‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 299 sur 424 · A FANNY · texte numérisé non relu

A FANNY

Mai de moins de roses, l’automne De moins de pampres se couronne,

Moins d’épis flottent en moissons,

Que sur mes lèvres, sur ma lyre,

Fanny, tes regards, ton sourire, 5

Ne font éclore de chansons.

Les secrets pensers de mon âme Sortent en paroles de flamme,

A ton nom doucement émus :

Ainsi la nacre industrieuse 10

Jette sa perle précieuse,

Honneur des sultanes d’Ormuz.

ni. — v. 1 et stiiv. Ronsard, Am. II, Chanson:

Le printemps n'a point tant de fleurs ,

L'autoame tant de raisins meurs

Que )e porte an cœur, ma maîtresse,

Pour tons de peine et de tristesse.

280 ÉLÉGIES

Ainsi sur son mûrier fertile Le ver de Catliay mêle et file

Sa trame étincelante d’or. 15

Viens, mes Muses pour ta parure De leur soie immortelle et pure Versent un plus riche trésor.

l.es perles de la poésie

Forment sous leurs doigts d’ambroisie 20

D’un collier le brillant contour.

Viens, Fanny : que ma main suspende Sur ton sein cette noble offrande...

V. 14. Catliay y ancien nom de la Chine; c’esl celui qu’emploie Thomson.

V. 20. « Doigts <C ambroisie t » doigts divins ; c’est Y ambrosius des Latins.

V. 23. M. Sainte-Beuve, Purtr. litt.% a donné deux vers qui, tous deux, pourraient terminer cette pièce :

Te» bras sont le collier d'amour.

Ton sein est le trône d’amour.

M. Boissouade, dans ses Xotes manuscrites, propose celui-ci :

Qu'envierait la mère d’Amour.

Mais voici un (tassage de Malherbe, p. 25, annoté par André :

Et quel Indique séjour Une perle fera naître,

D'ssm-z de lustre pour tire La marque d'un si beau jour.

[Image moderne (dit André), riche et belle et poétique. Cela donne à nos beaux poeiues une physionomie française; ils n’ont plus l’air de traductions des anciens. Celte image remplace le « C cessa ne careat pulchra dies nota. » — L’image des quatre derniers vers (ajoute-t-il plus tard) n’est point moderne, comme je l'avais cru. La voilà dans Martial, X, xxxvni :

O no\ omni*. et hors, quar notata est taris tittoris Indici lapitlis .

Ce qui ne diminue pas du tout le mérite de Malhcrl>e.] — Cette note peut mettre sur la trace de la pensée d’André ; et il nous-scmble qu’on potin ait terminer cette strophe ainsi :

Les pertes de I» poésie

Forment *ou» leurs doigts d'ambroisit

D’un collier le brillant contour.

Viens, Fanny, que ma main suspende Sur ton sein cette noble offrande.

Tendre marque d un si beau jour.

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