‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 443 sur 496 · I. — V. 1 et suiv. — Imité de Tibullc, I, iv · texte numérisé non relu

I. — V. 1 et suiv. — Imité de Tibullc, I, iv

Sed te ne capiant, primo si forte negarit,

Tædia ; paullatim suli juga colla dabit.

Longa dies homini docuit parère leones,

Longa dies molli saxa peredit aqua.

Annus in apriris maturat collibus uvas •

Annus agit certa lucida signa vice.

V. 4. « Ces rivales des eaux, » qui rivalisent avec les eaux pour la transparence. Voici deux vers de M. Sainte-Beuve, dans les Pensées d'août, qui expliquent parfaitement la pensée d’André .

Que (tant il y verra la ressemblance entière!)

L’oiseau pique au raisin ou veuille boire à l’eau !

POÈMES

De venir, voir et vaincre et prôner sa victoire, 10

Vole et hâte l’assaut qu’il eut dû préparer.

L’imprudent a voulu cueillir avant l’automne

L’espoir à peine éclos d’une riche Pomone ; *

11 a coupé ses blés quand les jeunes moissons

Ne passaient point encor les timides gazons. 15

Quand l’ardente saison lait aimer les ruisseaux,

A l’heure où vers le soir, cherchant le frais des eaux,

La belle nonchalante à l’ombre se promène, '

Que sa bouche entr’ouverte et que sa pure haleine Et son sein plus ému de tendresse et de vœux 5

Appellent les baisers et respirent leurs feux ;

Que l’amant peut venir, et qu’il n’a plus à craindre La raison qui mollit et commence à se plaindre ;

Que sur tout son visage, ardente et jeune fleur,

£e répand un sourire insensible et rêveur; io

Que son cou faibie et lent ne soutient plus sa tète ;

V. 10. [Otto réminiscence du mot de César est assez heureuse peutêtre, mais elle a été souvent employée. Scudéry, parlant de Corneille dans sa lettre à l'Académie, dit avec jactance : « Qu’il vienne, qu’il voie, et qu’il vainque, s’il peut. » Voltaire, dans Œdipe :

Mais tEdipc

Vint, vil co monstre affreux, l'entendit et fut roi.

Iat comédie en offre plus d'un exemple. Deslouclics, dans la Fausse Agnès :

Je suis venu, j'ai vu; je me suis convaincu.

lioiSSONADE.j

ltacinc a dit, dans Bérénice, I, iv :

Titus, pour mou malheur, vint, vous vit et vous plut.

II. — Ce fragment, que l'édition 1839 avait mis dans les Fragments d’elegies, nous a paru appartenir à l'drf d'aimer.

V, 11, « Leni, » qui ploie; Virgile, En . , XI, 829 :

Lenlaijue colla

El caplum lellio posiiil caput, arma relinqueus.

ART D’AIMER

Que ses yeux

Sous leur longue paupière à peine ouverte au jour, Languissent mollement et sont noyés d’amour ;

Alors 13

Ainsi le jeune amant, seul, loin de ses délices,

S’assied sous un mélèze au bord des précipices,

Et là, revoit la lettre où, dans un doux ennui,

Sa belle amante pleure et 11e vit que pour lui.

11 savoure à loisir ces lignes qu’il dévore ; S

11 les lit, les relit et les relit encore,

Y. 15. Quatre vers d'Alfred de Musset ( une Bonne Fortune) achèvent, chose curieuse ! ce petit tableau et complètent, d'une façon toute moderne, la pensée interrompue d’André. Alors... jeune amant, avance-toi vers elle et va tout simplement

Te mettre à deux genoux par terre devant elle,

Regarder dans ses yeux l'azur du firmament,

Et, pour toute faveur, la prier seulement De se laisser aimer d'une amour immortelle.

III. — Ce fragment terminait, dans l’édition 1839, la troisième élégie du livre II, sans qu'il fût possible de trouver un lien raisonnable entre cc fragment et l’élégie. Séparé et mis dans V Art d'aimer, il prend de suite une signification, une valeur poétique qui lui est propre. — Avec quelle habileté, quelle inspiration continue André couronne de rimes une ligne de prose, l'anime, et, légère et dansante, l’introduit dans les chœurs d'Apollon ! J. -J. Rousseau avait indiqué celte situatioa et tracé d’un trait ce tableau qu'André revêt de si riches couleurs : tout le. monde se souvient de la lettre où Saint-I’reux écrit à Julie [Souv. llcl., IV, xvn) : « Ici je passai le torrent glacé pour reprendre une de tes lettres qu’emportait un tourbillon, s — Quelle pouvait être la pensée d’André? Peutêtre celle-ci : Au milieu de tous ces tableaux d'amour que je veux retracer, ébloui, ému moi-même, je vois ma pensée m'échapper; mais bientôt je la ressaisis : ainsi le jeune amant, etc.

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