LIVRE II — CAMILLE
Dors en pensant à moi ; rêve-moi près de toi ;
Ne vois que moi sans cesse, et sois toute avec moi. 80 Au retour d’un festin, seule, ô dieux ! sur ta couche,
Si cet heureux papier s’approchait de ta bouche !
Enfermé dans la soie, oh! si ta belle main Daignait le retrouver, le presser sur ton sein !
Je le saurai; l’Amour volera me le dire. 85
Dans l’àme d’un poète un dieu même respire ;
Et ton cœur ne pourra me faire un si grand bien,
Sans qu’un transport subit avertisse le mien.
Fais-le naître, ù Camille. Alors toutes mes peines S’adoucissent; alors, dans mes paisibles veines, »o
Mon sang coule en flots purs et de lait et de miel ,
Et mon âme se croit habitante du ciel !
Cum milite isto prwrm , absens ut sic* :
Dira noc traque me a mm : me drsldrrn :
Mc somnics : me exspecte* : de me cogites :
Mc spere* : me te o bled es : mrrum tota ib :
Mena far sis pnstremo animas , quando ego sum f uns.
\a Fontaine n’a pas rendu la tendresse qu’il y a dans ce* vers de Térence *. — Dans une lettre, adressée à M. Sainte-Beuve, M. Alfred de Vigny avait déjà signalé cette imitation. — Ovide a dit dan* Y Art tf aimer , II, 347 :
Te iicmprr sidcat, tibi aetnper pur beat flores;
F.ihibcat iuIius noxqur diesque tuos.
V. 80. C'est à ce vers que s’arrête l’élégie daus leséd. 1819, 1826, 1833. - L’éd. 1833 donnait le reste comme Fragments de poésies diverses ; l’éd. 1839 le joignit à l’élégie. Le passage qui suit (v. 81 à 92) s’y adapte heureusement , et nous l’avons conservé; mais celui qui dans l’éd. 1839 termine l’élégie : Ainsi le jeune amant, etc., ne s’y rapporte en rien et ne lui appartient certainement pas. On le trouvera daus Y Art tf aimer.