V. 307. Toutes les éditions
Ou d'un recueil ombré de chansons 1 la glace.
Ombré n’a aucun sens et doit provenir d'une mauvaise lecture, de M. de Latouche.
L'INVENTION
Si son vers est gêné, sans feu, sans harmonie,
Il n’en est point coupable : il n’est pas sans génie;
Il a tous les talents qui font les grands succès ;
Mais enfin, malgré lui, ce langage français,
Si faible en ses couleurs, si froid et si timide, 515
L’a contraint d’être lourd, gauche, plat, insipide.
Mais serait-ce Le Brun, Racine, Despréaux Qui r accusent ainsi d’abuser leurs travaux?
Est-ce à Rousseau, Buiîon, qu’il résiste infidèle ?
Est-ce pour Montesquieu, qu’impuissant et rebelle, 320
Il fuit? Ne sait-il pas, se reposant sur eux,
Doux, rapide, abondant, magnifique, nerveux,
Creusant dans les détours de ces âmes profondes,
S’y teindre, s’y tremper de leurs couleurs fécondes?
Un rimeur voit partout un nuage, et jamais 525
D’un coup d’œil ferme et grand n’a saisi les objets ;
La langue se refuse à ses demi-pensées,
De sang-froid, pas à pas, avec peine amassées ;
Il se dépite alors, et, restant en chemin,
Il se plaint qu’elle échappe et glisse de sa main. 530
Celui qu’un vrai démon presse, enflamme, domine.
Ignore un tel supplice : il pense, il imagine,
Un langage imprévu, dans son âme produit,
Naît avec sa pensée, et l’embrasse et la suit.
Les images, les mots que le génie inspire, 535
Où l’univers entier vit, se ment et respire,
Source vaste et sublime et qu’on ne peut tarir,
V. 325. Cf. Horace, Ep. ad Pis., 40, 311. — Boileau, Art poét., I :
Il est certains esprits dont les sombres pensées Sont d’un nuage épais toujours embarrassées;
Le jour de la raison ne les saurait percer.
Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit ou moins nette ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.