse polis.

Ils ont mêlé la rose au pur éclat des lis !

Tandis qu’au doux réveil de l’aurore fleurie

Vos traits n’offraient aux yeux qu’une pâleur flétrie, oo

Et le soir, embellis de tout l’art du matin.

N’avaient de rose, hélas ! qu’un peu trop de carmin.

Ces folles visions des flammes dévorées

Ont péri, grâce aux dieux, pour jamais ignorées.

Sur la foi de mes vers mes amis transportés es

Cherchaient partout vos pas, vos attraits si vantés,

Vous voyaient, et soudain, dans leur surprise extrême.

Se demandaient tout bas si c’était bien vous-même,

Et, de mes yeux séduits plaignant la trahison,

M’indiquait l’hellébore, ami de la raison. 70

« Quoi ! c’est là cet objet d’un si pompeux hommage!

Dieux ! quels flots de vapeurs inondent son visage !

Ses yeux si doux sont morts : elle croit qu’elle vit;

Esculape doit seul approcher de son lit. »

Et puis tout ce qu’en vous je leur montrais de grâce ”5

Quod mihi non palrii polerant avcrterc ainici,

Eluere aut vasto Thessala saga mari.

On connaît ce remarquable passage de Lucrèce, IV, 1146 :

Nam hoc faciunt homines plcrumque cupidine cæei :

Et tribuunt ea, quæ non sunt his commoda vere, etc.

Cf. Ovide, Art (t’aimer, II, 656; Horace, Soi-, 1, ni, 44; Platon, de ftepubl., V. — Molière, Mis., II, v, imitant Lucrèce :

... L’on voit les amants vanter toujours leur choix;

Jamais leur passion n'y voit rien de blimable,

Et dans l’objet aimé tout leur devient aimable, etc.

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