‹ Poésies de André Chénier étude sur la vie et les œuvres d'André ChénierChapitre 80 sur 424 · LE JEUNE MALADE · texte numérisé non relu

LE JEUNE MALADE

« Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystères,

Dieu de la vie, et dieu des plantes salutaires,

Dieu vainqueur de Python, dieu jeune et triomphant, Prends pitié de mon fds, de mon unique enfant !

Prends pitié de sa mère aux larmes condamnée, 5

Qui ne vit que pour lui, qui meurt abandonnée,

Qui n’a pas dû rester pour voir mourir son fils ;

Dieu jeune, viens aider sa jeunesse. Assoupis,

Assoupis dans son sein cette fièvre brûlante

Qui dévore la fleur de sa vie innocente. 10

I. — Cette élégie respire uuc tendresse maternelle et filiale bien touchante, en même temps qu’un amour jeune et pur. On devine que ce n'est pas seulement à l'imagination du poète qu’elle doit sa naissance. Mais avec quel génie, voilant, sous une forme antique , ses propres douleurs et son individualité, André disparait de son œuvre pour y laisser pleurer toute âme humaine frappée par la destinée et l’amour ! yr V. 1-3. Ces nombreuses épithètes ne sont point vaines dans la bouche de la mère. C’est bien là l’antique forme des prières, des litanies. Sur ces différentes épithètes d’Apollon, consultez Macrobe, 1, xvn. Sur la victoire remportée par Apollon sur le serpent Python, voy. Homère, Hymne à JpoU. 3*2.

ÉLÉGIES 47

Apollon, si jamais, échappé du tombeau,

Il retourne au Ménale avoir soin du troupeau,

Ces mains, ces vieilles mains orneront ta statue De ma coupe d’onyx à tes pieds suspendue ;

Et, chaque été nouveau, d’un jeune taureau blanc fs La hache à ton autel fera couler le sang.

Eh bien ! mon fds, es-tu toujours impitoyable ?

Ton funeste silence est-il inexorable ?

Enfant, tu veux mourir? Tu veux, dans ses vieux ans, Laisser ta mère seule avec ses cheveux blancs ? 20

V. 12. Le Menait, montagne d’Arcadie, qu'ont rendue célèbre Théocrite et Virgile. Voy. Théocrite, Id. I, 124 et Scfiol.; Virgile, Êgl. VIH.

V. 14. Ces offrandes aux divinités se nommaient àvaOr,(i.aTa ou &vaxet|ieva, selon qu’elles étaient sus|>eodues à la voûte, aux colonnes, ou déposées au pied des statues. Voy. Anth. Crotii, II, XXIII, 1 ; Sophocle, Ant. 292 ; Horace, Od. I, v, Virgile, Enéide, IX, 407. — Vonyx est une espèce d’agate. Voyez dans Orphée, de Lapidihus , v. 230, combien l’agate était agréable aux dieux; v. 604, quelles étaient les vertus de l’agate ; v. C27, celle qu’elle avait de dissiper la fièvre. L’offrande d’une coupe d’onyx s’est donc présentée naturellement à l’esprit d’André. L’agate ne plaisait pas seulement aux dieux du paganisme, mais encore au Dieu d’Israël ; voyez Exode , XXV, 7, et passim. L’offrande la plus simple, la plus habituelle aux bergers , était une coupe de hêtre. Voy. Virgile, Égl. III, 3G.

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