‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 9 sur 496 · IX VII · texte numérisé non relu

IX VII

dans ses aspects divers, s'imposent à l'esprit et aux yeux du lecteur comme ces ébauches colorées des grands peintres, tout animées de vie, de mouvement et de vérité. Sous celle influence antique, il crée véritablement le vers épique, inconnu à la poésie française ; aussi à chaque instant rencontre-t on dans ses œuvres de ces vers pleins et sonores qui passent tout d'un vol sous un souffle puissant. Et si ce n’est plus l'heure des longues lliades et des complaisantes Odyssées, André Chénier, de cette constante et longue familiarité avec Homère et les plus beaux génies de l’antiquité, aura appris l'art de faire grand dans un cadre de petite dimension, comme Raphaël dans sa Vision d'Êzécliiel. C’est en poursuivant ce but de tous ses efforts qu’il se rencontre avec Théocrite, qui chez les anciens s’était montré animé de la même ambition d’appliquer les procédés homériques à des sujets d’étendue plus restreinte. C’est ainsi que l'Aveugle et le Mendiant sont de véritables poèmes, correspondant exactement aux deux pièces de Théocrite intitulées les Dioscures et Hercule chez Atigias, et comprises improprement sous le titre général d'idylles. Ce qui le tente dans le poète do Sicile, c’est l’art difficile de mettre en scène, sous un aspect idéal encore et parfois héroïque, l'homme de la vie pastorale et rustique, l’homme de la nature aux moeurs franches, au langage souvent poétique dans sa rudesse et sa vérité, art bien éloigné de la manière fausse et maniérée des Guarini et des Racan, qui prenaient le fleuve de Tendre pour le Permesse. Et dans la Liberté, dépassant la belle idylle des Pécheurs de Théocrite, il a compris que la poésie pastorale a un but moral, que l’idylle, dans son sens le plus étendu, doit être l’expression juste et saisissablc d’une vérité générale, et qu’elle peut, en s’élevant à la hauteur du drame et de la comédie, renfermer un enseignement profitable à l'humanité.

Huant aux élégies antiques, il nous suffira de faire remarquer que, dans la Jeune Tarentine, André Chénier a montré comment il entendait transplanter dans un sol plus vigoureux les fleurs un peu étiolées de l’ Anthologie. A ces petits poètes grecs, ingénieux et délicats, mais d’un souffle un peu languissant, il emprunte des ornements; mais ce n’est point eux qu’il prend pour modèle dans l’ordonnance plus sévère de ses compositions.

Dans une épitre à Le Brun, André se plait à nous laisser pénétrer

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