LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES
Eh ! le pourrais-je au moins ! suis-je assez intrépide ?
Et toute belle enfin serait-elle perfide ?
Moi, tendre, même faible, et dans l’âge d’aimer,
Faut-il n’oser plus voir tout ce qui peut charmer !
Quand chacun à l’envi jouit, aime, soupire, 5
Faut-il donc de Vénus abjurer seul l’empire !
Ne plus dire : Je t’aime ! et dormir tout le jour,
Sans avoir pour adieux quelques baisers d’amour !
Et lorsque les désirs, les songes, ou l’aurore,
Troubleront mon sommeil, me réveiller encore, 10
Sans que ma main déserte et seule à s’avancer Trouve dans tout mon lit une main à presser !
S'ils n’ont point le bonheur, en est-il sur la terre ?
Quel mortel, inhabile à la félicité,
Regrettera jamais sa triste liberté, 15
XXIV. — Nous avons, dans cette élégie, rapproché deux fragments qui semblent développer une même idée, facile à deviner et à compléter. Voici comment nous supposons que devait se dérouler la pensée d'André : Mes amis me le conseillent \ je veux les écouter, me livrer à l'étude, quitter ce sexe trompeur, perfide. . •
Eb! le pourrais-je au moins I suis-je assez intrépide t etc.
En vain on nie dit que le plaisir en amour est amer , que les amants portent des chaînes, qu’ils n’ont point le bonheur. . .
S’ils n’ont point le bonheur, en est-il sur la terre T etc.