‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 98 sur 496 · V. 228-231. Virgile, Enéide, I · texte numérisé non relu

V. 228-231. Virgile, Enéide, I

Me quoquc per multos similis fortuua labores Jactatam bac demum voluit consisterc terra.

Non ignora inali, miseris succurrere disco.

Cf. Sophocle, ÛEd. à Colone, 587. — 11 y a une pensée semblable dans Homère, mais c’est Ulysse qui, sous les traits d’un mendiant, se souvient que jadis lui aussi eut des jours fortunés [Odyssée, XVII, 41 H .

V. 232. Dans la pensée d’André, Cléotas était sans doute un de ces riches Alcvades qui dominaient à Larisse, aristocratie puissante qui voyait souvent de funestes dissensions éclater parmi scs membres. La noblesse thessalicnne avait une existence opulente, et Cléotas, aux jours de sa fortune, rappelle le Pliarsalien Polydamas dont parle Xénophon [Ilist. gr., VI, 1), ti xset /iv/aX oir/staiit vov Oit raitxèv Tpozov.

V. 233. André a noté dans ces vers un des traits les plus touchants de la vie patriarcale des temps héroïques : le serviteur fait partie de la famille ; son zèle l’élève jusqu’à son maître, qui, dans la prospérité, donne une part de ses biens à celui qui l'a lidèlement servi. Voy. Homère, Odyssée, XIV, CI.

PETITS POËMES. 45

« Jeune ami, j’ai trouvé quelques vertus en toi ;

Va, sois heureux, dit-il, et te souviens de moi. » 231

Oui, oui, je m’en souviens : Cléotas fut mon père ;

Tu vois le fruit des dons de sa bonté prospère.

À tous les malheureux je rendrai désormais Ce que dans mon malheur je dus à ses bienfaits.

Dieux, l’homme bienfaisant est votre cher ouvrage; 240 Vous 11’avez point ici d’autre visible image ;

Il porte votre empreinte, il sortit de vos mains Pour vous représenter aux regards des humains.

Veillez sur Cléotas ! Qu’une lleur éternelle,

Fille d’une âme pure, eu ses traits étincelle ; 20;

Que nombre de bienfaits, ce sont là ses amours,

Fassent une couronne à chacun de ses jours ;

Et quand une mort douce et d’amis entourée Recevra sans douleur sa vieillesse sacrée,

Qu’il laisse avec ses biens ses vertus pour appui 2üo

A des fils, s’il se peut, encor meilleurs que lui!

— Hôte des malheureux, le sort inexorable Ne prend point les avis de l’homme secourablo.

Tous, par sa main de fer en aveugles poussés,

Nous vivons ; et tes vœux ne sont point exaucés.

Cléotas est perdu ; son injuste patrie L'a privé de ses biens ; elle a proscrit sa vie.

De ses concitoyens dès longtemps envié,

De ses nombreux amis en un jour oublié,

V. 240-245. Maxime de Tyr, Diss. XIV. — Voltaire, Henriade, X :

Hélas! du Dieu vivant c'est la brillante image,

C’est un roi bienfaisant

V. 254. C’est bien là la fatalité antique qui pousse l’aveugle humanité. Sophocle, OEd à Colone, 256 (Musg.) :

Où y “P tSoif iv àüpd iv gpoT&iï ii rtç «v, ci Uciç S.-/01 •/', ixçvystv îùvairo.

V.258. Tout le passage qui suit semble inspiré de Sophocle, P/iilod., 181.

44 POÉSIES ASTIQUES.

Au lieu de ces tapis qu'avait tissus l'Euphrate, 260

,tu lieu de ces festins brillants d’or et d’agate,

Où ses hôtes, parmi les chants harmonieux,

Savouraient jusqu’au jour les vins délicieux,

Seul maintenant, sa faim, visitant les feuillages,

Dépouille les buissons de quelques fruits sauvages ; • 265

Ou, chez le riche altier apportant ses douleurs,

11 mange un pain amer tout trempé de ses pleurs.

Errant et fugitif, de ses beaux jours de gloire Gardant, pour son malheur, la pénible mémoire,

Sous les feux du midi, sous le froid des hivers, 270

Seul, d’exil en exil, de déserts en déserts,

Pauvre et semblable à moi, languissant et débile,

Sans appui qu’un bâton, sans foyer, sans asile,

Revêtu de ramée ou de quelques lambeaux,

Et sans que nul mortel attendri sur ses maux 275

D’un souhait de bonheur le flatte et l’encourage;

Les torrents et la mer, l’aquilon et l’orâge,

Les corbeaux et des loups les tristes hurlements Répondant seuls la nuit à ses gémissements ;

N’ayant d’autres amis que les bois solitaires, 2«o

D autres consolateurs que ses larmes amères,

11 se traîne ; et souvent sur la pierre il s’endort

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