II. — Lucrèce, II
Quippe videlicet vivos cxistere vcrmeis Stercore do tetro, putrorcm cum sibi nacta ’st lntempcstivis ex imbribus humida tellus :
Præterea cunctas itidem res vertere sese.
Verlunt se fluvii, frondes, et pabula la;ta In pecudes : verlunt pecudes in corpora nostra Naluram, et nostro de corpore sæpc ferarum Augcscunt vires, et corpora pennipotentum.
Mais la pensée d’André rappelle Shakspcare, Haml., V, i. — Le mot qu’André cite de Montaigne est au livre III, chap. u; mais, pour la pensée, voy. Montaigne, II, xii.
Quant à l’existence absolue du bien [André Chénier rentrerait ici dans le système de l'optimisme de Pope, s’il faisait intervenir Dieu ; mais, comme il s'en abstient absolument, il faut convenir que cette morale va plutôt à l’éthique de Spinosa, de même que sa physiologie corpusculaire va à la philosophie zoologique de Lamark. Sainte-Beuve.]
III. — Comparez la note d’André avec le développement littéraire d’idées semblables dans Lucrèce, I, 270 et II, 878. — Pour que le lecteur puisse se rendre un compte exact de cette théorie des molécules vivantes, nous croyons utile d’extraire quelques passages do Buffon, Seconde vue de la nature : a ... Une seule force est la cause de tous les phéno-
HERMÈS
sentéc comme composée de parités brutes et de parties organisées. Ce sont ces parties ou molécules vivantes qu’il appelle des atomes de vie.
« Ces atomes de vie, ces semences premières, sont toujours en égale quantité sur la terre et toujours en mouvement. Ils passent
mènes de la matière brute ; et cette force, réunie avec celle de la chaleur, produit les molécules vivantes, desquelles dépendent tous les effets des substances organisées... Les molécules vivantes répandues dans tous les corps organisés sont relatives, et pour l'action et pour le nombre, aux molécules de la lumière qui frappent toute matière et la pénètrent de leur chaleur. Partout où les rayons du soleil peuvent échauffer la terre, sa surface se vivifie, se couvre de verdure et se peuple d'animaux : la glace même, dès qu’elle se résout en eau, semble se féconder; cet élément est plus fertile que celui de la terre, il reçoit avec la chaleur le mouvement et la vie... Chaque espèce ayant été créée, les premiers individus ont servi de modèles à tous leurs descendants. Le corps de chaque animal ou de chaque végétal est un moule auquel s'assimilent indilTéremment les molécules organiques de tous les animaux ou végétaux détruits par la mort ou consumés par le temps ; les parties brutes qui étaient entrées dans leur composition retournent à la masse comniuue de la matière brute ; les parties organiques, toujours subsistantes, sont reprises par les corps organisés ; d’abord repompéecs par les végétaux, ensuite absorbées par les gnimaux qui se nourrissent de végétaux, elles servent au développement, à l’entretien, à l’accroissement des uns et des autres jolies constituent leur vie; et circulant continuellement de corps en corps, elles animent tous les êtres organisés. Le fond des substances rivantes est donc toujours le même ; elles ne varient que par la forme, c’est-à-dire par la différence des représentations : dans les siècles d’abondance, dans les temps de la plus grande population, le nombre des hommes, des animanx domestiques et des plantes utiles, semble occuper et couvrir en entier la surface de la terre; celui des animaux féroces, des insectes nuisibles, des plantes parasites, des herbes inutiles, reparaît et domine à son tour dans les temps de disette et de dépopulation... 11 existe donc sur la terre, et dans l’air et dans l’eau, une quantité déterminée de matière organique que rien ne peut détruire : il existe en même temps un nombre déterminé de moules, capables de se l’assimiler, qui se détruisent et se renouvellent à chaque instant ; et ce nombre de moules ou d'individus, quoique variable dans chaque espèce, est au total toujours proportionné à cette quantité de matière vivante. Si elle était surabondante, si elle n’était pas dans tous les temps également employée et entièrement absorbée par les moules existants, il s’eu formerait d’autres, et l’on verrait paraître des espèces nouvelles, parce que cette matière vivante ne peut demeurer oisive, parce qu’elle est toujours agissante et qu’il suffit qu’elle s’unisse avec des parties brutes pour former des corps organisés. »
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de corps en corps, s'alambiquent, s’élaborent, se travaillent, fermentent, se subtilisent dans leur rapport avec le vase où ils sont actuellement contenus. Ils entrent dans un végétal : ils en sont la sève, la force, les sucs nourriciers. Ce végétal est mangé par quelque animal ; alors ils se transforment en sang et en cette substance qui produira un autre animal et qui fait vivre les espèces... Ou, dans un chêne, ce qu’il y a de plus subtil se rassemble dans le gland. »
IV. — 11 revient, en plus d’un endroit, sur ce système naturel des atomes, ou, comme il les appelle, des organes secrets vivants dont l’infinité constitue
L’océan éternel où bouillonne la vie.
V. — « Quand la terre forma les espèces animales, plusieurs périrent par plusieurs causes à développer. Alors d’autres corps organisés (car les organes vivants secrets meuvent les végétaux, minéraux (1) et tout) héritèrent de la quantité d’atomes de vie qui étaient entrés dans la composition de celles qui s’étaient détruites, et se formèrent de leurs débris. »
IV. — Lucrèce aussi, au livre II, 549, compare la multitude d'atomes qui composent le monde à un océan :
Unde, ubi, qua vi et quo pacto congressa coibunl Malcriæ tanto in pelago turbaque aliéna?
Mais il est important de ne pas confondre les atomes de vie d'André Chénier avec les atomes de Lucrèce. Pour André ces atomes de vie ne sont pas tout, tandis que pour Lucrèce les atomes, qu'il ne divise pas en parties brutes e ten parties organisées, constituent absolument toute la matière, tout l’univers.
V. — C’est coque développe Lucrèce, V, 834 et suiv., en établissant que ces créations n’étaient que des degrés pour arriver à d'autres créations plus parfaites, ces premiers êtres n'étant organisés que pour une vie individuelle, et étant impropres à la reproduction de l'espèce.
(1) André ne veut pas dire que les minéraux sont doués de la vie, ruais seulement que la matière vive pénètre les minéraux. BufTon dit dans Y Introduction à l’histoire des minéraux : « J'entends par matière vive, non-seulement tous les êtres qui vivent ou végètent, mais encore toutes les molécules organiques vivantes dispersées et répandues dans les détriments ou résidus des corps organisés : je conquérais encore dans la matière vive celle de la lumière, du feu, de la chaleur, ctt utt mot toute matière qui nous paraît être active par elle-même. »
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VI. — Après avoir parlé de la formation et de l’organisation de la terre, André voulait décrire les divers bouleversements qui l’avaient agitée. Il voulait retracer le tableau de ces terribles cataclysmes et des âges nouveaux qui les avaient suivis.
« Peindre les différents déluges qui détruisirent tout... La mer Caspienne, lac Aral et mer Noire réunis... l’éruption par l’Uellespont... Les hommes se sauvèrent au sommet des montagnes :
Et vêtus inventa est jn montibus anchora somme,.
(Ovide, Mit., liv. XV, 265.)
La ville d 'Ancyre fut fondée sur une montagne où l’on trouva une ancre. »
VU. — Aux lendemains de ces révolutions physiques, il voulait peindre les autels de pierre, alors posés au bord de la mer, et qui se trouvent aujourd’hui au-dessus de son niveau, les membres des grands animaux primitifs errant au gré des ondes, et leurs os déposés en amas immenses sur les côtes des continents. 11 ne voyait dans les pagodes souterraines, d’après le voyageur Sonnerat, que les habitacles des Septentrionaux qui arrivaient dans le Midi et fuyaient, sous terre, les fureurs du soleil.
On le voit, ce premier chant eût renfermé de grandes scènes de désolation; mais il est surtout à regretter qu’André n’ait pas poussé plus avant l'exécution du filial.
VIII. — « 11 faut finir le chant I" par une magnifique description de toutes les espèces animales et végétales naissant; et, au printemps, la terre prægnans; et, dans les chaleurs de l’été,
VI. — Les dilîérents déluges auxquels André fait allusion sont, d’abord le déluge universel de la Bible (Genèse, VII, il), ensuite les déluges connus des anciens, tels que ceux d’Ogygès, de Üeucalion, de Dardanus. Voy. Sonnus, Dionys., III, ‘204 ; Ovide, Met., I ; Clément d’Alex., Slrotn., I, p. 235.