Livre en dépôt sacré, pour les âges nouveaux
Nos âmes et nos mœurs fidèlement gardées;
Et l’œil sait reconnaître une forme aux idées. cr>
Dès lors des grands aïeux les travaux, les vertus Ne sont point pour leurs fils des exemples perdus.
V. 39. Tel est le portrait que, dans des vers traduits par La Fontaine, Virgile trace de. Scylla, Enéide, III, 426 :
Prima hominis faciès, et pulchro peetore virgo Pube tenus; postrema immani corporc pistrix :
Delphimim caudas utero commissa luporum.
HERMÈS
Le passé du présent est l’arbitre et le père,
Le conduit par la main, l’encourage, l’éclaire.
Les aïeux, les enfants, les arrière-neveux, 7u
Tous sont du même temps, ils ont les mêmes vœux.
La patrie au milieu des embûches, des traîtres, ltemonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres.
Cherche ce qu’ils feraient en un danger pareil,
Et des siècles vieillis assemble le conseil. 7:;
IX. — Après les arts seraient venues les sciences dont André aurait tracé une esquisse d’après les découvertes les plus récentes; ses descriptions astronomiques auraient été probablement empruntées à l'ouvrage de Bailly. Devant ces témoignages des progrès de l’esprit humain, le poète, embrassant d'une vue générale le point de départ et le point actuel des connaissances humaines, voyait certainement plus loin et croyait qu’on pouvait encore espérer plus du génie des inventeurs. La note suivante, publiée par M. Eggcr, nous apporte une preuve de la sagacité d’André :
« Soyons lents à décider qu’une chose est impossible. Je me suis souvent occupé d’une rêverie... Si, lorsque les humains, mêlés avec les animaux et entièrement leurs égaux, rampaient et ne s'élevaient pas au-dessus de l'instinct le plus brute; si, dis-je, alors un ange, un esprit immortel était venu faire connaître à l’un d'eux que la terre où il était n 'était pas une table, mais un globe qui faisait telle ou telle révolution, et enfin lui apprendre toutes les vérités physiques dont la nature a depuis accordé la découverte aux travaux des plus beaux génies...
Puis, s’il eût ajouté : — Tu vois tous ces secrets Que toi-même étais né pour ne saisir jamais ,
Un jour tout ce qu’ici ma voix vient de te dire,
D’eux-mêmes, sans qu’un dieu soit venu les instruire,
IX. — V. 4. [C’est la pensée qu’expriment deux vers de Xenophane, Fragm. philos, grœc., éd. Didot, p. 103, frag. 10 .
Oûrot àjt’ &p-/i 5î TtdvT a 6eoi OvyitoI; xintSu^a-j,
«W4 Xpovw Ç»)T0ÛïT5; ifsjptexov rt i/uivov.
Egoed.]
Cf. Lucrèce, V, 1430, et Virgile, Gêorg., I, 133. l’our Lucrèce l’expérience
POËMES
Tes pareils le sauront. Tes pareils les humains s
Trouveront jusque-là d’infaillibles chemins.
Ces astres, que lu vois épars dans leteudue,
Ces immenses soleils, si petits à ta vue,
Ils sauront leur grandeur, leurs immuables lois,
Mesurer leur distance et leur cours et leur poids ; 10
Ils traceront leur forme, ils en feront l’histoire :
— Jamais, je vous le jure, il ne l’eût voulu croire, «
X. — C’était une bien grande idée à André que de consacrer ainsi ce troisième chant à la description de l’ordre dans la société d’abord, puis à l’exposé de l’ordre dans le système du monde, qui devenait l’idéal réfléchissant et suprême. Il établit volontiers scs comparaisons d’un ordre à l'autre '
« On peut comparer (se dit-il) les âges instruits et savants, qui éclairent ceux qui viennent après, à la queue étincelante des comètes. »
XI. — Il se promettait encore de « comparer les premiers hommes civilisés, qui vont civiliser leurs frères sauvages, aux éléphants privés qu’on envoie apprivoiser les farouches ; et par quels moyens ces derniers. »
XII. — Le poète, pour compléter scs tableaux, aurait parlé prophétiquement de la découverte du nouveau inonde :
« 0 destins, hàtez-vous d’amener ce grand jour qui... qui..., mais non, destins, éloignez ce jour funeste, et, s’il se peut, qu'il n’arrive jamais ! »
Et il aurait flétri les horreurs qui suivirent la conquête. 11 n’au-
est la grande institutrice du genre humain. Virgile, à l'expérience, ajoute la méditation :
L't varias usus meditando extunderel «ries.
XI. — [Hasard charmant! L’auteur du Génie du christianisme a rempli comme à plaisir la comparaison désirée, lorsqu'il nous a montré les missionnaires du Paraguay remontant les fleuves en pirogues, avec les nouveaux catéchumènes qui chantaient de saints cantiques : « Les néophytes répétaient les airs, dit-il, comme des oiseaux privés chantent pour attirer dans les rets de l'oiseleur les oiseaux sauvages. » Saikis- Bioye.]
HERMÈS. 385
rait pas moins présagé Gaina, et triomphé avec lui des périls amoncelés que lui opposa en vain
Des derniers Africains le cap noir de tempêtes !
Comme on le voit, sur toute cette dernière partie du troisième chant, les notes font défaut. Le poème enfin devait se clore par un épilogue général, dont, suivant M. Egger, le plan en prose existerait, et dont nous possédons l’allocution finale.