LIVRE III. — FA.NNY
J’ai vu sur d’autres yeux, qu 'amour faisait sourire,
Ses doux regards s’attendrir et pleurer,
Et du miel le plus doux que sa bouche respire Un autre s’enivrer.
Et quand sur mon visage un trouble involontaire s
Exprimait le dépit de mon cœur agité,
Un coup d’œil caressant, furtivement jeté,
Tempérait dans mon sein cette souffrance amère.
Ali ! dans le fond de ses forêts,
Le ramier, déchiré de traits, 10
Gémit au moins sans se contraindre ;
Et le fugitif Actéon,
Percé par les traits d’Orion,
Peut l’accuser et peut se plaindre.
peut mettre sur la trace de la pensée d’André ; et il nous semble qu’on pourrait terminer cette strophe ainsi :
Les pertes tic la poésie
Forment sous leurs doigts tl'amlirosic
D'un collier le brillant contour.
Viens, Fanny, que ma main suspende Sur ton sein cette noble offrande,
Tendre marque d'un si beau jour.
IV. — V. 12 et 14. Actéon, ayant surpris Diane au bain, lut changé en cerf et déchiré par ses chiens; voy. Nonnus, Dionys.. V, 287; Ovide, Met , III, 131. — Orion fut tué par Diane; il est cél'hre par sa beauté et par l'amour que l'Aurore conçut pour lui. Voy. Odyssée, V, 121; Scltol. Théoc., VII, 5i; Apollonius, I, tv; Maniïiu--, Astr , I, 383; Diodore, IV, lxxxv. 11 ne faut pas prendre au propre ce qu'André dit ici au figuré, ni vouloir y trouver un fait de mythologie qui serait inexact; et c'est pour cela que nous avons multiplié les références, il veut dire : Et le fugitif cerf (un Actéon), percé par les traits d'un
ÉLÉGIES
A FANNY
Fanny, l’heureux mortel qui près de toi respire Sait, à te voir parler et rougir et sourire,
De quels hôtes divins le ciel est habité.
La grâce, la candeur, la naïve innocence
Ont, depuis ton enfance, 5
De tout ce qui peut plaire enrichi ta beauté.
chasseur (d’un Orion), clc. Mais il faudrait un déterminatif (pronom, article défini ou indéfini), comme dans La Fontaine, Fab., VI, xvju :
Le Phaélon d'une voiture à foin.
Et Fab., VII, xiti :
Tins d'une Hélène au beau plumage, |
C’est une faute que nous avons déjà relevée dans les Poésies antique t Élig., V, 12. ’
V. — V. 1. C est le début de l’ode célèbre de Sappho (Longin, de Subi., VIII) :
♦atvrretf f iai xfjvoç ïcoç OeoTaiv i/i/iev ùvnp, Svriî ivavrios roi iaSivii, xai rtàa îlot â5o ywvâoat s’ ÛTtaxoiet, xai ysX&'t't i/xepbev, t à fiai’ /iàv xxpSiav èv arr,6exiv inroxas-j.
La traduction de Catulle, LI, est trop célèbre pour ne pas être citée ici :
Ille par esse deo videtur,
Ille, si fas est, superare divos.
Qui sedens adversus identidein te Spectat et audit
butée ridentem, inisero quod omnes Eripil sciisus ntilii
Rufin a ce vers dans une épigrnmme ( Anth ., V, 94) :
'H ttiOeo; S' b ydüj • xbxvxro; 5’ b ya/iü v.
Cf. Ronsard, Atn., II, Chanson; Malherbe, p. 149.
UVKE 71 1.