‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 233 sur 424 · LIVRE II — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II — CAMILLE

Mais présent, à ses pieds m’attendent les rigueurs, 15 Et, pour des songes vains, de réelles douleurs.

Camille est un besoin dont rien ne me soulage ;

Rien à mes yeux n’est beau que de sa seule image.

Près d’elle, tout, comme elle, est touchant, gracieux ;

Tout est aimable et doux, et moins doux que ses yeux ; 20 Sur l’herbe, sur la soie, au village, à la ville,

Partout, reine ou bergère, elle est toujours Camille,

Et moi toujours l’amant trop prompt à s’enflammer. Qu’elle outrage, qui l’aime, et veut toujours l’aimer.

O lignes que sa main, que son cœur a tracées!

O nom baisé cent fois! craintes bientôt chassées!

Oui : cette longue route et ces nouveaux séjours,

Je craignais... Mais enfin mes lettres, nos amours,

Ma mémoire, partout sont tes chères compagnes. 5

Dis vrai! Suis-je avec toi dans ces riches campagnes Où du Rhône indompté l’Arve trouble et fangeux Vient grossir et souiller le cristal orageux?

Ta lettre se promet qu’en ces nobles rivages

Où Senart épaissit ses immenses feuillages, 10

Des vers pleins de ton nom attendent ton retour.

Tout trempés de douceurs, de caresses, d'amour.

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