LIVRE II. — CAMILLE
Faillie, dormant enror sur le sein de ma mère, lu
Oh ! que n’ai-je entendu ces bondissantes eaux.
Ces fleuves, ces torrents, qui, de leurs froids berceaux, Viennent du bel Hasli nourrir les doux ombrages!
Hasli! frais Élysée! honneur des pâturages!
Lieu qu’avec tant d’amour la nature a formé, ts
Où l’Aar roule un or pur en son onde semé.
Là je verrais, assis dans ma grotte profonde,
La génisse traînant sa mamelle féconde,
Prodiguant à ses fds ce trésor indulgent,
A pas lents agiter sa cloche au son d’argent, 50
Promener près des eaux sa tête nonchalante,
Ou de son large flanc presser l’herbe odorante.
Le soir, lorsque plus loin s’étend l’ombre des monts.
Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds.
Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes, 55
Cet air que d’Appenzell répètent les montagnes.
Si septembre, cédant au long mois qui le suit,
Marquait de froids zéphyrs l’approche de la nuit,
Dans ses flancs colorés une luisante argile
Garderait sous mon toit un feu lent et tranquille, 60