I.XXXI
Trop de désirs naissent de trop de force.
Qui peut tout pourra trop vouloir.
Il pourra négliger, sur du commun suffrage,
Et l’équitable humanité, 280
Et la décence au doux langage.
L’obstacle nous fait grands. Par l’obstacle excité, L’homme, heureux à poursuivre une pénible gloire,
Va se perdre à l’écueil de la prospérité,
Vaincu par sa propre victoire. 285
Mais au peuple surtout sauvez l’abus amer De sa subite indépendance.
Contenez dans son lit cette orageuse mer.
Par vous seuls dépouillé de ses liens de fer,
Dirigez sa bouillante enfance. 200
Vers les lois, le devoir, et l'ordre, et l'équité,
Guidez, hélas! sa jeune liberté.
V. 285. Us pensées qu’il développe dans ces strophe» peuvent se résumer par res beaux vers de Pindare, Pjt/i. IV, 484 :
‘Piv.ov pèv fâp «ôXiv <rtï-
•3«i xxî àçaypotépo’.; * àÀX’ jrw-
pa; ayQt; £a<ratt Sy'rxaXè;
5r, YfocTttc, ÈEaîtiva;
et pr; ûeôç àYtp.ôv£<TtTt xuêep-
varr4p Ytvr,tai.
O sont du reste les mêmes sur lesquelles il s'étend dans Y Avis aux Français.
V. 286. Avis aux Français, p. 9 : « Avons nous pensé que l’on acquérait la li- « berlé sans obstacles? Je vois dans toutes les histoires des peuples libres leur liberté « naissante attaquée de mille manières. »
V. 288. Cette comparaison de la multitude aux Mots de la mer est familière aux poètes, comme l’a remarqué Dion Clirvsostome, Or. 32, rapportant ces ver» d’un porte anonyme :
Atjuo; xtxratov xxxôv,
xai ôaXâatrg rxv8 &po>ov inz' àvéji ©y pim'ctai, x. t. X.
Cf. Stanley, Æschjrli Commentants*, ad Sept. Thch f.4, 110.
LE JEU DE PAUME
Gardez que nul remords n'en attriste la fête.
Repoussant d’antiques affronts,
Qu’il brise pour jamais, dans sa noble conquête,
Le joug honteux qui pesait sur sa tête Sans le poser sur d’autres fronts.
Ab ! ne le laissez pas, dans la sanglante rage D’un ressentiment inhumain,
Souiller sa cause et votre ouvrage. 300
Ab! ne le laissez pas sans conseil et sans frein,
Armant, pour soutenir ses droits si légitimes,
L;i torche incendiaire et le fer assassin,
Venger la raison par des crimes.
Peuple! ne croyons pas que tout nous soit permis. 305 Craignez vos courtisans avides,
O peuple souverain! A votre oreille admis,
Cent orateurs bourreaux se nomment vos amis.
Ils soufflent des feux homicides.
Aux pieds de notre orgueil prostituant les droits, 3io Nos passions par eux deviennent lois La pensée est livrée à leurs lâches tortures.
Partout cherchant des trahisons,
A nos soupçons jaloux, aux haines, aux parjures,
Ils vont forgeant d’exécrables pâtures. 3is
Leurs feuilles noires de poisons Sont autant de gibets affamés de carnage.
Ils attisent de rang en rang