A LE BRUS ET A BRADAIS
Viendra le recueillir, le pousser au rivage,
Endormir dans ses flancs le poison ennemi,
Réchauffer dans son sein le sein de son ami,
Et de sou fol amour étouffer la semence,
Ou du moins dans son cœur ranimer l'espérance ! 30
Qu’il est beau de savoir, digue d’un tel lien,
Au repos d’un ami sacrifier le sien!
Plaindre de s’immoler l'occasion ravie,
Etre heureux de sa joie et vivre de sa vie !
Si le ciel a daigné d’un regard amoureux 35
Accueillir ma prière et sourire à mes vœux,
Je ne demande point que mes sillons avides Boivent l’or du Pactole et ses trésors liquides,
et de son fol amour (celui du naufragé) étouffer la semence. La pensée d’André est facile à saisir : après avoir plaint la détresse de l’enfant s oin mer trompeuse de l'amour, il exalte le bonheur de l’ami qui sera assez heureux pour arracher l’enfant aux flots et le sauver du naufrage.
— Voy., dans le Banquet, le passage où Platon exalte aussi le dévouement de ceux qui comme. Alceste, Achille, etc., se dévouent jusqu'à la mort pour l’objet de leur affection.
V. 29. « Etouffer la semence. i> Même métaphore dans la Fontaine, Ode pour la paix :
Etouffe tous ces travaux El leurs semences mortelles.
Et dans Racine, Alexandre, VI, m ;
Etouffe dans mon sang ces semences de guerre.
Malherbe, p. 256, a dit, en parlant des ennemis de la France :
Marche, va les détruire, éleins-en la semence.