CHANT IV
Mais les vieillards ont parlé au peuple... « l'euple, un grand malheur est arrivé!... La fille d’Ileleias, l'épouse de Joachim, Suzanne, est adultère (4). Nous l’avons vue!... La loi!... » Le peuple, toujours crédule, dupe de leur fausse vertu, d’ailleurs toujours prompt à haïr ce qu’il est forcé d'admirer, s’assemble eir tumulte devant la maison (5)... Les vieillards arrivent; les esclaves menacent; mais les vieillards disent qu’ils apportent des paroles de paix. Ils entrent et demandent à lui parler seuls. Sans répondre, elle fait signe ’a son esclave de la laisser. Ils commencent par la vile menace : « Ton supplice est prêt. Il dépend de toi... » Elle reste immobile, les yeux baissés, et sans rien dire... Le second reprend : « Tu seras la plus heureuse des femmes... » Elle ne dit rien et reste immobile... Il s’emporte. .. « Nous nous vengerons sur tout
lur et m crcliiis et adultéra. » Deutéronome, xxu, 22 ; « Si dormicrit vir cum uxore altérais, uterque rnorietur, id est, adulter et adultéra. »
(1) « Surprise dans le crime, » hémistiche qui n’attend plus que sa place.
(2) Ou peut dégager ce vers :
Non, tille d’Helcias, non, tu n'es point coupable...
[5) Joseph vendu par ses frères [Genèse, xxxvm). Voy., dans les nol d’André. — Moïse sauvé des eaux [Exode, ii).
(4} On peut dégager de la phrase un vers tout fait :
La tille d’Helcias, Suzanne, est adultère!
(5) On pourrait presque deviner le vers ;
En tumulte s’assemble au seuil de la maison.
POÈMES
ce qui t’est cher(1). Joachim périra... » Elle tremble. « Oui, Joachim périra, » s’écrient-ils tous deux ensemble. Alors elle lève la tète. Ses yeux fixent le ciel ; elle se lève, et, muette, passe dans un autre appartement... Ils sortent... « Ma sœur, je vais mourir... Dis à Joachim... O Joachim!... » llelcias
Arrive tout couvert de cendre et de lambeaux,...
H embrasse sa fille... 11 vient d'apprendre... Mais il sait qu’elle ne saurait être coupable... « Je ne veux que me traîner jusqu'à la porte de tes persécuteurs ; je veux y mourir en les maudissant (2) . . .
« Que ma dernière voix leur soit amère encore ;
Qu’ils entendent ma mort ; que la prochaine aurore Présente mon cadavre à leurs yeux effrayés.
Et qu’ils ne sortent point sans me fouler aux pieds... »