ALEXANDRE VI
Ses enfants ! Les chrétiens ne sont plus sa famille !
Quoi ! l’église de Dieu n’est plus sa seule fille ?
Leur naissance est un crime et pour eux et pour lui.
Et quels enfants encore il avoue aujourd’hui!
L’une à la fois, grand Dieu ! sa fille et sa maîtresse 5 (O nom de la pudeur! ô saint nom de Lucrèce!),
Tous méchants comme lui, dignes de son amour.
Lui seul dans l’univers put leur donner le jour.
Ses fils, vraiment ses (ils, lâche et coupable engeance,
A son école impie ont appris la vengeance, io
L’imposture, la soif de l’or et des Etats,
L’art des poisons secrets et des assassinats.
Sa fille, à l’impudence en naissant élevée,
A ses époux mourants par son père enlevée ,
A son frère, à son père indignement aimé, is
Son sacrilège lit n’est pas même fermé.
Prêtre fornicateur, d’un inceste adultère Le monstrueux mélange était fait pour lui plaire.
Des baisers de la fille et des crimes des fils,
II. — Cette pièce , dans les éditions 1833 et 1839, porte eu titre : tirf d'un 1*0 km K srs la SUPERSTITION. De là les éditeurs ont imaginé qu’ André avait commencé un poème sur ce sujet. Ce morceau, comme le titre l'indique, a dû être imité par André d'un poème sur la superstition , soit italien, soit latin. Nous regrettons de n’avoir pas su le découvrir. Peut-être ce fragment était-il destiné à Y Hermès; mais ce n’est qu’une conjecture.
V. 17. « Un inceste adultère, »• Inceste est ici employé adjectivement, comme dans Y Aveugle, v. 42 (Y inceste parricide). Plus bas, au v. 34, il dit au contraire :
« Sa droite incestueuse. *
POÉSIES DI VEltSES
Ou le sceptre, ou la pourpre, ou la mitre est le prix. 20 Non, certes, l’Esprit-Saint, ennemi du parjure,
Ne saurait habiter cette poitrine impure.
Non! les anges du ciel n’approchèrent jamais Ces lèvres, ni ces yeux affamés de forfaits.
( ) Christ ! Agneau sans tache, ô 1 lieu sauveur de l’homme ! 25 Non! tu ne souris point sur les autels de home,
Lorsque parmi ses fds, ce pontife assassin Que sa fille impudique a tenu sur son sein,
Couvrant des trois bandeaux sa tète diffamée,
Ouvre, pour te louer, sa bouche envenimée ; 30
Quand ses mains, de poisons artisans odieux,
Touchent ton corps sacré, nourriture des cieux ;
Quand
Il tend sur les chrétiens sa droite incestueuse.
Et pour bénir le peuple ose de rang en rang 35
Lever des doigts souillés de crimes et de sang.
Hommes saints, hommes dieux, exemples des Romains, Divin Caton, Brutus, les plus grands des humains,
V. 25. La forme seule de cette invocation au Christ est pour nous une preuve évidente que ce morceau u’eât pas de l'invention d'André.
III. — L'édition de 1839 a joint à tort cette pièce à la précédente, en la confondant sous le même titre, (æ fragment, où André développe une pensée déjà exprimée dans Y Élégie XIV du livre I, est la traduction exacte de ce passage de la Nouvelle Heluise de J. -J. Rousseau, 111* partie, lettre xxi : « Selon eux, c'est une lâcheté de se soustraire à la douleur et à la peine, et il u'y a que des poltrons qui se donnent la mort. U Rome, conquérante du monde, quelle troupe de poltrons l'eu donna l'empire! QuWrrie, Eponiue, Lucrèce, soieul dans le nombre, elles étaieut femmes; mais
ET FRAGMENTS
il t
Pensiez-vous que jamais, plein d’orgueil et de gloire,
Au milieu des respects d’un stupide auditoire,
Dans un poudreux gymnase au mensonge immolé, 5 Un rhéteur imbécile et d’ignorance enflé,
Sur la foi d’un sophiste élève de Carthage,
Dût prouver que vos coeurs n’eurent qu’un vain courage,
Et qu’une vertu vaine, et que ce prix si doux De s’immoler pour elle était vain comme vous; 10
Vous dévouer aux feux où le crime s’expie ;
Vous prodiguer les noms et de lâche et d’impie,
Pour n’avoir pas voulu montrer à l’univers Aux pieds du crime heureux la vertu dans les fers ?
l^a Liberté
Fut, comme Hercule, en naissant invincible.
Ses yeux, ouverts d’un jour, dictaient sa volonté,
Et son vagissement était mâle et terrible.
De rampants messagers des dieux 5
Espéraient, l’attaquant dans ses forces premières,
Etouffer en un jour son avenir fameux.
Ilrulus, maisCassius, et toi qui partagea* avec les dieux les regrets de la terre étonner, grand et divin Caton» toi dont l'image auguste et sacrée animait les Romains d'un saint zèle et faisait frémir les tyrans, tes tiers admirateurs ne pensaient pas qu’un jour, dans le coin poudreux d’un collège, de vils rhéteurs prouveraient que tu ne fus qu’un lâche pour avoir refusé au crime heureux l'hommage de la vertu dans les fers. »
IV. — V 5. Alcmène, femme d' Amphitryon , avait eu Hercule et Iphiclus de Jupiter; Junon, jalouse de ce nouveau larcin du dieu, envoie deux serpents pour dé* vorer les enfants qui dormaient dans uu bouclier, leur berceau ; mais Hercule , de ses enfantines mains, étouffa les rampants messagers des dieux. (Théocrite, Id. XXIV),
412 POÉSIES DIVERSES
Ses enfantines mains, robustes, meurtrières,
Teignirent de sang venimeux
Son berceau formidable et ses langes guerrières. to
Près des bords où Venise est reine de la mer,
Le gondolier nocturne, au retour de Vesper,
D’un aviron léger bat la vague aplanie,
Chante Renaud, Tancrède, et la belle Hcrminie.
Il aime ses chansons, il chante sans désir, 6
Sans gloire, sans projets, sans craindre l’avenir;
Il chante et, plein du dieu qui doucement l’anime,
Sait égayer du moins sa route sur l’abime.
Comme lui, sans échos je me plais à chanter;
Et les vers inconnus que j’aime à méditer 10
Adoucissent pour moi la route de la vie,
Où de tant d’aquilons ma voile est poursuivie.