‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 333 sur 424 · K PITRE S · texte numérisé non relu

K PITRE S

S’égarant à son gré, mon ciseau vagabond Achève à ce poème ou les pieds ou le front,

Creuse à l’autre les flancs, puis l'abandonne et vole Travailler à cet autre ou la jambe ou l’épaule.

Tous, boiteux, suspendus, traînent ; mais je les vois 55 Tous bientôt sur leurs pieds se tenir à la fois.

Knsemble lentement tous couvés sous mes ailes,

Tous ensemble quittant leurs coques maternelles,

Sauront d’un beau plumage ensemble se couvrir, Ensemble sous le bois voltiger et courir. 6«

Peut-être il vaudrait mieux, plus constant et plus sage, Commencer, travailler, finir un seul ouvrage.

Mais quoi! cette constance est un pénible ennui. a Eli bien ! nous lirez-vous quelque chose aujourd’hui? Mc dit un curieux qui s’est toujours fait gloire 65

D’honorer les neuf Sœurs, et toujours, après boire, Etendu dans sa chaise et se chauffant les pieds,

Aime à dormir au bruit des vers psalmodiés.

— Qui, moi? Mon, je n’ai rien. D'ailleurs je ne lis guère.

— Certe, un tel nous lut hier une épître !... et son frère 70 Termina par une ode où j’ai trouvé des traits!...

— Ces messieurs plus féconds, dis-je, sont toujours prêts. Mais moi, que le caprice et le hasard inspire,

Je n’ai jamais sur moi rien qu’on puisse vous lire.

— Bon! bon! Et cet Hermès, dont vous ne parlez pas, 75 Que devient-il ? — Il marche, il arrive à grands pas.

Page 1