LIVRE III. — F A N NV
Belle bientôt comme elle, au retour d’Érigono
L’enfant va ranimer, nourrisson de Pomone 20
Ce front que de Borée uti souffle avait terni.
Oh! de la conserver, deux, faites votre étude;
Que jamais la douleur, môme l’inquiétude,
N’approchent du sein de Fanuy.
Que n’est-ce encor ce temps et d’amour et de gloire,
Qui de Pollux, d’Alceste, a gardé ja mémoire,
Quand un pieux échange apaisait les enfers !
Quand les trois sœurs pouvaient n’étre point inflexibles,
Et qu’au prix de ses jours, de leurs ciseaux terribles
On rachetait des jours plus chers ! so
Oui, je voudrais alors qu’en effet toute prête,
La Parque, aimable enfant, vînt menacer ta tête.
Pour me mettre en ta place et te sauver le jour;
Voir ma trame rompue à la tienne enchaînée,
V. 20. Sur Pollux, voyez 1 ’Epitre à Le Brun cl au marquis de Bradais, v. 93. Alceste, femme d’Admète, se dévoua pour sauver les jours de son mari. Voy. la belle tragédie d'Euripide, bien digne d'animer le tendre génie de Racine.
V. 34. Cette pensée a été mille fois exprimée par les poètes. Sénèque, Prévit, vilœ, VIII, dit que les hommes sont ainsi toujours prêts à donner leur vie. parce que le temps n'est pas une chose dont on connaît et dont on pèse, la valeur exacte. Mais il est juste de dire que celte pensée marque chez les poètes un instant d'expansion, d’amour, d’enthousiasme, qui n’a rien de fictif, et qui honore dans le poète ou l’amant ou l’ami. Les passages où cette pensée se rencontre sont nombreux ; nous nous contenterons d’en indiquer quelques-uns. Cf. Ovide, Met., VII, 108, et Mit., X, 202 (Apollon à Hyacinthe) ; Tibulle, I, vi, 63 ; Pétrone, Muliereulte epitaphium; S lace, Silvcs, III, ni, 192 (Ltruscus devant les cendres de son père fait aussi allusion à Alceste); Stace, Silv., V, 1, 170 ; Martial, I, 37 ; Segrais, F.ql., VÎI; Racine, Bérén., II, it (Titus à Bérénice) et Idyll ■ sur la paix ; La Fontaine, Épitaphe d' llomor.ee ; Parny, Pois, crut., II, iv. Molière n’a pas manqué de mettre cette pensée dans la bouche de Tartufe, et de lui faire dire à Elmire :
On no peut trop chérir votre chère santé,
Et pour la rétablir j’aurais donné la mienne.
ÉLÉGIES
Et Fanny s’avouer par moi seul fortunée, ss
Et s’applaudir de mon amour.
Ma tombe quelque jour troublerait sa pensée.
Quelque jour, à sa fille entre ses bras pressée,
L’œil humide peut-être, en passant près de moi :
« Celui-ci, dirait-elle, à qui je fus bien chère, -s '
Fut content de mourir, en songeant que ta mère N’aurait point à pleurer sur toi. »