‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 180 sur 424 · V. 53. Mim tienne · texte numérisé non relu

V. 53. Mim tienne

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La Fontaine, Fab. VIH, l, représente la vieillesse sous le même aspect :

Plu* de poil t, plnsd'oule;

Toute chose pour loi semble Cire évanouir ;

Pour loi l'astre du Jour prend de* soins aii perdu* :

Tu regrettes de» biens qui ne te touchent plu*.

IX. — Celle élégie jeltc une grande lueur sur le génie d’André, en nous permettant d’observer les évolutions successives de sa pensée , et comment Limitation conduit un vrai pocle à la création. En elFet, elle peut être considérée comme le magnifique prélude de la Jeune Captive . L’élégie de Tibulle, qui s'encadre ici entre Properce et Virgile, nous peint la situation d’âme du poete au seuil de la mort ; c’est la plainte déchirante du génie qui voit la vie, l’asenir prêt à lui échapper, et r’csl le même cri de désespoir , transfiguré par la grandeur de l’infortune, qui rejaillira de son cœur dans les mur» de Saint-Lazare, non plus sous la forme un peu abandonnée

ÉLÉGIES

Je ne veux point, couvert d’un funèbre linceuil,

Que les pontifes saints autour de mon cercueil,

Appelés aux accents de l’airain lent et sombre, 5

l)e leur chant lamentable accompagnent mon ombre.

Et sous des murs sacrés aillent ensevelir Ma vie et ma dépouille, et tout mon souvenir.

Eh ! qui peut sans horreur, à ses heures dernières,

Se voir au loin périr dans des mémoires chères? 10

I. 'espoir que des amis pleureront notre sort Charme l’instant suprême et console la mort. Vous-mêmes choisirez à mes jeunes reliques Quelque bord fréquenté des pénates rustiques,

Des regards d’un beau ciel doucement animé, is

dr l’élégie, mais sons la forme serrée et synthétique de l’ode. Ici la plainte est plus personnelle , et c’est un des caractères de l’élégie ; dans la Jeune Captive , elle est plus générale, plus totalement humaine, ce qui est un des caractères sacrés de l’ode. L’étude attentive et comparée de ces deux élégies donne le secret du génie d’appropriation d’André Chénier. — Le début est de Properce, II, XIII, 17 :

Quandocumque fgitur nostros mors rlaudrt ocelln* ,

Accipc, qujr serves, funcris acta mci.

Nec roca tune longa spatietur imagine pompa.

Ncc tuba ait fati vana qucrela mel ;

Et tit in exiguo laurus superaddita busio ,

Qu* tegat exstincli funcris umbra Incum.

Cf. Horace, Od. II, xx; Le Brun, Êlèg. I, II; et Pamy, III, Ma Mort.

V. 13. [Ce mot de reliques (dit André dans ses notes sur Malherbe, p. 94) est beau et sonore ; de plus, employé rarement, il est encore presque tout neuf. C’est pourquoi il ne faut point qu’il soit perdu pour notre poésie. Racine , qui connaissait les véritables richesses et qui ne les laissait point échapper, l’a mis en usage deux fois. Dans Phèdre :

O* tombeaux antiques

Du des rois sea aïeux sont les froides reliques.

Dans Bajazel :

Déjà, sur un vaisseau dans le port préparé.

Chargeant de mon débris les reliques plus chères,

Je méditai ma fuite aux rives étrangères.

Ce dernier exemple est bien beau et bien hardi.] Comme dans toutes ses notes sur Malherbe, André oublie Ronsard, qui l’a employé dans le Bocage royal , Panègyr . de la Renom., quand il peint le jeune phénix :

(Portant) le Ut funèbre et l'odorensc cendre,

/( cliquet de son père

LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES Des fleurs et de l’ombrage, et tout ce que j’aimai.

C’est là, prés d’une eau pure, au coin d’un bois tranquille, Qu’à mes mânes éteints je demande un asile :

Afin que votre ami soit présent à vos yeux,

Afin qu’au voyageur amené dans ces lieux, 20

La pierre, par vos mains de ma fortune instruite,

Raconte en ce tombeau quel malheureux habite;

Quels maux ont abrégé ses rapides instants ;

Qu’il fut bon , qu’il aima, qu’il dut vivre longtemps.

Ah! le meurtre jamais n’a souillé mon courage. 25

Ma bouche du mensonge ignora le langage;

Et jamais, prodiguant un serment faux et vain,

Ne trahit le secret recelé dans mon sein.

V. 17. N’est-ce pas là le vœu étemel des poètes? Nous aussi, hommes d'une autre génération, n’avons-nous pas eutendu la même pensée résonner sur la lyre d’un poète aimé, mais, hélas ! trop tôt parti ?

Mes cher* amis , quand Je mourrai ,

Plante/ un naute au cimetière :

J'aime son feuillage éploré ;

La pfllcur m’en est douce et chère ,

F.t son ombre sera légère A la terre où Je dormirai.

V. 25. C’est ici que commence l’imitation de Tibulle, 111, v, 5 :

At mihl Persephone nigram denuntiat horam : hnmerito Jutcni parce nocere, dea.

Non ego tcntavl, nulli temeranda virorum,

Audai laudandæ sacra docere deæ.

Ncc mea mortiferis infec.it pocula *uccis Dettrra , ncc ruiquam tetra venena dédit ;

Nec nos sacrilcgos templis admovimus ignés ;

Nec cor sollicitant facta nefanda racum ;

Nec nos , insaniæ méditantes Jnrgia llnguar ,

Impia in ad versos solvimus ora deos.

Ht nondurn cani ni gros lascrc capillos;

Nec venit tardo curva senecta pede.

Déjà, dans une autre élégie, Tibulle, 1, m, 51 :

Parce, pater ! timldum non me perjuria terrent ,

Non dieta In sanctos impia verba deos.

Cf. Ovide, Her. XXI, 173 ; Claudien, Rapt de Pros. II, 257.

Au v. 25, André par le mot meurtre désigne le duel, qu’il détestait, et qu’il flétrit dans sirs Œuvres en prose, p. 49 : « Les femmes. . . de tout temps admiratrices secrétes ou déclarées de ces assassinats chevaleresques appelés duels, semblent encourager, par d’homicides applaudissements, celte férocité lâche et stupide. »

ÉLÉGIES

IMi

Mai forfait odieux, mil remords implacable

Ne déchire mon âme inquiète et coupable. 30

Vos regrets la verront pure et digne de pleurs.

Oui, vous plaindrez sans doute, en mes longues douleurs,

Et ce brillant midi qu’annonçait mon aurore,

Et ces fruits dans leur germe éteints avant d’éclore,

Que mes naissantes fleurs auront en vain promis. 3s Oui, je vais vivre encore au sein de mes amis.

Souvent à vos festins qu’égaya ma jeunesse,

Au milieu des éclats d’une vive allégresse,

Frappés d’un souvenir, hélas! amer et doux,

Sans doute vous direz : « Que n'est-il avec nous! » 4o

Je meurs. Avant le soir j’ai fini ma journée.

A peine ouverte au jour, ma rose s’est fanée.

La vie eut bien pour moi de volages douceurs ;

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