‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 162 sur 424 · LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES

Qui suit <l’un pas tremblant la moisson opulente; 30 Joseph, qui dans Sichem cherche et retrouve, hélas !

Ses dix frères pasteurs qui 11e l’attendaient pas;

Rachel, objet sans prix qu’un amoureux courage N’a pas trop acheté de quinze ans d’esclavage.

Oh! oui, je veux un jour, en des bords retirés, 35

Sur un riche coteau ceint de bois et de prés,

Avoir un humble toit, une source; d’eau vive Qui parle, et dans sa fuite et féconde et plaintive Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux.

Là je veux, ignorant le monde et ses travaux , 40

Loin du superbe ennui que l’éclat environne,

Vivre comme* jadis, aux champs de Babylone,

Ont vécu, nous dit-011, ces pères des humains Dont le nom aux autels remplit nos fastes saints;

Avoir amis, enfants, épouse belle et sage; 45

Errer, un livre en main, de bocage en bocage ;

Savourer sans remords, sans crainte, sans désirs,

Due paix dont nul bien n’égale les plaisirs.

Douce mélancolie ! aimable mensongère,

Page 1