‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 124 sur 424 · PANNYCHIS · texte numérisé non relu

PANNYCHIS

Plusieurs jeunes filles entourent un petit enfant... le caressent... » On dit que tu as fait une chanson pour' Pannychis, ta cousine?... — Oui, je l'aime, Pannychis... elle est belle; elle a cinq ans comme moi... Nous avons arrondi ce berceau en buisson de

V. 28. Cette comparaison du baiser à la douceur du iniel est fréquente cher les petits poètes grecs. Elle plait beaucoup à Méléagre, et l’on peut même dire que la doucereuse saveur du miel est en quelque sorte l’emblème de sa poésie. Méléagre, Anal. I, p. 5, X :

Rai yàp ^tOéoiai çtXr,<ra;

’Avvioxov, 'J/ujcq; itércaixa péXi.

fol. 182(1. Après avoir mis, Il connut, au v. 27 :

Me «cru son (tous mirl sur ma bouche pâmée.

Il coula dans mon cœur ; et, dés cet heureux Jour.

VIII. — Celte idylle est imitée de Gessner, Cl f mène et Damon * ; « Ibs-moi, mou bieu-ainié, que veux-tu faire de ce petit autel... — ... Ne te souvient-il plus qu’aux jours de notre enfance c’était notre asile favori? l.à nous u’étions pas plus liants que cette jeune ancolie •*... — ... Autour de cet autel je planterai du myrte et des rosiers. Si Pan les protège, leurs rameaux s’élèveront bientôt au-dessus de l’autel et formeront un petit temple de verdure... — Vois-tu ces buissons? ils s'élèvent encore eu cintre, quoique incultes maintenant; c’était notre demeure. Nous en avions élevé la voûte aussi haut que nous pouvions atteindre... — N’avais-jc pas planté devant cette maison un petit jardin? Ne l’avions-nous pas entouré d’une haie de joncs? Une brebis l’eût broutée dans un instant, tant elle était grande. — ... Tu trouvas heureusement une petite image mutilée de l’Amour. En bonue mère , tu lui prodiguais tes soins et tes raresscs; nue coquille de noix était son lit, là, bercé par tes chants, il reposait sur des feuilles de roses. » Puis l’idée de la cigale s’y ajoute; mais , dans Gessuer, la cigale se blesse en s'envolant, et après ces souvenirs de leur enfance, Damon s'écrie :

P Dans d'antre* édition*, Daphné et Micon.

(**) Dan* le Premier JVavUtaleur. I, Mélirie dit : • Jr me aoutirns du temps ou Je n 'étais guère pin* haute qu’un pied d’œillet. •

roses... Nous nous promenons sous cet ombrage... On ne peut pas nous y troubler, car il est trop bas pour qu’on y puisse entrer. Je lui ai donné une statue de Vénus que mon père m'a faite avec du buis : elle l’appelle sa fdle, elle la couche sur des feuilles dans une écorce de grenade... Tous les amants font toujours des chansons pour leur bergère... et moi aussi, j'en ai fait une pour elle... — Eh bien ! chante-nous ta chanson, et nous te donnerons des raisins, des ligues mielleuses... »

Donncz-les moi d’abord, et puis je vais chanter...

Il tend ses deux mains... on lui donne... et puis.

D’une voix douce et claire il se met à chanter :

« Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m’aimes;

Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes.

Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau. 5 Hier je me suis mis auprès de mon chevreau ;

Par Pollux et Minerve! il ne pouvait qu’à peine Faire arriver sa tète au niveau de la mienne.

D’une coque de noix j’ai fait un abri sur

Pour un beau scarabée étincelant d'azur; 10

Il couche sur la laine, et je te le destine.

Ce matin j’ai trouvé parmi l’algue marine l ue vaste coquille aux brillantes couleurs ;

Nous l’emplirons de terre, il y viendra des fleurs.

Je veux , pour te montrer une flotte nombreuse , iô

Lancer sur notre étang des écorces d’yeuse.

« Ainsi l’écoulèrent les jours de notre enfance , lorsque dans nos jeux tu étais ma femme et moi ton époux. *

Le nom de Pannychis qu’André donne à la petite fille est curieux et témoigne qu’en traçant ce tableau si chaste et si enfantin, il se souvenait de l'épisode licencieux de Giton et de Pannychis, dans Pétrone, Sat. XXV.

IDYLLES lül

Le chien de la maison est si doux ! chaque soir Mollement sur son dos je veux te faire asseoir;

Et, marchant devant toi jusques à notre asile,

Je guiderai les pas de ce coursier docile. » 20

.... 11 s’en va bien baisé, bien caressé. . . Les jeunes beautés le suivent de loin. Arrivées aux rosiers, elles regardent par-dessus le berceau, sous lequel elles les voient occupés à former avec des buissons de mvrte un temple de verdure autour d'un petit autel , pour leur statue de Vénus. Elles rient- Ils lèvent la tête, les voient et leur disent de s’en aller. On les embrasse... et, en s'en allant, la jeune Myrlo dit : « Heureux fige!... Mes compagnes, venez voir aussi chez moi les monuments de notre enfance... J’ai entouré d'une haie, pour le conserver, le jardin que j’avais alors... line chèvre l’aurait brouté tout entier en une heure... C’est là que je vivais avecCIinias; il m'appelait déjà sa femme, et je l’appelais mon époux.. . Nous n’étions pas plus hauts que telle plante(i). Nous nous serions perdus dans une forêt de thym... Vous y verrez encore les romarins s’élever en berceau comme «les cyprès autour du tombeau de marbre où sont écrits les vers d’Anyté... Mon bien-aimé m’avait donné une cigale et une sauterelle ; elles moururent, je leur élevai ce tombeau parmi le romarin. J’étais

V. 17-20. A côté de ce tableau nous mettrons uneépigr. d’Anyté, Anal. I, p. 197 : *Hv{a Sr, toi rcottfo; 2vt, tpiy6» çotvixosvia OévTe;, xxi pijsà rapl «rrôuom,

troua rraiSiéovai Qeov rrepi vaôv ae6).a ,

6pp' oejToù; çopcrj; r.ïua TtpTtopÉvov;.

lia ils l’Anthologie grecque, ou rencontre moins souvent qu'on ne |nmrrait le croire de ressortes d’épigranuncs ; l'amour et la mort y jouent un plus grand rôle que l’enfance.

vers charmants d’André sur les jeux de deux enfants nous engagent à rappeler au lecteur un très-joli passage d'Apollonius, Arg. III, 114, où sont décrits les jeux «le Ganymede et de Cupidon. Il existe de curieux rapports entre cette chanson de l'amant enfantin de Pannychis et le long discours amoureux que, dans Ovide, Met. Mil, 789, le géant Polyphonie tient à la blanche Galatée.

(1) Ici bien probablement André se serait souvent*, en le modifiant , du vers de Virgile, Êgl, VIII, 39 :

J .un fragilis pnlcnitn a terra contingere nmm ,

qu'avait imité le Tasse, Aminte , I, il, et que Racau, II, il, avait ainsi imité de l'italien : Je n'avois pas dou/r an* quand la première fljrac

en pleurs... La belle Anvté (i) passa, sa Ivre à la main : Qu'as-

tu ? me demanda-t-elle Ma cigale et ma sauterelle sont mortes...

— Ah! dit-elle, nous devons tous mourir... » (Cinq ou six vers de morale.) Puis elle écrivit sur la pierre :

o O sauterelle, à toi, rossignol des fougères,

A toi, verte cigale, amante des bruyères,

Myrto de cette tombe éleva les honneurs,

Et sa joue enfantine est humide de pleurs ;

Car l’avare Achéron, les Soeurs impitoyables 25

Ont ravi de ses jeux ces compagnons aimables. »

Dos beaux yeux d'Alcidor t’alluma dant mon âme;

Il me passoit d’un an et de tes petits bras Cuellloit déjà des fruits dant les branches d'en bas.

(1) « Anytc , » poétesse d’une époque incertaine, dont fait mention Tatien, Or. ad Cr, Elle a laisse quelques épigrainmcs sur des oiseaux, des épitaphes et des épigraphes; voy. Brunck, Anal. I, p. 19*. Dans ce qui nous reste d’elle, il y a une grande douceur et une délicate sensibilité. Méléagre, Anal. I, p. I, l, a comparé ses poésies à des lis.

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