‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 335 sur 424 · R PI T RES · texte numérisé non relu

R PI T RES

Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux, 9ô

M’embrasent de leur flamme, et je crée avec eux.

Un juge sourcilleux, épiant mes ouvrages,

Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages Traduits de tel auteur qu'il nomme; et, les trouvant,

Il s’admire et se plaît de se voir si savant. 100

Que ne vient-il vers moi? je lui ferai connaître Mille de mes larcins qu’il ignore peut-être.

Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l’instant

l,a couture invisible et qui va serpentant

Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère. tos

Je lui montrerai l’art ignoré du vulgaire

De séparer aux yeux, en suivant leur lien.

Tous ces métaux unis dont j’ai formé le mien.

Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave,

Tout ce que des Toscans la voix fière et suave, no

Tout ce que les Romains, ces rois de l’univers,

M’offraient d’or et de soie, est passé dans mes vers.

Je m’abreuve surtout des flots que le Permesse Plus féconds et plus purs fit couler dans la Grèce;

Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux 115

Dont j’anime l’argile et dont je fais des dieux.

Tantôt chez un auteur j’adopte une pensée,

Mais qui revêt, chez moi souvent entrelacée,

dernier passage est d’une beauté incomparable; André s’y place au premier rang des écrivains. Nous n’avons que rarement laissé percer notre admiration, voulant toujours laisser libre celle du lecteur; mais ici nous ne pouvons négliger le témoignage de M. Itoissonade, qui, dans ses notes manuscrites, s’écrie : «« Que toute cette page est belle! »

Y. 105. C’est l'expression d’Horace, Jrt fwét. 15 :

Ptirpurem, talc qui splrndrat, nous et altcr Assuitur pan nus ;

V. 1 10. André pouvait dire comme l.a Fontaine dans Y F. pitre à Mgr de Soissons ; J'en Us qui sont du nord et qui sont du midi.

A LE BRUN

Mes images, mes tours, jeune et frais ornement ;

Tantôt je ne retiens que les mots seulement ; 120

J’en détourne le sens, et l’art sait les contraindre Vers des objets nouveaux qu’ils s’étonnent de peindre.

La prose plus souvent vient subir d’autres lois,

Et se transforme, et fuit mes poétiques doigts ;

De rimes couronnée, et légère et dansante, 125

E11 nombres mesurés elle s’agite et chante.

Des antiques vergers ces rameaux empruntés Croissent sur mon terrain mollement transplantés;

Aux troncs de mon verger ma main avec adresse Les attache, et bientôt même écorce les presse. 130

De ce mélange heureux l’insensible douceur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur.

Dévot adorateur de ces maîtres antiques,

Je veux m’envelopper de leurs saintes reliques.

Dans leur triomphe admis, je veux le partager, 135

Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger.

Le critique imprudent, qui se croit bien habile,

Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile.

Et ceci (tu peux voir si j’observe ma loi),

Montaigne, il t’en souvient, l’avait dit avant moi. 110

V. 140. Montaigne, Essais , 11, X : « Kz raisons, comparaisons, arguments, si i’en transplante quelqu’un en mon solage, et confonds aux miens ; à escient i’en cache l'auteur, pour tenir en bride la témérité de ces sentences hastifves qui se ierteut sur toute sorte d'escripts, notamment ieunes escripts , d’hommes encore vivants, et eu vulgaire, qui receoit tout le monde à en parler, et qui semble convaincre la concej»tion et le dessein vulgaire de mesme : ie veulx qu’ils donnent une nazarde à Plutarque sur mon nez, et qu’ils s’eschauldeut à iniurier Scneque en moy. » D’ailleurs, comme le disait Téreuce aux Romains dans le prologue de V Eunuque :

Nullurn est Jam dictum, quod non dlctum «it prius.

Les anciens n’ont-ils pas emprunté à la nature elle-même ce que nous leur empruntons? C’est La Fontaine, Ép . au prince de Conti , qui l’a observé :

Je ne vous dla ici que ce qu’a dit Voiture.

L’ami de Mrecna», Horace, dans scs sons,

ÜPITRES

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