LIVRE II — CAMILLE
Qu’une bouche où la rose, où le baiser respire, 15
Peut cacher un serpent à l’ombre d’un sourire?
Que sous les beaux contours d’un sein délicieux Peut habiter un cœur faux, parjure, odieux ? l'eu fait à soupçonner le mal qu’on dissimule,
Dupe de mes regards, à mes désirs crédule, 20
Elles trouvent mon cœur toujours prêt à s'ouvrir. Toujours trahi, toujours je me laisse trahir ;
Je leur crois des vertus dès que je les vois belles.
Sourd à tous vos conseils, ô mes amis fidèles ,
Relevé d’une chute, une chute m’attend ; 25
De Charybde à Scvlla toujours vague et flottant,
V, 1U. Pétrone a dit dam un fragment :
Omni* mulitT intra per tus criât tiru* prslllriift;
Dulcr de bbris loquuntur, cordc vivunt noiia.
Et Claudien, Eloge de Slilkon , II, 13?, en parlant de la Volupté :
A miel a dolnxix
ltlecebris, lorvo* aura circumlinit hydros.
Fénelon, Tel. I, imitant Virgile (Égl. III, 93): « Gardez-vous d’écouter les paroles douces et flatteuses de Calypso, qui sc glissent comme un serpeut sous les fleurs ; craignez le poison caché. »
V. 26. Les portes se plaisent toujours à comparer les orages de l’amour à ceux de l’Océan. Ainsi Pétrone, Sat. CXII :
Credc rateoi tend*, .minium ne errde pucllis.
Rcgnier, Sat. VII :
Marquis, voyla le vent dont ma nrf est portée,
A la triste mrrey de la vague indomptée.
Sans cordes, uns timon, uns estoile ny jour :
Reste ingrat et piteux de l'orage d'amour.
Malherbe, p. 59 :
b femme r*t une mer aux naufrages fatale.
Plus loin, p. 151, Malherbe développe encore cette pensée :
Amour a cela de Neptune, etc.
Qui ne connaît ces sers délicieux de La Foutaiue, Elégie 111 :
Mc volrl rembarque sur la mer amoureuse, etc.
Moi pour qui tant de fois elle fut malheureuse,
Qui ne suis pas encor du naufrage essuyé.
Quitte à peine d’un %œu nouvellement paye.
« Eaguef » errant; c’est le latin vagus . C’est ainsique Ronsard, Son. pour Hélène , VII, l’a employé, en parlant de Moïse :
Qui, sage, commandas au vague peuple llebricu.
268 ÉLÉGIES
Et toujours loin du bord jouet de quelque orage,
Je ne sais que périr de naufrage en naufrage.
Ah ! je voudrais n’avoir jamais reçu le jour
Dans ces vaines cités que tourmente l’amour, 30
Où les jeunes beautés, par une longue étude,
Font un art des serments et de l’ingratitude.
Heureux loin de ces lieux éclatants et trompeurs,
Eh ! qu’il eût mieux valu naître un de ces pasteurs Ignorés dans le sein de leurs Alpes fertiles, 35
Que nos yeux ont connus fortunés et tranquilles!
Oh ! que ne suis-je enfant de ce lac enchanté Où trois pâtres héros ont à la liberté Rendu tous leurs neveux et l’Helvétic entière !
Faible, dormant encor sur le sein de ma mère, 40
Oh! que n’ai-je entendu ces bondissantes eaux,
Ces fleuves, ces torrents, qui, de leurs froids berceaux, Viennent du bel Hasli nourrir les doux ombrages !
Ilasli ! frais Elysée ! honneur des pâturages !
Lieu qu’avec tant d’amour la nature a formé, 45
Ou l’Aar roule un or pur en son onde semé.
Là je verrais, assis dans ma grotte profonde,