V. 31. Virgile, Géorg., II
llin cbelUi'.or eqvus campo sese arduus infert.
ET ODES
L’indomptable Garonne aux vagues insensées,
Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées,
La Seine au flot royal, la Loire dans son sein 55
Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin Qui nourrissent partout, sur tes nobles rivages,
Fleurs, moissons et vergers, et bois et pâturages,
Rampent aux pieds des murs d’opulentes cités.
Sous les arches de pierre à grand bruit emportés. 40
Dirai-je ces travaux, source de l’abondance,
Ces ports, où des deux mers l’active bienfaisance Amène les tributs du rivage lointain Que visite Phœbus le soir ou le matin ?
Dirai-je ces canaux, ces montagnes percées, 45
I)e bassins en bassins ces ondes amassées
Pour joindre au pied des monts l’une et l’autre Téthys?
Et ces vastes chemins en tous lieux départis,
Où l’étranger, à l’aise achevant son voyage,
Pense au nom des Trudaine et bénit leur ouvrage? 50
Ton peuple industrieux est né pour les combats.
Le glaive, le mousquet n’accablent point ses bras.
V. 33. « Vaguez insensées. » Belle expression sans doute imitée de Virgile, Égl., IX, 43 :
Insani feriant sine littora fluctus.
V. 35. « La Ijoire incertaine, » dont le lit est incertain, toujours changeant. Ovide, Mét., VIII, 106, a dit du Méandre : a lncertas exercet aquas. » Y. 44. Éd. 1826 et 1839 :
Que visite Phébus le soir et le matin.
André parle des Iributs que la mer amène du couchant et de l’orient. Le matin et le soir sont pris par rapport à la France. Le rivage que Phœbus visite le matin est donc du cAté opposé à celui qu'il visite le soir.
V. 47. Catulle, XXXI, 3, a une expression semblable. Il appelle l'Adriatique et la Méditerranée : a Uterque Neptunus. »
V. 50. Trudaine, directeur des ponts et chaussées, sous Louis XV ; c’était l’aïeul des frères Trudaine, les amis de collège d'André.
HYMNES
Il s’élance aux assauts, et son fer intrépide Chassa l’impie Anglais, usurpateur avide.
Le ciel les lit humains, hospitaliers et bons, 65
Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons;
Mais, faibles opprimés, la tristesse inquiète Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette,
Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas,
Renverse devant eux les tables des repas, eo
Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse,
Et leur front et leur âme. O France! trop heureuse,
Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux Des dons que tu reçus de la bonté des cieux !
Vois le superbe Anglais, l’Anglais dont le courage 65
Ne s’est soumis qu’aux lois d’un sénat libre et sage,
Qui t’épie, et, dans l’Inde éclipsant ta splendeur,
Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur.
Il triomphe, il t’insulte. Oh ! combien tes collines Tressailliraient de voir réparer tes ruines, 70
Et pour la liberté donneraient sans regrets,
Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forêts !
.l’ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,
La mendicité blême et la douleur amère.
Je t’ai vu dans tes biens, indigent laboureur, 73
D’un fisc avare et dur maudissant la rigueur.
Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,
Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles,
Découragé de vivre, et plein d’un juste effroi
De mettre au jour des fils malheureux comme toi. 80