UN CHEVRIER, UN BERGER
LE CHEVRIER
Berger, quel es-tu donc? qui t’agite? et quels dieux De noirs cheveux épars enveloppent tes yeux ?
I. — Peut-être cette idylle est-elle celle qui témoigne le plus du génie de Chénier. La pensée que développe André est nettement déGnie par un grand philosophe J. -J. Rousseau a dit : « C’est la force et la liberté qui fout les excellents hommes; la faiblesse et l’esclavage n’ont jamais fait que des méchants. » Cette pensée est dans toutes les âmes à l'époque (1787) à laquelle André écrit cette idylle; c’est elle qui anime à la grande lutte qui se prépare les poètes et les philosophes. La liberté démontre, avec une poétique et remarquable clarté, la nécessité d’aiïranchir l'humanité |>our l’améliorer. Dans celte antithèse qu’André se plait à prolonger, dans ce tableau fra|>pant qu’il nous trace de la générosité de l’homme libre et du désespoir envieux de l’esclave, ce n’est plus seulement la corde sonore de sa lyre qui nous subjugue et nous entraîne, c’est l’Ame tout entière du poète qui croit à sa mission et qui , plusieurs années avant celte époque, à l’âge où d’ordiuaire les hommes pensent peu, plaignant déjà l’indigent laboureur* , appelait de scs vrrux une France meilleure,
Où loin des ravisseurs la main cultivatrice Recueillera les dons d’une terre propice.
O Voyez V Hymne à la h'rance.
LE BERGER
Blond pasteur de chevreaux, oui, tu veux me l'apprendre; Oui, ton front est plus beau, ton regard est plus tendre.
LE CHEVRIER
Quoi ! tu sors de ces monts où tu n’as vu que toi, à Et qu’on n’approche point sans peine et sans effroi !