SONNET EN BOUTS-RIMEZ
PHiLis, contre la Mort vainement on chicane.
Tôt ou tard qui s'y joue est fait pic ou capot, On a beau quelque-temps tourner autour du pot, Le Médecin lui-même y laisse sa soutane.
Nous verrions vôtre cœur, s'il étoit diaphane.
Du deuil d'un Perroquet, noirci comme un tripot, Rohan ne pouvoit pas plus plaindre son Chabot, Et quant à vos soupirs, ce sujet les profane.
Croyez-vous qu'en pleurant tout plein un coquemart, On ramène un Héros, non plus qu'un Jaquemart? C'est vouloir prendre enfin le grand Turc à la barbe.
Si les pleurs réparoient de semblables débris,
L'on eût fait revenir^ le jour de Sainte Barbe,
L'âme de Richelieu du céleste lambris.
Pour Madame de Leuville.
SONNET
Puisqu'il faut que je parte, il est de la justice
Que vous me traitiez bien à ce moment fatal,
Car je ne serai pas, en montant à cheval.
Un enfant qu'on apaise avec du pain d'épice.
Je prétens recevoir le prix de mon service,
Dussé-je être appelle mercenaire et brutal.
Au reste, si l'amour me suscite un rival,
Songez que l'inconstance est un étrange vice.
Je ne vous croiray pas de l'humeur de ces sottes Qui, dès qu'un pauvre amant a pris ses grosses bottes,
Au lieu de le pleurer en méditent le troc.
En tout cas, je sçauray vos pleurs ou vôtre Si vous me plantez-là, si vôtre oubly m'est Quitte pour vous payer de la même monnoye
joye, hoc.
Contre une Vieille.
STANCES
Quoy! VOUS VOUS mariez, douce et tendre mignonne, Et ne l'avez encore été !
Je ne voy rien pourtant dessus vôtre personne Quîne prêche la chasteté.
Pour de l'âge, on sçait bien que vous n'en manquez guère ,
Et, vôtre visage est garant.
Que ce qu'on fait pour vous se pouvoit fort bien faire
Du règne de Henry le Grand.
Vous éloignant d'icy, les bontés de la Reine
Ont purgé ce noble séjour; De même qu'un torrent, vôtre sortie entraîne
Toute l'ordure de la Cour.
Celuy qui vous épouse, en témoignant sa flâme,
N'établit pas mal son renom :
Qui s'est bien pu résoudre à vous prendre pour femme
Ira bien aux coups de canon.
Comme vous n'êtes plus qu'une vieille relique,
L'objet de la compassion, Dés qu'on dit que sur vous un Sacrement s'applique,
On pense à l'Extrême-Onction.
Qui se lie avec vous espère un prompt veuvage;
Et sans doute ce pauvre Amant Prétend que le contrat de vôtre mariage
Passe pour vôtre Testament.
Vous seriez bien sa mère, et la foy conjugale
Est mal placée entre vous deux; L'inceste est en effet une chose si sale,
Que le portrait en est hideux.
Les plus intemperez de vôtre bonne grâce
Ne bailleroient pas un teston.
Et l'on peut faire état qu'on est à la besace
Quand on vous touche le teton.
Souffrez ce petit mot, sans traiter de satire Un style si franc et si doux:
Vous êtes en un point où l'on ne peut médire, Quelque mal qu'on dise de vous.
Espoir.
STANCES
A la fin j*ai vaincu, malgré sa résistance ; Mes larmes, mes soupirs^ mes fers et mon tourment Servent d'illustre pompe et de riche ornement Au triomphe de ma constance.
La Fortune témoigne, au bien qu'elle m'envoie. Dans les extrémitez de mon cruel malheur, Que le plus haut étage où monte la douleur Est le premier point de la joie.
De plus parfaits amans ont leur peine perdue, A l'acquisition d'un plus débile cœur; Et jamais assiégeant ne se vit le vainqueur D'une place mieux défendue.
Ce cœur, ce fort puissant, si pressé qu'il pût être, Soûtenoit mes assauts d'une si vive ardeur, Que, sans capituler avecque sa pudeur.
Je n'en aurois pas été maître.
Et cette cruauté qu'à la fin je surmonte Eût toujours tenu bon, si je n'eusse promis De laisser dans ce cœur deux de mes ennemis. Et sa modestie, et sa honte.
Qu'aurois-je à désirer au comble de ma gloire, Si ma bonne fortune avoit continué.
Ou si trop de vertu n'avoit diminué L'avantage de ma victoire ?
Mais sur un seul dessein l'ambition se fonde ; La foule de projets ne fait que nous charger : Il faut prendre une ville avant que de songer A la prise de tout le monde.
C'est beaucoup, si l'objet que mon âme idolâtre Sous mon heureux pouvoir se confesse abattu : Ma maîtresse est vaincue, et sa seule vertu Est ce qui me reste à combattre.
Aussi ne faut-il pas que je le dissimule : Elle paroît armée avecque tant d'éclat Que mon amour, qui tâche à la vaincre au combat, Et la défie, et s'en recule.
J'abattrai toutefois sa fierté qui m'étonne; Elle s'efforce en vain de me contrarier, Puisqu'il ne manque plus que ce petit laurier Pour m'acquérir une couronne.
J'espère en peu de tems rendre ma gloire- extrême; De ma prospérité rien n'empêche le cours. Et contre sa vertu c'est un puissant secours Que de m'avoir dit : Je vous aime.
Honoré que je suis d'une faveur si grande, Et voyant quelque chose encore à désirer. Auprès de sa beauté, que je ne puis quitter, Je remercie et je demande.
Sévère et doux auteur des peines que j'endure, Amour, donne à ma flâme un remède parfait; Puisque ne m'obliger que d'un demi bienfait, C'est me faire une double injure.
Force cette pudeur et cette modestie, De qui ma passion ne peut venir à bout: II est de ton honneur que je gagne le tout Dont je possède une partie.
Fais qu'à mes doux transports cette belle âme cède; Dis-luy qu'elle me cause un tourment sans égal, Et qu'on est obligé de soulager le mal, Quand on dispose du remède.
Ainsi, que tous les cœurs soient touchez de tes fiâmes ! Que tout cède au pouvoir de ton nom glorieux, Puissent être à jamais tes traits victorieux De la rébellion des âmes.
Pour moi, je bénirai ton essence immortelle; Je formeray pour toy des vœux grands^ mais secrets, Quand tu m'auras conduit par de si beaux progrez A l'honneur d'une fin si belle.
A Mademoiselle de Gaerchy, luy envoyant la copie d'une Jouissance.
STANCES
ELLE Guerchy, je vous les donne, 'Ces vers que vous désirez tant; Ils ne sont pas fort beaux, mais pour votre personne. Qui ne souhaiteroit d'en pouvoir faire autant?
Au reste, ne trouvez étrange Mon scrupule, et gardez-vous bien De dire que ce sont vers à vôtre louange. Car je vous maintiendrois tout franc qu'il n'en est rien.
Et ne vous faites point de fête
En une telle Qccasion ; Ce seroit faire un tour qui seroit malhonnête. Et qui vous tourneroit à grande confusion.
Il ne faut pas, ne vous déplaise.
S'enrichir d'injustes acquêts:
L'adresse est pour une autre, et seriez-vous bien aise Que quelqu'un en chemin détroussât vos pacquets?
Les biens d'autruy ne sont pas vôtres, Mais comme on est parfois jaloux, Je m'offre de bon cœur à vous en faire d'autres Sur le même sujet qui seront tous pour vous.
Qu'est-ce que par vôtre prière
Ne feroit un pauvre garçon?
Vous n'avez seulement qu'à fournir la matière, Il vous en coûtera fort peu pour la façon.
c'èjjig:^
Soupçons.
STANCES
L'ingrate cause de ma flàme, Pour qui j'ay des soins si constans Qu'elle occupe depuis long-temps Tout mon cœur et toute mon âme ; Elle que j'aime avec transport, Qui blâme et craint l'amour si fort Qu'elle tremble dès qu'on le nomme, Que fait-elle à l'heure qu'il est?
Possible entre les bras d'un homme, Et d'un homme qui luy déplaist.
Qu'elle est tranquille en mon absence ! Si dans ce commerce importun Elle ose penser à quelqu'un.
Ce n'est pas à moi qu'elle pense,
Et dans les momens les plus doux Qu'elle passe auprès d'un époux, Dont sa personne est possédée.
Loin de luy son cœur à l'écart S'émancipe vers quelque idée Où mon amour n'a point de part.
Ainsi, rien de bon ne m'arrive ; Tantôt l'intérêt d'un rival.
Tantôt. le devoir conjugal.
De mes espérances me prive.
Elle a quelque bonté pour moy, Mais la tiédeur que je luy voy Cause mon désespoir extrême. Qu'ay-je à prétendre sur ce point, Estant toute pour ce qu'elle aime.
Et pour ce qu'elle n'aime point?
N'estoit que je suis plein d'audace, Parce que je suis plein d'ardeur, La place que j'ay dans son cœur Seroit une assez bonne place.
Mais de m'y voir comme cela Au milieu de ces Messieurs-là,
Me semble une dure entreprise; Le poste est des plus délicas, Entre celuy qu'elle méprise, Et celuy dont elle fait cas.
Vous, par moy toujours adorée.
Divine et charmante beauté.
Hélas! que je suis emporté.
Et que vous estes modérée!
L*amour que vous tournez en jeu Me fait pour vous sentir un feu Qu'il n'a point pour les autres âmes.
Guérissez-moy de mes soupçons, Et prenez un peu de mes fiâmes.
Ou me donnez de vos glaçons.
<=Xâ*l?^^^
Pour une femme grosse.
MADRIGAL
Vous verrez dans cinq mois finir vôtre langueur; Mais Dieux ! quand finira celle que dans mon cœur Ont causé vos beaux yeux et vôtie tyrannie? Je seray dignement d'Amour récompensé
Quand ma peine sera finie -
Par où la vôtre a commencé.
Sur l'Amour.