‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 161 sur 424 · V. 29. Éd · texte numérisé non relu

V. 29. Éd

Dans le fond d'une rose. un matin de printemps.

V. 40. Saint-Lambert, Priât., a dit : « Le doux esprit des fleurs. *

LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES US L astre qui fait aimer est l’astre des poètes.

Bois, écho, frais zéphyrs, dieux champêtres et doux, 45 Le génie et les vers se plaisent parmi vous.

■l'ai choisi parmi vous ma Muse jeune et chère;

Kt, bien qu’entre ses sœurs elle soit la dernière,

Elle plaît. Mes amis, vos yeux en sont témoins.

Et puis une plus belle eût voulu plus de soins ; 50

Délicate et craintive, un rien la décourage1,

Un rien sait l’animér. Curieuse et volage,

Elle va parcourant tous les objets flatteurs ,

Sans se fixer jamais, non plus que sur les fleurs

Les zéphyrs vagabonds, doux rivaux des abeilles, 55

Ou le baiser ravi sur des lèvres vermeilles.

Une source brillante, un buisson qui fleurit.

Tout amuse ses yeux ; elle pleure, elle rit.

Tantôt à pas rêveurs, mélancolique et lente,

Elle erre avec une onde et pure et languissante ; oo

Tantôt elle va, vient, d’un pas léger et sur Poursuit le papillon brillant d’or et d’azur.

Ou l’agile écureuil, ou dans un nid timide Sur un oiseau surpris pose une main rapide.

Quelquefois, gravissant la mousse du rocher, os

Dans une touffe épaisse elle va se cacher.

Et sans bruit épier sur la grotte pendante Ce que dira le faune à la nymphe imprudente,

Qui, dans cet antre sourd et des faunes ami,

Refusait de le suivre, et pourtant l’a suivi. 70

Souvent même, écoutant «le plus hardis caprices,

V. G &• Gessner, à Daphné : « Ma muse dans les hallicrs épais épie les dryades el le faune aux pieds de chèvre el les nymphes couronnées de roseaux dans les grottes. »

ÉLÉGIES

Elle ose regarder au fond des précipices ,

Où sur le roc mugit le torrent effréné ,

I)u droit sommet d’un mont tout à coup déchaîné.

Elle aime aussi chanter à la moisson nouvelle, 75

Suivre les moissonneurs et lier la javelle.

L’Automneau front vermeil, ceint de pampres nouveaux, Parmi les vendangeurs l’égare en des coteaux ;

Elle cueille la grappe, ou blanche, ou purpurine ;

Le doux jus des raisins teint sa bouche enfantine ; so Ou, s’ils pressent leurs vins, elle accourt pour les voir,

Et son bras avec eux fait crier le pressoir.

Viens, viens, mon jeune ami; viens, nos muses t’attendent; Nos fêtes, nos banquets, nos courses te demandent ;

Viens voir ensemble et l’antre et l’onde et les forêts. 85 Chaque soir une table aux suaves apprêts Assoira près de nous nos belles adorées;

Ou, cherchant dans le bois des nymphes égarées,

Nous entendrons les ris, les chansons, les festins ;

Et les verres emplis sous les bosquets lointains 90

Viendront animer l’air, et, du sein d’une treille,

De leur voix argentine égayer notre oreille.

Mais si, toujours ingrat à ces charmantes sœurs,

Ton front rejette encor leurs couronnes de (leurs ;

Si de leurs soins pressants la douce impatience 95

N’obtient que d’un refus la dédaigneuse offense;

V. 80. Il y a dans ce tableau comme un souvenir lointain de Virgile, Gêorg. II, 7. V. 84. Virgile, Égl. I, 38 :

Ipsæ le, Tityre, pinus,

Ip»i te foutes, ipsa hsrc arbust.i vocabant.

Cf. Horace, Od. II, vi. L’expression est grecque ; la voici dans Théocrite, Id. IV, 12 : J ai oapâ/at 6’ «Otôv pvxc*>iuvai g»gê ■noOeùvTt.

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LIVRE I — MEDITATIONS— VOYAGES 147 Qu'à ton tour la beauté dont les yeux t'ont soumis Kefuse à tes soupirs ce qu’elle t’a promis;

Qu’un rival loin de toi de ses charmes dispose ;

Et, quand tu lui viendras présenter une rose, 100

Que l’ingrate étonnée, en recevant ce don,

Ne t’ait vu de sa vie et demande ton nom.

O Muses, accqurez ; solitaires divines,

Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines!

Soit qu’en ses beaux vallons Nîme égare vos pas ; Soit que «le doux pensers, en de riants climats,

Vous retiennent aux bords de I,oire ou de Garonne;

V. 99. De même Tiliullc, III, VI, 10, voue à l’inbdêlitê de leur mai tresse ceux qui ne veulent pas le suivre à de joyeux festins :

Nete ncgrt qimquam , nu* duce ««* roroilrm.

Aut si quia vint certamrn mite récusait Fallat rum terto cara pur lia dolo.

IV. - V. I et suiv. [Cette manière d'invoquer les divinités , en les appelant des différents lieux qu’elles aiment à habiter, est imitée des poètes anciens. Dans Y Iliade, XVI, 514, Apollon est ainsi invoqué par («laurus :

K).00t, avod, <S; îto’j Auxîyk év irîovt Ôt)|am e[;, f, Ivi Tpottj ....

Alcmau avait fort employé eette forme d'invocation, comme le témoigne Ménandre le grammairien, nu troisième chapitre de son traité de V Eloge. Il y en a un Ih*I exemple dans Théoerite, Id. î, 123 :

tQ llév, lldtv, aft’ iooi xat’ wpia paxpà Aoxatu), aire iicoXct; piya MatvcO.ov, tv$’ Sri vâoov

Tfltv IixeÀiv

Claudien, dans ses Invectives contre Rufin , I, 334, l’emploie avec sou faste ordinaire. Aristide, dans son Hymne à Jupiter , appelle en prose poétique les Muses ù son aide, soit que dans l’Olympe elles forment avec Apollon un divin concert, soit qu’elles habitent les doctes retraites de Piérie, soit qu’elles dansent en clnenr sur l'Hélicon de Itéotie. BoiUOÜAPR.] Cf. Stare, Theb. I, 690.

ÉLÉGIES

Soit que, parmi les chœurs de ces nymphes du Rhône,

La lune, sur les prés où son flambeau vous luit, Dansantes, vous admire au retour de la nuit;

Venez. J’ai fui la ville aux Muses si contraire,

Et l’écho fatigué des clameurs du vulgaire. 10

Sur les pavés poudreux d’un bruyant carrefour Les poétiques fleurs n’ont jamais vu le jour.

1.0 tumulte et les cris font fuir avec la lyre L’oisive rêverie au suave délire ;

Et les rapides chars et leurs cercles d'airain 15

Effarouchent les vers, qui se taisent soudain.

Venez. Que vos bontés ne me soient point avares.

Mais, oh ! faisant de vous mes pénates, mes lares,

Quand pourrai-je habiter un champ qui soit à moi !

Et, villageois tranquille, ayant pour tout emploi 20

Dormir et ne rien faire, inutile poète,

Goûter le doux oubli d’une vie inquiète!

Vous savez si toujours, dès mes plus jeunes ans,

Mes rustiques souhaits m’ont porté vers les champs ;

Si mon cœur dévorait vos champêtres histoires, as

Cet âge d’or si cher à vos doctes mémoires,

Ces fleuves, ces vergers, Éden aimé des deux Et du premier humain berceau délicieux ;

L’épouse de Rooz, chaste et belle indigente,

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