‹ Poésies de Charles d'Orléans (volume 2)Chapitre 19 sur 21 · RONDEL DOUBLE · texte numérisé non relu

RONDEL DOUBLE

Que voulez vous que plus vous die ?

Jeunes assotez amoureux , Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx Qui ont eu vostre maladie ; Prenez exemple, je vous prie, A moy qui m'en complains et deulx.

Que voulez, etc.

Et pour ce, de vostre partie, Se voulez croire mes conseulx, D'abregier, conseillier vousveulx, Voz faiz, en sens, ou en folie.

Que voulez vous, etc.

Plusieurs y trouvent chiere lye Mainteffoiz, et plaisans acueulx.

Que voulez vous, etc.

Mais au derrain , Merencolie De ses huis fait passer les seulx, En deuil et soussy. Dieu scet quieulx ; Lors ne chault de mort, ou do vie.

Que voulez vous, etc.

RONDEL

Mais que vostre cueur soit mien, Ne doit le mien estre vostre ? Ouil , certes, plus que sien.

Que vous en semble ? dy je bien ?

Vray comme la Patenostre.

Mais que vostre, etc.

Content et joyeulx m'en tien, Foy que doy saint Pol l'Apostre,

POIÊSIES DE CHARLES d'ORL^ANS. 30K

Je ne désire autre rien.

Mais que vostre, etc.

RONDEL

A ce jour de saint Valentin,

Que prendray je? per, ou non per ;

D'Amours ne quiers riens demander,

Pieca, j'eus ma part du butin ;

Veu que plus resveille matin

Ne vueil avoir, mais reposer.

A ce jour, etc.

Que prendray, etc.

Jeunes gens voisent au hutin Leurs sens, ou folie esprouver ; Vieux suis pour à Fescolle aller, J'entens assez bien mon latin.

A ce jour, etc.

RONDEL

Pour Dieu! boutons la hors , Geste Merencolie, Qui^si fort nous guerrie, Et fait tant de grans tors.

Monstrons nous les plus fors, Mon cueur, je vous en prie, Pour Dieu, etc.

Geste, etc

Trop lui avons amors D'estre en sa compaignie , Ne nous amuserons mie A croire ses rappors.

Pour Dieu, etc.

RONDEL

Gontre le trait de faulceté, Gonvient harnois de bonne espreuve, Artillerie forgé neufve.

Chascun jour, en soutîveté.

A ! Jhesus, benedicite,

Nul n'est qui seurement se trouve

Contre le, etc.

Convient, etc.

Au derrain fera Loyaulté, Faulceté de son penser, veufve ; Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve, Monstrant sa puissance et bonté.

Contre le, etc.

Acquictez vostre conscience, Et gardez aussi vostre honneur, Ne laissez mourir en douleur Ce qui avoir vostre aide pense ; Puisque avez le povoir en ce De Taider, par grâce et doulceur.

^ Acquictez vostre, etc.

Et gardez, etc.

On criera sur vous vengence, Se souffrez murdrir en rigueur, Ainsi à tort, ung povre cueur; Assez a porté pascience.

Acquictez vostre, etc.

RONDEL

On ne peut servir en deux lieux, Choisir convient ou ca, ou là; Au festu tire qui pourra.

Pour prendre le pis, ou le mieulx.

Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx.

Parle qui parler en vouldra.

On ne peut, etc.

Choisir, etc.

Les faiz de ce monde sont tieulx :

Qui bien fera, bien trouvera ;

Chascun son paiement aura, Tesmoing les Déesses et Dieux.

On ne peut, etc.

RONDEL

Le truchement de ma pensée, Qui est venu devers mon cueur, De par Reconfort, son seigneur, Lui a une lectre apportée ; Puis a sa créance contée, En langaige plein de doulceur.

Le truchement, etc.

Qui est venu, etc.

Response ne lui est donnée.

Pour le présent, c'est le meilleur ; Il aura, par conseil greigneur, Son ambaxade despeschée.

Le truchement, etc.

RONDEL

Quant tu es courcé d'autres choses, Cueur, mieulx te vault en paix laisser, Car s'on te vient araisonner, Tost y trouves d'estranges gloses.

De ton desplaisir monstrer n'oses A aucun, pour te conforter.

Quant tu es, etc.

Cueur, mieulx, etc.

De tes lèvres les portes closes, Penses de saigement garder ; Que dehors n'eschappe parler Qui descouvre le pot aux roses.

Quant tu es, etc.

RONDEL. I

Le truchement de ma pensée, |

Qui parle maint divers langaige.

908 PO^IBS DB CHARI.BS D'ORLEANS.

M'a rapporté chose sauvaige Que je n'ay point acoustumée.

En francoys la m'a translatée, Comme très soulïîsant et saige.

Le truchement, etc.

Qui parle, etc.

Quant mon cueur Ta bien escoutée, Il lui a dit : Vous faictes raige , Oncques mais n'ouy tel messaige, Venez vous d'estrange contrée?

Le truchement, etc.

RONDEL

J'ayme qui m'ayme, autrement non ;

Et non pourtant je ne hay rien.

Mais vouldroye que tout feust bien,

A Fordonnance de raison.

Je parle trop , las ! se faiz mon ;

Au fort, en ce propos me tien.

J'aime qui, etc.

Et non pourtant, etc.

De pensées son chapperon A brodé le povre cueur mien, Tout droit de devers lui je vien , Et m'a baillé ceste chancon.

J'aime, etc.

RONDEL

Comme le subgiet de Fortune, Que j'ay esté en ma jeunesse, Encores le suis en vieillesse ; Vers moy la trouve tousjour une.

Je suis ung de ceulx, soubz la lune, Qu'elle plus à son vouloir dresse. Comme le, etc.

Que j'ay, etc.

Ce ne m'est que chose commune,

POéSlBS DE CHARLES D'ORLEANS. 309

Obéir fault à ma maistresse ; Sans machier, soit joye ou tristesse, Avaler me fault ceste prune.

Comme le, etc.

RONDEL

Ce qui m'entre par une oreille, Par Tautre sault comme est venu, Quant d'y penser n'y suis tenu.

Ainsi Raison le me conseille.

Se j'oy dire, vecy merveille, L'ung est long, l'autre court vestu.

Ce qui m'entre, etc.

Par l'autre, etc.

Mais paine pert, et se traveille.

Qui devant moy trayne ung festu ; Comme ung chat, suis vieil et chenu, Legierement pas ne m'esveille.

Ce qui m'entre, etc.

RONDEL

( Le cunte de Clertnont.)

Le truchement de ma pensée, Qui de longtemps est commencée.

Va devers vous, pour exposer Ce que de bouche proposer N'oze, craignant d'estre tancée.

Combien que chose n'a pensée , Dont deust estre desavancée , Comme au long vous pourra gloser.

Le truchement, etc.

Qui de long, etc.

Va devers, etc.

Si soit par vous recompensée, Et selon son cas avancée, Pour mieulx se povoir disposer;

310 POésiBS DE CHARLES d'ORLÉANS.

Car plus ne pourra reposer, Jusques sa joye ait prononcée.

Le truchement, etc.

RONDEL

Quelque chose derrière, Convient tousjours garder, On ne peut pas monstrer Sa voulenté entière.

Quant on est en frontière De dangereux parler.

Quelque chose, etc.

Convient, etc.

Se pensée legiere Veult motz trop despenser, Raison doit espargnier, Comme la tresoriere.

Quelque chose, etc.

RONDEL

( Le conte de Clermont.)

De bien ou mal, le bien faire Tejnporte,

N'est il pas vray? ainsi que dit chascun;

Helas, ouy, car je n'en voy pas ung

Qui à la fin d'un jeu ne se déporte.

Je vous diray, quant la personne est morte,

Et a bien fait, il n'a esté commun.

De bien ou mal, etc.

N'est il pas vray, etc.

Faisons le donc, nous trouverons la porte

De Paradis, où il n'entre nés ung.

Que peu ne soit, s'il n'est trop importun

De prier Dieu, et à vous m'en rapporte.

De bien ou mal, etc.

RONDEL

Que cuidez vous qu'on verra,

POESIES DE CHARLES D'oKLBANS. 311

Avant que passe l'année ?

Mainte chose démenée Estrangement, ca et là.

Veu que des cy, et des ja, Court merveilleuse brouée.

Que cuidez vous, etc.

Avant que, etc.

Viengne que advenir pourra ?

Chascun a sa destinée, Soit que desplaise, ou agrée ; Quant nouveau monde vendra.

Que cuidez vous, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Quant oyez prescher le regnart.

Pensez de voz oyes garder, Sans à son parler regarder, Car souvent scet servir de Part :

Contrefaisant le papelart, Qui scet ses parolles farder.

Quant oyez, etc.

Pensez de voz, etc.

Les faiz de Dieu je mets à part.

Ne je ne les vueil retarder, Ne contre le monde darder , Chascun garde son estandart.

Quant oyez, etc.

RONDEL pour Estampes.

Je suis mieulx pris que par le doy, Et fort enserré d'un anneau ; S'a fait ung visaige si beau, Qui m'a tout conquesté à soy.

Je rougis, et bien l'apercoy,

312 POÉSIES DE CHARLES d'oRLBANS.

Ainsi qu'un amoureux nouveau.

Je suis, etc.

Et fort, etc.

Et d'amourectes, par ma foy, J'ay assemblé ung grant fardeau, Qu'ay mussées soubz mon chapeau ; Pour Dieu ! ne vous mocquez de moy.

Je suis, etc

RONDEL

(Maistre Jehan Caillau.)

Las ! le faut il? est ce ton vueil ?

Fortune, dont me plains et dueil , Que tout mon temps en doleur passe , Souffre que j'aye quelque espasse De repos, entre tant de dueil.

N'auray je de toy autre accueil ?

Fors desdaing, reprouche et orgueil , Veux tu qu'en ce point je trespasse ?

Las ! le fault, etc.

Fortune, etc.

Que tout, etc.

Je ris de bouche, et pleure d'ueil, Et fais, et dy ce que ne vueil ; Ainsi ma vie se compassé, Maleureuse, chetive et lasse, En paine et maulx dont trop recueil.

Las ! le fault, etc.

RONDEL

Marche nul autrement Avecques vous, beaulté, Se de vous Loyaulté N'a le gouvernement.

Puisque mes jours despens A vous vouloir amer.

Et après m'en repens, Qui en doist on blasmer ?

Riens, fors vous seulement, A qui tiens feaulté.

Quant monstrez cruaulté, Veu qu'Amour le deffent.

Marché nul, etc.

* RONDEL

(Orléans.)

I^s! le faut il? est ce ton vueil?

Fortune, qu'aje douleur mainte, De Tueil me soubzris, mais c'est fainte.

Et soubz decepte, doulx accueil.

Ay je tort? quant recoy tel dueil, S'ainsi je dy en ma complainte :

Las! lefault, etc.

Fortune, etc.

Tue moy, puis en mon sercueil Me boute, c'est chose contrainte; Lors n'y aura Dieu, saint, ne sainte, Qui n'appercoive ton orgueil.

Las ! le fault, etc.

RONDEL

As tu ce jour ma mort jurée?

Soussy, je te pry, tien te quoy , Car à tort ma douleur, par toy.

Est trop souvent renouvellée ; A belle enseigne desployée.

Me court sus, et ne scay pourquoy ?

As tu ce jour, etc.

Soussy, etc.

La guerre sera tost finée.

Se tu veulx, de toy et de moy, Car je me rens, or me recoy; Hola! paix, puisqu'elle est criée.

As tu ce jour, etc.

314 POlâslRS DR CHARLES D'ORLÉANS.

RONDEL

Ne fais je bien ma besoingne?

Quant mon fait cuide avancer, Je suis à recommancer, Et ne scay comment m'esloingne.

Fortune tousjours me groingne, Et ne fait riens que tanser.

Ne fais je, etc.

Quant mon, etc.

Certes tant je la ressoingne,

Car mon temps fait despenser

Trop, en ennuyeux penser,

Dont en roingeant mon frain, froingne.

Ne fais je bien, etc.

RONDEL

Quant commenceray à voler, Et sur elles me sentiray, En si grant aise je seray Que j'ay doubte de m'essorer.

Beau crier aura le lévrier.

Chemin de plaisant vent tendray.

Quant je, etc.

Et sur elles, etc.

La mue m'a fallu garder Par longtemps , plus ne le feray , Puisque doulx temps et cler verray ; On le me devra pardonner. Quant je, etc.

RONDEL

Je ne hanis pour autre avoine, Que de m'en retourner à Blois ; Trouvé me suis pour une fois Assez longuement en Touraine.

J'ay gale, à largesse plaine,

POÉSIES DE CHARLES d'ORLÉANS. 31 tf

Mes grans poissons, et vins des Grois.

Je ne, etc.

Que de, etc.

A la court plus ne prendray paine, Pour généraux et millenois , Confesser à présent m'en vois, Contre la peneuse sepmaine.

Je ne, etc.

RONDEL

Je congnois assez telz desbas Que Fueil et le cueur ont entre eulx ; L'un dit : Nous serons amoureux, L'autre dit : Je ne le vueii pas.

Raison, s'en rit, disant tout bas :

Escoutez moy ces maleureux.

Je congnois, etc.

Que l'ueilj etc.

Lors m'en vois plustost que le pas.

Et les tanse si bien tous deux , Que je les laisse très honteux ; MainteiToiz ainsi me combas.

Je congnois, etc.

Que pense je? dictes le moy, Adevinez, je vous en prie.

Autrement ne le saurez mie ; Il y a bien raison pourquoy.

A parler à la bonne foy.

Je vous en fais juge et partie.

Que pense, etc.

Adevinez, etc.

Vous ne saurez, comme je croy.

Car heure ne suis, ne demye , Qu'en diverse merencolie; Devisez, je me tairay, quoy ?

Que pense, etc

316 POÉSIES DE CHARLES D'OHliANS.

RONDEL

Cueur, que fais tu? revenge toy De Soussy et Merencolie ; C'est deshonneur et villenie, De laschement se tenir coy.

Je tarderay, quant est à moy, Voulentiers; or ne te fains mie.

Cueur, etc.

De Soussy, etc.

N'espergne riens , scez tu pourquoy ?

Pour ce, qu'.abregeras ta vie, Se les tiens en ta compaignie ; Desconfiz les, et prens leurfoy.

Cueur, etc.

RONDEL

Plaindre ne s'en doit loyal cueur, S' Amours a servy longuement, Recevant des biens largement.

Et pareillement de douleur.

N'est ce raison que le Seigneur Ait tout à son commandement?

Plaindre, etc.

S'Amours, etc.

Ne plus a desservi Doulceur Que ne trouve à son jugement, En gré prengne pour payement Moins de proufit et plus de honneur.

Plaindre, etc.

RONDEL

Par les portes des yeulx et des oreilles, Que chascun doit bien saigement garder, Plaisir mondain va et vient, sans cesser, Et raporte de diverses merveilles.

Pour ce, mon cueur, s'a raison te conseilles,

PO^IGS DE CHARLES d'ORLÉANS. 317

Ne le laisses point devers toy entrer.

Par les portes, etc.

Que chascun, etc.

A celle fin que par lui ne t'esveilles, Veu qu'il te fault désormais reposer, Dy lui : Va t'en, sans jamais retourner.

Ne revien plus, car en vain te ta'aveilles.

Par les portes, etc.

RONDEL

En faictes vous doubte?

Point ne le devez,

Veu que vous savez

Ma pensée toute;

Quanl mon cueur s'y boute.

Et vostre l'avez.

En faictes, etc.

Point ne, etc.

Dangier nous escouté.

Sus, tost achevez, Ma foy recevez , Ja ne sera route.

En faictes, etc.

RONDEL

A qui les vent on ?

Ces gueines dorées.

Sont ilz achectées De nouvel, ou non?

Par prest, ou par don ?

' En fait on livrées?

A qui les, etc.

Ces gueines, etc.

Alant au pardon, Je les ay trouvées ; De telles denrées,

C'est petit guerdon. Ae qui les, etc.

RONDEL

Eli faictes vous doubte?

Que vostite ne soye, Se Dieu me doint joye Au cueur, si suis toute.

Rien ne m'en déboute, Pour chose que j'oye.

En faictes, etc.

Que vostre, etc.

Dangier et sa route S'en voisent leur voye, Sans que plus les voye, Tousjours il m'escoute.

En faictes, etc.

RONDEL

A qui vendez vous voz coquilles?

Entre vous , amans pèlerins , Vous cuidez bien, par voz engins, A tous pertuis trouver chevilles.

Sont ce coups d'esteufs, ou de billes.

Que ferez tesmoing voz voisins.

A qui vendez, etc.

Entre vous, etc.

On congnoist tous voz tours d'estrilles, Et bien clerement voz latins ; Troctez, reprenez voz patins.

Et troussez voz sacs et voz quilles.

A qui vendez, etc.

RONDEL

Avez vous dit, laissez me dire.

Amans qui devisez d'amours , Sainte Marie ! que de jours J'ay despenduz en martire 1

Vous mocquez vous ? je vous voy rire , Guidez vous qu'il soit le rebours ?

Avez vous, etc.

Amans, etc.

Parler n'en puis que ne souspire, Raconter vous y scay cent tours Qu'on y a, sans joyeulx secours, S'au vray m'en voulez ouir lire.

Avez vous dit, etc.

RONDEL

Envoyez nous ung doulx regart Qui nous conduie jusqu'à Blois, Nous le vous rendrons quelque fois, Quoy que l'atente nous soit tart; Puisqu'en emportez l'estandart De la doulceur, que bien congnois.

Envoyez nous, etc.

Qui nous, etc.

Et pry Dieu que toutes vous gart, Et vous doint bons jours, ans et mois, A voz désirs, vouloirs et chois, Acquictez vous de vostre part.

Envoyez nous, etc.

RONDEL

(Ne vers.)

En la forest de longue actente, Mainte personne bien joyeuse S'est trouvée moult doloreuse, Triste, marrie et bien dolente.

D'y estre, nul ne s'en talente, La demeure est trop ennuyeuse.

En la forest, etc. Mainte, etc.

Chascunqui pourra, s'en abscente, Car l'entrée en est périlleuse,

320 POÉSIES DE CHARLES d'oELBANS.

Et Fissue fort dangereuse;

Pas de cent, ung ne se contente,

En la forest, etc.

RONDEL

Pour ce qu'on jouxte à la quintaine A Orléans, je tire à Blois ; Je me sens foulé du harnois, Et veulx reprendre mon alaine ; Raisonnable cause m'y maine, Excusé soye ceste foiz.

Pour ce, etc.

A Orléans, etc.

Jevous promet que c'est grant paine, De tant faire baille lui bois ; Eslongner quelque part du mois , Vault mieulx, pour avoir teste saine.

Pour ce, etc.

RONDEL

(Orléans.)

En la forest de longue aclente, Par vejit de Fortune dolente.

Tant y voy abatu de bois.

Que, sur ma foy, je n'y congnois A présent, ne voye, ne sente. Pieca, y pris joyeuse rente, Jeunesse la payoit contente, Or n'y ay qui vaille une nois.

En la forest, etc, Par vent, etc.

Tant y voy, etc.

Vieillesse dit, qui me tourmente.

Pour toy n'y a pesson , ne vente, Comme tu as eu autreffoiz; Passez sont tes jours, ans et mois , Souffize toy, et te contente.

En la forest, etc.

POÉSIES r»K CHARLES D'oRI.IÉANS. 32t

RONDEL

Des arrérages de Plaisance, Dont trop endebté m'est Espoir, Se quelque part j'en pousse avoir, Du surplus donnasse quictance ; Mais au pois et à la balance, N'en puis que bien peu recevoir.

Des arrérages, etc.

Dont trop'i etc.

Usure, ou perte de chevance, Mectroye tout à nonchaloir.

Se je savoye, à mon vouloir, Recouvrer prestement finance.

Des arrérages, etc.

RONDFX.

(Madame d'Orléans.)

En la forest de longue actente»

Entrée suis en une sente, Dont ester je ne puis mon cueur, Pourquoy je viz en grant langueur Par Fortune qui me tourmente.

Souvent Espoir chascun contente, Excepté moy, povre dolente, Qui , nuyt et jour, suis en doleur.

En la forest, etc.

Entrée, etc.

Dont ester, etc.

Ay je donc tort, se me garmente Plus que nulle qui soitvivente?

Par Dieu, nennil, veu mon maleur ; Car, ainsy m'aist mon Créateur, Qu'il n'est paine que je ne sente.

En la forest, etc.

RONDEL

Rescouez ces deux povres yeulx

322 POÉSIES DB CHARLES d'ORLÉANS.

Qui tant ont nagé en Plaisance, Qu'ilz se nayent sans recouvrance ; Je les tiens mors, ou presque tieulx.

Videz les tost, se vous aist Dieux, En la sentine d'Alegeance.

Rescouez, etc.

Qui tant, etc.

Courez y tous, jeunes et vieulx.

Et à cros de bonne Espérance, De les tirer hors, qu'on s'avance, Chascun y face qui, mieulx, mieulx.

Rescouez. etc.

RONDEL

(Fredet.)

En la forest de longue actente, Des brigans de Soussi bien trente, Helas ! ont pris mon povre cueur; Et Dieu scet se c'est grant erreur De veoir comment on le tourmente.

Priant vostre aide, lamente Pour ce que chascun d'eulx se vente Qu'ilz le merront à leur Seigneur.

En la forest, etc, Des brigans, etc.

Helas ! ont, etc.

Et pour ce, à vous il s'en garmente, Car il voit bien qu'ilz ont entente De lui faire tant rigueur.

Qu'il ne sera mal, ne doleur, Se n'y pourvoyez, qu'il ne sente.

En la forest, etc.

RONDEL

A recommencer de plus belle, J'en voy ja les adjournemens.

POésiBS DE CHARLES D'ORL^ANS. 323

Que font, vers vieulx et jeunes gens, Amours et la saison nouvelle.

Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle, Sont tous aprestés sur les rens.

A recommencer, etc.

J'en voyja, etc.

Comme toute la chose est telle, Je congnois telz esbatemens Assez, de pieca m'y entens.

Ce n'est que ancienne querelle.

A recx)mmencer, etc.

( Orléans. )

En la forest de longue actente, Forvoyé de joyeuse sente, Par la guide dure rigueur, A esté robbé vostre cueur.

Comme j'entens, dont se lamente.

Par Dieu ! j'en congnois plus de trente Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente, Est vestu de vostre couleur.

En la forest, etc.

Forvoyé, etc.

Et en briefz motz, sans que vous mente, Soiez seur que je me contente.

Pour allegier vostre douleur, De traictier avec le Seigneur, Qui les brigans soustient et hente.

En la forest, etc.

RONDEL

Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye, En ce que souhaidier vouldroye.

Et à mon penser ; reconfort, Comme voulentiers prisse accort A soussy qui tant me guerroyé.

324 POÉSIBS DE CUAKLES d'OHLÉANS.

Mais remède n'y trouveroye, Et qui pis est, je n'oseroye Descouvrir les mauix qu'ay à tort.

Ainsi doint, etc.

En ce que, etc.

Quant je lui dy : Dieu te convoyé, Laisse m'en paix, va t'en ta voye, Par ton enchantement et sort ; Gueres mieulx ne vault vif que mort , Je languis quelque part que soye.

Ainsi doint, etc.

RONDEL

Se vous voulez m'amour avoir, A tousjours, mais sans départir, Pensez de faire mon plaisir.

Et jamais ne me décevoir; Bientost sauray apparcevoir, Au par aler, vostre désir.

Se vous voulez, etc.

A tousjours, etc.

Assez biens povez recevoir.

S'en vous ne tient, sans y faillir, Vous estes près d'y avenir.

Faisant vers moy leal devoir.

Se vous voulez, etc.

RONDEL

Maudit soit mon cueur, se j'en mens , Quant à mon lesir estre puis.

Et avecques pensée suis.

En mes maulx prens alegemens ; Car soussis plains d'encombremens.

Boutons hors, et lui fermons Puis.

Maudit soit, etc.

Quant à mon, etc.

Assez, y trouve esbatement ,

POESIES DE CHARLES D'oRLÉANS. 32S

Lors lui dy : Ma maistresse, et puis Serons nous ainsi jours et nuis, G'y donne mes consenlemens.

Maudit soit, etc.

RONDEL

(Fredet.)

J'actens Taumosne de doulceur, Par Taumosnier de doulx regart ; Espoir m'a promis de sa part, Qu'il me fera toute faveur; En espérant que ma langueur Cessera, qui tant mon cueur art.

J'actens, etc.

Car, etc.

Car, comme leal serviteur, Pay servy tousjours main et tart ; Pensant qu'Amours aura regart Quelquefoiz, à ma grant douleur.

J'actens, etc.

RONDEL

En la querelle de Plaisance, J'ay veu le rencontre des yeulx Qui estoient, ainsi m'aid Dieux, Tous prestz de combatre à oultrance, Rangez par si belle ordonnance, Qu'on ne sauroit deviser mieulx.

En la querelle, etc.

S'Amours n'y mectent pourveance, De pieca je les congnois tieulx, Qu'au derrenier Jeunes ou vieulx, Mourront tous, par leur grant vaillance.

En la querelle, etc.

RONDEL

Par l'aumosnier, plaisant regart,

320 POBSIBS rx chaulks D'oRL^Afrs.

Donnez Taumosne de doulceûr,

A ce povre malade cueur,

Du feu d'Amours, dont Dieu nous garl.

Nuit et jour, sans cesser, il art ;

Secourez le, pour voslre honneur.

Par Taumosnier, etc.

S'il vous plaisoit, de vostre part, Prier Amours qu'en sa langueur, Pourvoyent à vostre faveur, Aidié sera plu5 tost que tari.

Par l'aumosnier, etc.

RONDEL

De la maladie des yeulx, Feruz de pouldre de plaisir, Par le vent d'Amoureut désir, Est fort à guérir, se maid Dioûx.

Toutes gens, et jeunes, et vieulx, S'en scevent bien à quoy tenir.

Delà maladie, etc.

Feruz de, etc.

Je n'y congnois remèdes tieulx, Que hors de presse soy tenir, Et la compaignie fuir ; Qui plus en saura, die mieulx.

De la maladie, etc.

HONDEL.

Ce n'est que chose acoustumée, Quant Soussy voy vers moy venir, Se tost ne lui venoyo ouvrir, Il romproit Tuis de ma Pensée; Lors fait d'escremie levée.

Et puis vient mon cueur assaillir.

Ce n'est, etc.

Quant, etc.

Adonc prent d'Espoir son espée

POÉSIBS 1>K CUAHLRS DOALKANS. 3)7

Mon cueur, pour des coups soy couvrir, Et se defFendre et garen t ir ; Ainsi je passe la journée.

Ce n'est, etc.

RONDEL

Par m'ame, s'il en fust en moy, Soussy, Dieu scet que je feroyc , Moy et tous, de toy rengeroye ; Il y a bien raison pourquoy.

Riens ne dy qu'ainsi que je doy, Et telle est la voulenté moye.

Par m'ame, etc.

Soussy, etc.

Ung chascun se complaint do toy, Pour ce, voulentiers fin prend roye Avec toy, se je povoye ; Je n'y vois qu'à la bonne foy.

Par m'ame, etc.

RONDEL

Chascun devise à son propos, Quant à moi, je suis loing du mien, Mais mon cueur en espoir Je tien.

Qu'il aura une foiz repos ; Souvent dit, me tournant le dos, Je doubte que n'en sera rien.

Chascun, etc.

Quant, etc.

Tenez l'uis de Pensée clos, Faicles ainsi pour vostre bien, Soussy vous vouldroit avoir sien.

Ne croyez, n'escoutez ses mos.

Chascun, etc.

RONDEL

Mon cueur se plaint qu'il n'est payé De ses despens, pour son traveil

328 POriilKS l)K CHAIIl.KS ll'ORI.i^.ANS.

Qu'il a porté, si nompareil,

Qu'oncques tel ne fut essayé.

Son payement est délayé

Trop longtemps, sur ce, quel conseil?

Mon cueur, etc.

De ses, etc.

Puisqu'il n'est de gaiges rayé.

Mais prest en loyal appareil.

Autant que nul soubz le souleil.

Se mieulx ne peut, soit deffrayé.

Ennemy, je te conjure, Regart qui aux gens cours sus, Vieillars aux mentons chanus Dont suis, n'avons de toy cure.

Jeune, navré de blesseure Fu par toy, ny reviens plus.

Ennemy, etc.

Regart, etc.

Va quérir ton avanture Sus amans nouveaulx vends ; Nous vieulx, avons obtenus Saufconduitz, de par Nature.

Ennemy, etc.

RONDEL

Ou Loyaulté me payera Des services qu'ay faiz sans faindre, Ou j'auray cause de me plaindre; Qui mon guerdon délayera?

Ron droit pour moy tant criera, Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre.

Ou Loyaulté, etc.

Des services, etc.

Quand Fortune s'effrayera.

POESIES DE GIIAHLE8 U OHLEABiS.

Dieu a povoir de la reffraindre, Et Raisoa, qui ne doit riens craindre , De moy aider s^essayera.

Ou Loyauité, etc.

Des amoureux de robservance, Dont j'ay esté ou temps passé, A présent m'en trouve lassé Du tout, sinon de souvenance.

Ou je prens d'en parler plaisance, Quoy que suis de Tordre cassé.

Des.amoureux, etc.

Dont j'ay esté, etc.

Souvent y ay porté penance, Et si pou de biens amassé, Que, quant je seray trespassé, A mes hoirs lairray pou chevance.

Des amoureux, etc.

RONDEL

Mon cueur, n'entreprens trop de choses.

Tu peulz penser ce que tu veulz,

Et faire selon que tu peuz,

Et dire ainsi comme tu oses.

Qui vouldroit sur ce trouver gloses V

Je men rapporteray à eulx.

Mon cueur, etc.

Tu peulz, etc.

Se ces raisons garder proposes, Tu feras bien, par mes conseulz, Laisse les embesoignez seulz.

Il est temps que tu te reposes.

Mon cueur, etc.

RONDEL

Ostez vous de devant moy,

330 MiSlBS DE CUAHLB8 It'OftUBANS.

Beaulté, par vostre serment, Car trop me temptez souvent ; Tort avez, tenez vousquoy.

Toutes les foiz que vous voy, Je suis je ne scay comment.

Ostez vous, etc.

Beaulté, etc.

Tant de plaisir fappercoy En vous, à mon jugement, QuMlz troublent mon pensement, Vous me grevez, sur ma foy.

Ostez vous, etc.

RONDEI..

Comment ce peut il faire ainsi.

En une seule créature.

Que tant ait des biens de nature.

Dont chascun en est esbahy.

Oncques tel chief d'euvre ne vy Mieulx accomply, oultre mesure.

Comment, etc.

En une, etc.

Mes yeulx cuiday qu'eussent manty, Quant apportèrent sa figure Devers mon cueur, en pourtraiture ; Mais vray fut, et plus que ne dy.

Comment, etc.

RONDEL

Plaisant regard, mussez vous, Ne vous monstrez plus en place, Mon cueur craint vostre menace.

Dont mainteffoiz Tay rescous ; Vostre actrait soubtil et doulx Blesse sans qu'on lui mefFace. Plaisant, etc.

Ne vous, etc.

POÉSIES DE CHAaiES 0*QRLRANS. 391

Se dictes : Je fais à tous Ainsi, car je m'y solace; A tort, sauve vostre gracé, Ne devez donoer courrous.

Plaisant, etc.

RONtoEL.

Ne m'en racontez plus, mes yeulx, De beaulté que vous prisez tant, Car plus voys ou monde vivant, Et moins me plaist, ainsi m'aisl Dieux.

Trouver je ne me sca^ en lieux Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant.

Ne m'en, etc.

De beaulté, etc.

Qu'est ce cy? deviens je des vieulx?

Ouy certes, dorénavant, J'ay fait mon Karesme prenant.

Et jeusne de tous plaisirs tieulx.

Ne m'en, etc.

RONDEL

Je ne vous voy pas à demy.

Tant ay mis en vous ma plaisance, Tousjours m'estes en souvenance, .

Puis le temps que premier vous vy.

Assez ne puis estre esbahy Dont vient si ardent desirance.

Je ne vous, etc.

Tant ay, etc.

Fin de compte, puisqu'est ainsi, Fermons nos cueurs en aliance ; Quant plus ay de vous acointance, Plus suis ne scay comment ravy.

Je ne vous, etc.

RONDEL

Si hardiz, mes yeulx.

332 POésIBS DE CHARLES o'ORLÉAIIS.

De riens regarder, Qui me puist grever, Qu'en valez vous mieulx ?

Ëstroit, se m'aist Dieux, Vous pense garder.

Si hardiz, etc.

De riens, etc.

Vous devenez vieulx, Et tousjours troter Voulez, sans cesser, Ne soyez plus tieulx.

Si hardiz, etc.

RONDEL

Mon cuimr, pour vous en garder, De mes yeux qui tant vous temptent.

Afin que devers vous n'entrent, Faictes les portes fermer.

S'ilz vous viennent raporter Nouvelles, pensez qu'ilz mentent.

Mon cueur, etc.

De mes, etc.

Mensonges scevent conter.

Et trop de plaisir se ventent, Folz sont qui en eulx s'atendent.

Ne les vueillez escouter.

Mon cueur, etc.

RONDEL

N'est ce pas grant trahison De mesyeulx en qui me fye, Qui me conseillent folie Maintes foys, contre raison.

Que maie part y ait on .

D'eulx, et de leur tromperie.

N'est ce pas, etc.

De mes yeulx, etc.

POÉSIES DB CHARLBS d'oRLÉANS.

. Mieulx me fust, en ma maison Estre seul à chiere lye, Qu'avoir telle compaignie * Qui me bat de mon baston.

N'est ce pas, etc. *

RONDEL

Rendez compte, Vieillesse,* Du temps mal despendu Et solemént perdu, Es mains Dame Jeunesse'.

Trop vous court sus Foiblesse, Qu'est Povoir devenu?

Rendez compte, etc.

Mon bras en l'arc se blesse, Quant je l'ay estendu, Parquoy j'ay entendu Qu'il convient que jeu cesse.

Rendez c>ompte, etc.

Tout vous est en destresse, Désormais chier vendu.

Rendez compte, etc.

Des trésors de liesse Vous sera peu rendu, Riens qui vaille ung festu ; N'avez plus que sagesse.

Rendez compte, etc.

RONDEL

(Le Seigneur de Torsy.)

Mais que mon mal si ne m'empire, Je suis en bon point. Dieu mercy.

Ne n'ay ne douleur, ne soucy De chose que on me puisse dire.

Plus ne me plains, plus nesouspire,

334 PO^lBB DE CHARLES d'oALKANS.

Je mengoe, et dors bien aussi.

Mais que mon, etc.

Je suis en bon, etc.

, Pleurer souloye en lieu de rire.

En requérant grâce et mercy ; Maintenant ne fais plus ainsi, Car je ne crains point Tescondire.

Mais que, etc.

RONDEL

* (Le conte de Clermont.)

J'amasse ung trésor de regrez

Que ma tant amée m'envoye,

Mais jusqu'à ce que je la voye.

Ne partiront de mes segrez.

La cause pourquoy? je la celle.

Ses griefz maulx qui me font mourir,

C'est pour garder l'onneur de celle

Qui ne me daigne secourir.

Plus l'eslongne, plus d'elle est près

Mon cueur, dont mon povreoeil lermoye;

Il n'est point doleur que la moye.

Car quant j'ay assez plaint, après

J'amasse, etc.

RONDEL

(Responce d'Orléans.)

C'est une dangereuse espergne D'amasser trésor de regrez, Qui de son cueur les tient trop près, Il convient que mal lui en preigne; Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne.

Non pas assez nuysans, mais très.

C'est une, etc.

D'amasser, etc.

Se je mens, que l'en m'en ropreigne, Soient essayez, puis après

POESIES DB CUAllLKS p'ORtBANS. 335

On saura leurs tourmens segres; Qui ne m'en croira, si Tapreigne.

C'est une, etc.

RONDEL

à Fredet.

Le fer est cbault, il le fault batre, Vostre fait que savez, va bien ; Tout le saurez, sans celer rien, Se venez vers moy vous esbatre.

Il a convenu fort combatre, Mais, s'il vous plaist, parfait le tien.

Le fer est chault, etc.

Vostre fait, etc.

Convoitise vouloit labatre Escharsement, et trop du sien; Mais ung peu j'ay aidié du mien.

Qui l'a fait cesser de debatre.

Le fer est chault, etc.

RONDEL

(Fredet.)

Je regrecle mes dolans jours.

Comme celluy la qui tousjours Ne fait que désirer sa mort; Car plus avant vois, et plus fort Acroissent mes dures dolours.

Quant on me fait d'estranges tours, Que, mille foiz le jour, en plours, Me fault dire par desconfort :

Je regrecte, etc.

En vous seul est tout mon recours, Faictes donc, plustost que le cours.

Cesser le mal que souffre à tort, Ou autrement je me voy mort, El tout pour bien servir Amours.

Je regrecte, etc.

396 POÉSIKS l>B CHAHLIB d'OMLÉANS.

RONDEL

( Renpofice au dit Fredct )

Se regrectez vos dolans jours, Et je regrecte mon argent Que j'ay délivré franchement.

Guidant de voas donner secours.

Se ne sont pas les premiers tours Dont Convoitise sert souvent.

Se regrectez, etc.

Et je regrecte, etc.

Mais se vous n'avez voz amours, Puisque Convoitise vous ment, Le mien recouvreray briefment, Ou mectray le fait en droit cours.

Se regrectez, etc.

RONDEL âr Daniet.

Vous dictes que j'en ayme deux, Mais vous parlez contre raison.

Je n'ayme fors ung chapperon, Et ung couvrechief, plus n'en veulx,.

C'est assez pour ung amoureux ; Mal me louez, ce faictes mon.

Vous dictes, etc.

Mais vous, etc.

Certes je ne suis pas de ceulx Qui partout veulent à foison Ëulx fournir, en toute saison ; N'en parlez plus, j'en suis honteux.

Vous dictes, etc.

(Olivier de la Marche )

Pour amours des dames de France, Je suis entré en Tobservance

t»OlisilU DE CUAaLBS D*ORLéAKIS« 337

Du très renommé saint François, Pour cuidier trouver une fois La doulce voye d'alegance.

Saint suis de corde de souffrance, Soubz haire d'aigre desirance, Plus qu'en mon Dieu ne me congnois.

Pour amours, etc.

Je suis entré, etc,

Soubrement vis de ma plaisance, Et june ce que désir pense, Mandiant par tout où je vois, Je veille à conter, par mes dois, Les maulx que m'a fait Espérance.

Pour amours, etc.

RONDEL

(Vaillant.)

Des amoureux de l'observance , Je suis le plus subgiet de France, Car je 3ers d'estre mandien.

Et cherche le cotidien ; Mais nul en mon sac rien ne lance.

Aux frères l'aumosne, pour Dieu, Tousjours vois criant d'uys en huis, Las! Charité ne trouve en lieu, Ne Pitié ne scet qui je suis, Retourner m'en fault sans pitance ; Désir le proveheur me tance, Puis le beau père gardien ^ Pis suis que Boesme, n'Yndien ; L'ordre vneil laisser saos doubtanc<\ Des amoureux, etc.

RONDEL

(George.)

Les serviteurs snbmis à l'observance, Quoyque sottvent, il leur tourne à grevance,

P0B81IS DB GHA1ILB8 DOKUUmS.

De non avoir leur plaisir à toute heure ; Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure, A telz servans ne fist one decevance ; Mains il convient par contrainte eslevance, Qu'onneur, fortune, ou amour les avance En quelque endroit, et au besoing seceure.

Les serviteurs, etc.

Quoyque, etc.

De non, etc.

Ce long souffrir en pénible estrivance N'âist aux souflrans, haulte et riche chevance, Finablement, qui les paye et honneure ; Apres Taigret, trouve on la doulce meure Qui radoulcist en leur propre savance.

Les serviteurs, etc.

RONDEL

(Vaillant.)

Quant à moy, je crains le filé Que d^autres ne craignent mye.

C'est d'avoir Dame sans amye.

Qui est un cas mal compilé. Le fait d'amour est avilé.

Car Pitié y est endormie.

Quant à moy, etc.

Que d'autres, etc.

Puis voy, par maint bec affile Faire plus fort que l'arquemie, Dont, sur mon ame, je fremie Et de paour d'estre aux piez pilé.

Quant, elc.

RONDEL

Celle que je ne scay nommer Corn à mon gré desireroye, Ce jour de l'an, de biens et joye Paise H Dieu de vous estrener.

POésiBft DB CUAMLBS O'OKLBAMS.

S'arnie vous vueil appeller, Trop simple nom vous bailleroye.

Celle que, etc.

Com à mon, etc.

De ma Dame, nom vous donner, Orguilleuse je vous feroye, Maistresse point ne vous vouldroye ; Comment donc doy je à vous parler?

Pe celle, etc.

RONDEL

A ce jour de saint Valentin, Que Ten prent per par destinée, J'ay choisy, qui très mal m'agrée, Pluye, vent et mauvais chemin.

Il n'est de Tamoureux butin.

Nouvelle, ne chancon chantée. A ce jour, etc.

Que Ten, etc.

Sourges me donne ce tatin.

Et à plusieurs de ma livrée ; Mieulx vauldroit en chambre natée Dormir, sans lever sy matin, A ce jour, etc.

RONDEL

(BouciquauU.)

Assez ne m'en peuz merveiller Qu'aucuns amoureux ont créance D'estre'de ceulx de l'observance, Mais plus n'y veulent travailler.

Je dy que leur vaulsist trop mieulx Plus large reigle avoir «hoisie ; Par servir jeunes, et puis vieulx, Laisser tout, c'est ypocrisie.

Autre nom leur convient bailler, C'est apostat, qui pour doubtance

340 POtoBS DS CHARU» U'ORLKANS.

D'avoir un peu de penitance, Ont voulu Loyaulté soiller.

Assez m'en, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ce n'est pas par ypocrisie, Ne je ne suis point apostat Pourtant, se change mon estât Es derreniers jours de ma vie.

Pay gardé, ou temps de jeunesse, L'observance des amoureux, Or m'en a bouté hors Vieillesse, Et mis en l'ordre douloreux Des chartreux de Merencolie, Solitaire, sans nul esbat; A briefz motz, mon fait va de plat, Et pour ce, ne m'en blasmez mye.

Ce n'est pas, etc.

RONDEL

(Bouciquault.)

Monstrer on doit qu'il en desplaise Du meffait, à qui n'a povoir De servir, car si cru pour voir, En parler, il semble qu'il plaise; Qui ne peut pour le moins se taise, Et face en dueil larmes plouvoir.

Monstrer on doit, etc.

Du meffait, etc.

Mais dire qu'on n'a temps, ne aise, Pour aage, d'y faire devoir, Chascun scet bien apparcevoir Que pou courcé, tost se rappaise.

Monstrer on doit, etc.

P01ÊSIBS DK CUAItLBS d'oKLBAMS. 341

RONDEL

(Orléans.)

A quiconques plaise, ou desplalse, Quant Vieillesse vient les gens prendre, Il convient à elle se rendre Et endurer tout son malaise.

Nul ne peut faire soù devoir De garder d'Amours Tobservance, Quant, avecques son bon vouloir, Il a povreté de puissance.

Plus n'en dy, mieulx vaultque me taise.

Car j'en aj à vendre et revendre; Ung chascun doit son fait entendre ; Qui ne peut, ne peut, si s'appaise.

A quiconques, etc.

RONDEL

(Fredel.)

Le truchement de ma pensée, Geste saint Valentin passée, J'ay envoyé devers Amours , Pour lui compter les grans dolours Que seuffre , pour ma tant amée; Requérant ma peine alegée, Autrement ma vie est finée, Comme scet bien, il a mains jours.

Le truchement, etc^

Et quant sa raison eut contée, Lui dist : Ta requeste m'agrée, Car trop leal l'ay veu tousjours ; Lors fut commandé mon secours.

Et le m'apporta la journée.

Le truchement etc.

RONDEL

( Siiuonnet Caillau.)

Pour bref telz maulx d'amours guérir,

342 p.oisiEs Ds cuAHLKs h'orl^ahs.

Esgrun de Dueil te fault fuyr, Les poix au veau le sont contraires, Quant les fleurs de plaisans viaires Sont dedans mises au boillir. L'oubliete te peut servir, Et l'herbe de Nonsouvenir, A faire bons electuaires.

Pour bref, etc.

Du triade de Repentir, Pour tes accez faire faillir, Prendras. sur les appoticaires ; Avecques siropz nécessaires, Faiz en succres de Deppartir, Pour bref, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Les malades cueurs amoureux Qui ont perdu leurs apetiz, Et leurs estomacs refroidiz Par soussiz et maulx douloureux, Diète gardent sobrement, Sans faire excès de trop douloir ; Chaulx electuaires souvent Usent de Conforté vouloir, Succres de Penser savoureux.

Pour renforser leurs esperiz; Ainsi pevent estïe gueriz, Et hors de danger langoureux.

Les malades, etc.

RONDEL

( Jehan Monseigaear de Lorraine.)

Pour brief du mal d'amer guérir, Esloingner Tair de Souvenir Convient, sans grant merencolie ; Apres tout mes, mengier l'oublie

POlisilS UB CUAIIU» u'OHUfANS. 343

Près du couchier, pour mieulx dormir.

De Nonchaloir, pour adouicir

La medicine de Désir,

Prendre fault la plus grant partie.

Pour brief, etc.

Esloingner, etc.

Puis ung beau régime, à Tissir De vostre accès, pourrez choisir, D'une Leaulté mV partie, Affin que ne rencheez mye, Faictes reffuz d'amour bannir.

Pour brief, etc.

RONDEL

Pour tous voz maulx d'amours guérir, Prenez la fleur de Souvenir Avec le just d'une ancollie, Et n'obliez pas la soussie, Et meslez tout en Desplaisir.

L'erbe de loing de son Désir, Poire d'Angoisse pour refreschir.

Vous envoyé Dieu, de vostre amyo.

Pour tous, etc.

Pouldre de Plains pour adouicir, Feille d'aultre que vous choisir, Et racine de Jalousie, Et de tretout la plus partie Mectes au cueur, avant dormir.

Pour tous, etc.

RONDEL

Puisque tu t'en vas, Penser, en message, Se tu fais que sage.

Ne t'esgare pas. Au mieulx que pourras.

344 POtfSIBS DE CHARLES D*OnLB4N!<(.

Pren le seur passage.

Puisque, etc.

Penser, etc.

Tout beau, pas à pas, Reffrain ton courage, Qu'en si long Voyage Ne deviengnes las.

Puisque, etc.

RONDEL

L'ueil et le cueur soient mis en tutelle, Si tost qu'ilz sont rassotez en amours , Combien qu'il a plusieurs qui font les leurs, Et ont trouvé contenance nouvelle; Pour mieulx embler priveement Plaisance, Mommerie sans parler de la bouche.

En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance, Soubz visières de semblant qu'on n'y touche, Faignent souvent l'amoureuse querelle ; Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours, Vestu m'y suis à droit et à rebours; Je jangle trop, au fort, je me rappelle.

L'ueil et le cueur, etc.

RONDEL

(Jelian Monseigneur de Lorraine.]

Pour esche ver plus grant dangier , Certes, mon cueur, il est mestier, Puisque nous alons veoir la belle, Que tenez mon ueil en tutelle.

Qui ne vous donne à besongner ; Commandez lui bien, sans prier, Qu'il ne croie riens de legier, Dont il vous rapporte nouvelle.

Pour eschever, etc.

Et s'il ne s'y veult obligier, Mcctez Raison pour espier

POÉSiBS I)K CHAHLBS u'oni.itANs. 345

A part sa couverte cautelle ; Car c'est cellui seul qui se mesie De tieulx defaultes corrigier.

Pour eschever, etc.

RONDEL

Chose qui plaist est à demy vendue ,

Quelque cherté qui coure par pais;

Jamais ne sont bons marchands esbahis,

Tousjours gaignent à Tallée, ou venue.

Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur,

Voyent Plaisir à bon marchié en vente,

Qui les tendroit d'achater leur bon eur?

Et deussent ilz engaiger biens et rente,

Et à rachat toute leur revenue,

De lascheté seroient bien trays,

Et devroient d'Amours estre hays;

Marchandise doit estre maintenue.

Chose qui plaist, etc.

RONDEL

Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou cbierement, Qui du marchié le denier a Dieu prent, Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue.

D'en debatre n'est que paine perdue.

Prenez ore, qu'après on s'en repent.

Chose qui, etc.

A bon compte, etc.

S'aucun aussi monstre sa retenue.

Et au bureau va faire le serement, Les officiers n'y font empeschement.

Mais demandent tantost la bienvenue.

Chose qui, etc.

RONDEL

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

L'abit le moine ne fait pas,

S46 POéSIKS IIK CHAULER H'ofttfCAfVS.

Pourtant se je me veis de dneîl, J'ay la ierme assez loing de l'xiei!, Passant mes ennuiz au gros sas; Je fains d'assembler h grans tas Douleurs à part, mais quant je vueil.

L'abit le, etc.

Pourtant, etc.

Conclusion, vecy mon cas :

De nulle rien je ne me dueil^ En gré prens d'Amours le recueil, Soit beau, ou lait ; puis je diz bas :

L'abit le, etc.

RONDEL

(Orléans.)

L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage.

Et plaisant maintient de visage Ne monstre pas toujours le cas.

Alez tout soubrement le pas, N'est que contrefaire le sage.

L'abit le, etc.

L'ouvrier, etc.

Soublil sens couchié par compas, Enveloppé en beau langage, Musse le vouloir du courage; Guider decoit en mains estas.

L'abit le, etc.

RONDEL

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

De fol juge, briefve sentence ; Certes bon cueur ne peut mentir, Et si ne scet du sac yssir Que ce qui est d'acoustumence.

Là où Raison pert pascience,

POASIBS DE ChAHLBS i>*onLltAN<^. 347

On voit bien souvent avenir, De fol juge, etc.

Certes bon, etc.

Envie, atout sa double lance., ' Blesse en mains lieux sans cop ferir, Dont il se convient repentir Aucuneffoiz, qui bien y pense.

De fol juge, etc.

RONDEL

(Orléans.)

De fol juge, briefve sentence;

On n'y sauroit remédier ,

Quant i'advocat oultrecuidier,

Sans raison, mainteffoisjsentenoe;

Apres s'en repent et s'en tence,

C'est tart, et ne se peut vuidier.

De fol juge, etc.

On n'y, etc.

Fleurs portent odeur, et sentence

Et savoir vient d'estudier;

Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer,

J'en- dy ce que mon cueur sent en co.

De fol juge, etc.

RONDEL

(Madame d'Orléans.)

L'abit le moine ne fait pas.

Car quelque chiere que je face, Mon mal seul tous les autres pace, De ceulx qui tant plaignent leur cas.

Souvent, en dansant fais mains pas Que mon cueur près en dueil traspacc. L'abit le, etc.

Las! mes yeulx gectent sans compas Des lermes tant parmy ma face, Dont plusieurs foiz je change place, Alant à part pour crier las !

L'abit le, etc.

348 POI^SIRS M GflARLKS ll'ORLI^AIIS.

RONDEL

(Guiot Pot.)

Uabit le moine ne fait pas, Car tel n'est pas vestu de noir, Qui a cause de se douloir ; Par Dieu, qui congnoistroit son ras?

S'on lui fait changer ses esbas Contre raison et son vouloir.

. L'abit le, etc.

Quant Fortune charge le bas Au compaîgnon, s'il a povoir, Et s'il joue ung tour de savoir, Disant que de souffrir est las.

L'abit le, etc.

RONDEL

( Messire Philippe Pot.)

En la forest de Jongue actente

Où mainte personne est dolente.

Espoir me promist de donner,

Se bien vouloye cheminer,

Ce qui tous amoureux contente.

J'ay tout mis, cueur, corps et entente,

A traverser chemin et sente.

Pour cuider ce grant bien trouver.

En la forest, etc.

Où mainte, etc.

Espoir me, etc.

Mais d'une chose je me vente.

Que j'ay eu tous les jours de rente.

Pour ma queste parachever,

Paine et ennuy, sans conquester

Riens, si non dueil qui me tourmente.

En la forest, etc.

RONDEL

(Anthoine de Lussay.)

En la forest de longue actente

POBSiES l»E CttARI.ES DOKLEANfi. 349

OÙ les contentés, Dieu contente, Je vous asseure, sur ma foy, Que je n'y ay eu, tant soit poy, Joye, ne bien dont je me sente.

Pensez se ma vie est dolente, Veu, qu'ainsi soit, je me garmentc, Et que nul bien n'y a pour moy En la forest, etc.

Où les contentés, etc.

Ou fort, d'une chose me vente.

Se je ne faulx en mon entente, Ou se la mort brief ne recoy, Que je y auray, savez vous quoy?

Aucun plaisir qui vauldra rente.

En la forest, etc.

RONDEL

(GuiotPot.)

En la forest de longue actente,

Ja pieca, fus en une sente.

Là où j'ay esgaré mon cueur,

Mais y souffîrit tant de douleurs

Que tousjours convient que s'en sente

Depuis, tousjours tant fort lamente,

Par Fortune qui le.tourmente.

Qu'il fault qu'il vive en grant langueur.

En la forest de, etc.

Ja pieca, etc.

Mais, s'il eschappe, bien se vente Qu'il gardera qu'on ne le tente Par beau parler, ne par rigueur ; Car chascun se doit tenir seur Que l'on fault bien à son entente, En la forest, etc.

RONDEL

(GiUes.)

En la forest de longue actente,

350 1>0MSIES PB CHAHLB8 U'ORLéANS. '

Mon povre cueur tant se garmente D'en saillir par aucune voye , Qu'il ne lui semble pas qu'il voye .

Jamais la fm de son entente; Deconfort le tient en sa tente , Qui par telle façon le tente, Que j'ay paonr qu'il se le forvoye.

En la toresiy etc.

Mon povre, etc.

Espoir en riens ne le contente, Comme il souloit, pourquoy dolente Sera ma vie, où que je soye ; Et si auray, en lieu de joye , Dueil et soussy tousjours de rente.

En la forest, etc.

RONDÉL.

(Orlums.)

Crié^oit à la dochete, Par les rues, sus et jus, Fredet, on ne le voit plus; Est il mis en oubliete?

Jadis il tenoit bien conte De visiter ses amis, Est il roy, ou duc, ou conte?

Quant en oubly les a mis.

Banny à son de trompeté, Comme marié confus, Entre chartreux , ou reclus, A il point fait sa retrete?

Crié soit, etc.

RONDEL

(Fredet.)

Se veoir ne vous voys plus, Helas ! ce fait mariage, Qui me fait avoir courage D'estre désormais reclus;

POéSIBS I>B CilAHLS9 0'OKLÉANS. 351

Puisque si fort m'a confus, Ne le tenes k ouUrage.

Se veoir, etc.

Helas ! etc.

Mais non pourtant, je conclus Que ce n'est pas fait que sage, Car j'en puis, à brief langage, Pour le moins perdre le plus.

Se veoir, etc.

RONDEL

(Orléans. )

En l'ordre de mariage^ A il desduit, ou courrons?

Comment vous gouvernez vous?

Y devient on fol, ou sage ?

Soit aux vieulx, ou jeunes d'âge.

Rapporter m'en vueil à tous.

En l'ordre, etc.

A il desduit, etc.

Le premier an, c'est la rage. Tant y fait plaisant et douls; Apres deux foiz toussir, j'ay la tous , Cesser me fait de langage.

En Tordre, etc.

RONDEL, (Jacques bastart de la Trimoille.)

En la forest de longue actente

J'ay couru l'année présente,

Tant que la saison a duré.

Mais j'ay esté plus raaleuré

Que homme qui vive , je m'en vente.

La haye fut garnie de tente,

Et fis ma queste belle et gente.

Suivant les chiens, je m'esgaré

En la forest, etc.

J'ay couru, etc.

352 POlisiBS DK CHARLES D'oRLI^ANS.

Je cours, je corne, je tourmente En traversant, sans trouver sente, Me trouvay très fort enserré, Tout seul presque désespéré, Cuiday mourir des fois soixante.

En la forest, etc.

( Le Cadet Dalebret. )

Dedans Tabisme de douleur, Où tant a d'amere saveur.

Aussi d'angoisseuse destresse.

Se trouve tourmenté, sans cesse, Pour vous amer, mon povre cueur.

Ma Dame, par vostre doulceur, Secourez ce bon serviteur, A qui Ton fait tant de rudesse.

Dedans, etc.

Où tant , etc.

Las ! estez de lui tout maleur, Ou autrement il se lient seur De jamais n'avoir que tristesse ; Dont fauldra que sa vie cesse Piteusement, en grant langueur.

Dedans , etc.

RONDEL

(Orléans.)

Dedans Tabisme de douleur,

Sont tourmentées povres âmes

Des amans; et, par Dieu, mes Dames,

Vous leur portez trop de rigueur.

Ostez les de ceste langueur,

Où ilz sont en maulx et diffamas.

Dedans, etc.

Sont, etc.

Se n'y monstrez vostre doulceur,

VOBSIBS DE CHARLES U'OHLÉANS. 35«1

Vous en pourrez recevoir blasmes; Tost orra prières de famés, Dangier, des dyables legreigaeur.

Dedans, etc.

RONDEL

(Gilles des Ourmes.)

Dedans l'abisme de douleur Sont tourmentés par grand foleur Maints cueurs, par faulte de secours, Qui n'ont à personne recours, Qu'à Pitié qui détient le leur.

Car, quant ilz ont servy, on leur Taille la broche sans couleur; Lors ilz s'en vont languir le cours Dedans, etc.

Sont, etc.

Par Dieu ! c'est faulte de valeur A ceulx qui le font par chaleur, Et de fait, les tiennent si cours, Qu'il leur fault user tout le cours De leur vie, en paine et maleur.

Dedans, etc.

RONDEL

(Philippe de Boulaiovillier.)

Tirez vous là, regart trop convoiteux, Renom avez d'estre de nul piteux, Vostre semblant demonstre, pour tout voir, Qu'estes venu pour mon cueur décevoir ; Dont me desplaist, j'en suis très tout honteux. Pour me tromper, faictes le marmiteux, Il ne fault point clocher devant boiteux :

Allez, allez, je ne vous vueil plus voir, Tirez vous là, etc.

Renom avez, etc.

Point ne vous fault faire le despileux,

Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux Do quelque mal, plus que de bien avoir; Je vous congnois sans plus rien en savoir, Où que soyez, vous estes rioteux.

Tirez vous là, etc.

RONDEL

(Glermont.)

Rendre vous fault de toutes choses conte, . Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur ?

N'en mentons point, est il plus serviteur Vostre tenu? dont je tien si gront conte.

A celle fin que Ten ne me mesconte, Je vous diray, mais par mon créateur, Rendre vous, etc.

Qu'avez, etc.

Entendez vous ce que je vous raconte, Dictes moy vray, hay avant rigueur Sera elle en vous? lui donrez vous faveur V Fy, fy, nennil, car ce vous seroit honte.

Rendre vous, etc.

' RONDEL

( Orléans. )

Que je vous ayme maintenant !

Quant je congnois vostre manière Venant de VQulenté legiere, Enveloppée en faulx semblant.

Je ne m'y fie tant, ne quant, Veu qu'en estes bien coustumierè.

Que je vous, etc.

Quant je, etc.

N'en peut chaloir, tirez avant, Parfaictes comme raesnagiere, De haulte lisse bonne ouvrière ; Plus vous voy, plus vous prise tant, Que je vous, etc.

rol^n DE CHARLES, d'orléans. 35S

RONDEL

(Orléans.)

Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx, Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles, Quelles sont ilz ? amoureuses et belles , Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux ; D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux. Et qui a il ? bon mardiié de querelles.

Cueur, etc.

Qu'apportez, etc.

C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx, Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles, Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles.

Paix, je m'endors , non ferez pour le mieulx. Cueur, etc.

RONDEL

( Orléans.)

Soussy , beau Sire, je vous prie, soussy.

Dequoy?queme demandez vous? le cueur. Ostez moy d'anuy et courons, soussy.

Oh vous estes? non feray mie. le cueur.

Tenir je vous vueil compaignie , soussy.

Las ! non faictes, soyez moy douls. le cueur. Soussy, etc.

De quoy, etc.

Parlez en à Merencolie, soussy.

Conseil premier entre vous. le cueur.

Espoir y poûrroit plus que nous, soussy.

Faictes donc qu'il y remédie. le cueur.

Soussy, etc.

RONDEL

( Orléans.]

Quant Leaulté et Amour sont ensemble, Et on les seot à deu entretenir,

356 PoésiBS UB cuARLBs d'orléan$.

En temps et lieu, et pour lui retenir,

Hz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble.

J'en congnois deux qui portent grant atour,

Où contre droit en emportent le bruit;

Helas ! voire, et ne font pas séjour.

Car traison en leurs cueurs tousjours bruit.

Garder se fault que nul ne les ressemble.

Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir;

Pour ce, conclus, pour au point revenir,

Que jamais mal entre amoureux n'assemble

Quant, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Plus tost accointé que congneu, Plus tost esprouvé que iioùrry.

Plus tost plaisant que bien choisy, Est souvent en grâce receu.

Mains tost que riche, despourveu Se trouve garny de soussy .

Plus tost, etc.

Plus tost, etc.

Assez tost meschant est recreu, Assez tost entreprent hardy.

Assez tost senti qui s'ardy, Tout ce mal est de chascun sceu.

Plus tost, etc.

RONDEL

(Le Cadet.)

Tu vas trop avant, retray toy.

Mon cueur, ou tu te feras prendre, Pas n'est bon de tant entreprendre; Arreste et te tiens tout coy.

Le feras tu ? or le dy coy, Affin qu'on ne te puist reprendre Tu vas, etc.

Mon cueur, etc.

POésiBS PB CHAHLBS O'OHLBANS. 3tt7

Siet toy quelque part en requoy, Pour mieulx te garder de surprendre ; Et de là tu pourras comprendre Ton fait bien au long, or m^en croy.

Tu vas, etc.

RONDEL

(Orléans.)

A ce jour de saint Vàlentîn, Bien et beau Karesme s-en va ; Je ne scay qui ce jeu trouva, Penser m'y a pris au matin ; Et puis pour jouer à tintin Avecques moy tost se leva.

A ce jour, etc.

Bien et beau, etc.

Soussy m'a cuidé ung tatin Donner, mais pas ne Facheva, Bien garday que ne me greva ; Maledicatur en latin.

A ce jour, etc.

RONDEL

(Orléans)

A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs, Faictes de plaisirs, ou douleurs, Rimes en francoys, ou latin; Ne dormez pas trop au matin, Pensez à garder voz honneurs.

A ce jour, etc.

Venez, etc.

Heur et maleur sont en hutin,

Pour donner pers, cy et ailleurs,

Autant aux moindres, qu'aux greigneurs,

Veulent départir leur butin.

A ce jour, etc.

31» PfïÉHtSm DK CHARLRg O'oiItlANft.

RONDEL

(Orléans)

• A ce jour de saint Valentin, Qu'il me convient choisir ung per, Et que je n'y puis eschapper.

Pensée prens pour mon butin.

Elle m'a resveillé matin , En venant à mon huis frapper.

A ce jour, etc.

Ensemble nous arons hutin, S'elle veult trop mon cueur happer; Mais, s'Espoir je peusse atrapper, Je parlasse d'autre latin.

A ce jour, etc.

RONDEL

(Benoist d'Amien,)

Au plus fort de ma maladie.

M'a abandonné Espérance, Laquelle sans point decevance.

Me devoit tenir compaignie.

Helas ! ce n'est pas mocquerie.

D'avoir perdu telle alliance.

Au plus fort, etc.

Car certes qui que chanté, ou rie, J'ay à toute heure desplaisance Plus que nés ung qui soit en France, Par quoy je ne scay que je die.

Au plus fort, etc.

RONDEL

(Orle«Ds.)

Au plus fort de ma maladie Des fièvres de liierencolie, Quant d'anuy j'ay frissonné fort, J'entre en chaleur de desconfort

Qui me met tout en resverie ; Lors je jangle mainte folie , Et meurs de soif de chiere lie, De mourir seroye d'accort.

Au plus fort, etc.

Âdoncques me tient compaignie Espoir, dont je le remercie, Qui de me guérir se fait fort; Disant que n'ay garde de mort , Et qu'en riens je ne m'en soussie.

Au plus fort, etc.

RONDEL

( Betioist d'Âmîen.)

Pour les maux dont je suis si plains, Fortune, ay je tort ? se me plains De ta grant fierté et rudesse Qui, nuyt et jour, sans point de cesse.

Me tient en douleur et en plains.

Las ! pense qu'ilz ne sont pas . falns, Mais avant très plus grans que mains, Yeu que suis en telle foiblesse.

Pour les, etc.

Or te requier, à jointes mains.

Que tu*vueilles, à tout le moins, Me toUir le mal qui me blesse ; Car je suis en telle destresse.

Que languir me fault, soirs et mains.

Pour les, etc.

RONDEL

(Benoist d'Amien.)

Pour parvenir à vostre grâce, Espérant que mon dueO efface, Vous vueil servir jusqu'à la mort; De ce, vous povez tenir fort,

360 PO^SIBS os CHARLES O'ORL^ANS.

Que nul autre bien ne pourchace.

Par quelque semblant que je face, Ne quelque chemin que je trace, N'est que pour arriver au port.

Pour parvenir, etc.

Quant des yeulx ne vous voy en place.

Plus rien qui soit ne me soulace, Dont soussy me tient si très fort; Non pourtant, mon seul reconfort.

Ne me chault quoy qu'on me mefÉace, Pour parvenir, etc.

RONDEL de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme.

A ce jour de saint Valentin, Puisqu'estes mon per ceste année, De bien eureuse destinée Puissions nous partir le butin. Menez à beau frère butin Tant qu'ayez la pense levée.

A ce jour, etc.

Je dors tousjours sur mon coissin, Et ne fois chose qui agrée Gueres à ma mal assenée, Dont me fait les groings au matin.

A ce jour, etc.

RONDEL

(Tignonville.)

Pour la coustume maintenir, Ceste saint Valentin nouvelle.

Mon cueur a choisy Damoiselle, Moyennant l'amoureux désir.

Par ung regart fait à loisir, Se voult logier es mains de celle.

Pour la, etc.

Ceste saint, etc.

S'on lui fait trop de mal souffrir, Je m'accorde qu'il se rappelle, Et puis se tiengne à la plus belle Que ses yeulx lui pourront choisir.

Pour, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Contre fenoches et nox buze^ Peut servir ung tantost de France, Daly parolles de plaisance, Au plus sapere l'en cabuze, Ja cossy maintes foiz s'abuze, Grandissime fault pourveance.

Contre fenoches, etc.

Sta fermo, toutes choses uze, Aspecte ungpoco parsavance, La Basonne fa l'ordonnance De quella medicine on uze, Contre /èno(?/ie«, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée, Dedens mon jardin de pensée, Avecques mon cueur, seul entray.

Dieu scet s'entrepris lu d'esmay, Car en pleurant tout regarday Destruit d'ennuyeuse gelée.

Ce premier, etc.

Quant, etc.

En gast, fleurs et arbres trouvay ; Lors au jardinier demanday Se Desplaisance maleurée, Par tempeste, vent, ou nuée,

362 POl^IRS DE CHARLKK D'ORI.éAtNS.

Avoit fait tel piteux array.

Ce premier, etc.

Qui est cellui qui s'en tendroit

De bouter hors merencolie,

Quant toute chose reverdie,

Par les champs, devant ses yeulx, voit

Ung malade s'en gueriroit,

Et ung mort revendroit en vie.

Qui est cellui, etc.

De bouter, etc.

En tous lieux on le nommeroit Meschant endormy en follie, Chasser de bonn^ compaignie, Par raison, chascun ledevroit.

Qui est cellui, etc.

RONDEL

(Orléans )

Allez vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolie, Regardez la saison jolie, Qui partout vous va reboutant ; Elle se rit en vous mocquant, De tous bons lieux estes bannye.

Allez vous, etc.

Ennuyeuse, etc.

Jusques vers Karesme prenant Que jeusne les gens amaigrie, Et la saison est admortie, Ne vous monstrez ne tant, ne quant.

Allez vous, etc.

Qui est cellui qui d'amer se tendroit.

POÉSIES OR CHAH LES d'ORLÉANS. 363

Quant beauUé fait de morisque rentrée, De plaisance si richement parée, Qu'à Famender jamais nul ne vendroit.

Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit, Disant : C'est cy raige désespérée.

Qui est cellui, etc.

Quant, etc.

Lors quant Raison enseigner le vendroit, Il lui diroit : A ! vieille rassotée.

Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée, Pour riens, en ce nully ne vous croiroit.

Qui est cellui, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Bon fait avoir cueur à commandement.

Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre, Sans trop vouloir sotement entreprendre Chose oti ne gist gueres d'amendement.

Quel besoing est, quand on est à son aise, De se bouter en soussy et meschief ; Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise.

De travailler sans riens mener à chief ; C'est par espoir, ou par son mandement, Qui tel mestier leur conseille d'aprendre, Il fait pechié, on l'en devroit reprendre.

J'en parle au vray, à mon entendement.

Bon fait avoir, etc.

Je vous entens à regarder, Et part de voz penser congnois, Essayé vous ay trop de fois.

De moy ne vous povez garder.

Cuidez vous, par voz motz farder,

364 POésIBS DE CHARLES Il'ORLRANS.

Mener les gens de deux en trois.

Je vous, etc.

Et part, etc.

Vous savez tirer et tarder, Raige faictes, et feu Gregois ; Bien gangnez voz gaiges par mois, Parachevez sans retarder.

Je vous, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Plus de desplaisir que de joye, Assez d'ennuy, souvent à tort.

Beaucoup de soussy sans confort, Oultraige de peine, où que soye; Trop de douleur à grant montjoye.

Foison de très piteux rapport.

Plus de desplaisir, etc.

Assez d'ennuy, etc.

Tant de grief que je ne diroye, Mains amant ma vie, que mort.

Pis que mourir, n'est ce pas fort?

Telz beaulx dons fortune m'envoyo.

Plus de desplaisir, etc.

(Orléans )

Pour mon cueur qui est en prison,

Mes yeulx vont Faumosne quérir ;

Gueres n'y pevent acquérir.

Tant petitement les prise on.

Reconfort qui est l'aumosnier,

Et Espoir, sont allez dehors;

On ne donna point l'aumosne hier,

Refus estoit portier alors.

Pour mon, etc.

Il est si plain de mesprison,

De rien ne le faut requérir.

N'essayer de le conquérir, Tousjours tient sa vieille aprison.

Pour mon. etc.

RONDEL

(Oripans )

Fortune! sont ce de voz dons?

Engoisses' que vous aportez, A présent vous en déportez, Ce sont trop doloreux guerdons ; D'entrer céans vous deffendons, Dures nouvelles rapportez.

Fortune, etc.

Engoisses, etc.

Et oultre plus, vous commandons Que les cueurs ung peu supportez Jouer vous, et vous depportez Autre part, baillant telz pardons.

Fortune, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Et comment l'entendez vous?

Ennuy et Merencolie, Voulez vous toute ma vie.

Me tourmenter en courrons?

Le plus maleureux de tous Doy je estre ? je le vous nye.

Et comment, etc, Ennuy, etc.

De tous poins accordons nous, Ou, par la vierge Marie, Se Raison n'y remédie.

Tout va sen dessus dessous.

Et comment, etc.

3êê l»Olb»ES DE CHARLRS d'OKI.KANS.

RONDEL

Voire, dea ! je vous ameray, Ennuyeuse Merencolie, Et servant de plaisance lie, Par vous plus ne me nommeray ; Foy que doy à Dieu, si seray Tout sien, soit ou sens, ou folie.

Voire, dea, etc.

Ennuyeuse, etc.

Jamais ne m'y reljouteray, En voz lactz, se je m'en deslie, Et se Bon eur à moy s'alie.

Je fait à vous, mais non feray.

Voire, dea, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Fortune, passez ma requeste.

Quant assez m'aurez tort porté, Un g peu je soye déporté.

Que Desespoir ne me conqueste ; Veu que je me suis, en la queste D'Amours, loyaument déporté.

Fortune, passez, etc.

Quant, etc.

Mon droit, sans que plus y acqueste, Aux jeunes gens j'ay transporté; Se riens est de moy rapporté.

Je vous prie qu'on en face enqueste.

Fortune, etc.

RONDEL

( Orléans. )

De quoy vous sert cela? Fortune,

Voz propos sont, puis longs, puis cours,

Une foiz estes en decours.

POésiBS DE CHAKLBS D'ORléANS. 367

L'autre plaine comme la lune ; On ne vous trouve jamais une, Nouvelletez sont en voz cours.

De quoy, etc.

Voz propos, etc.

S'est vostre manière commune; Car, quant je vous requiers secours, Vous fuyez, après vous je cours, Et pitié n'a en vous aucune.

De quoy, etc.

RONDEL

(Orléans )

Serviteur plus de vous, Merencolie, Je ne seray, car trop fort y traveille; Raison le veult, et ainsi me conseille Que le face, pour Taise de ma vie.

A Nonchaloir vueil tenir compaignie, Par qui j'auray repos sans que m'esveille.

Serviteur, etc.

Je ne seray, etc.

Se de vous puis faire la départie,

Et il seurvient quelque estrange merveille,

Legierement passera par Toreille ;

Au contraire jamais nul ne me die.

Serviteur, etc

RONDEL

Pourquoy moy, plus que les autres ne fonl, Doy je porter de Fortune l'effort?

Par tout je vois criant: Confort, Confort, C'est pour néant, jamais ne me respont.

Me convient il tousjours ou plus parfont De dueil nager, sans venir à bon port.

Pourquoy moy, etc.- Doy je, etc.

368 POÉSIES Di cuAALBs d'orlbans.

rappelle aussi, et en bas et amont, Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort.

Ou je cuide qu'il contrefait le mort ; Confort, n'Espoir, je ne scaj où ilz sont.

Pourquoy, etc.

ROND£L

(Orléans.)

Pourquoy moy, mains que nulluy Que je congnoisse aujourduy, Auray je part en liesse, Veu qu'ay despendu jeunesse Longuement, en grant ennuy.

Doy je donc estre cellui Qui ne trouvera en lui Bon eur, qu'à peu de largesse.

Pourquoy moy, etc.

J'ay loyal désir suy, A mon povoir, et fuy, Tout ce qui à tort le blesse ; Désormais, en ma vieillesse, Demourray je sans apuy ?

Pourquoy moy, etc.

C'est pour rompre sa teste De fortune tanser, Qui à riens ne s'aiyeste.

Trop seroit fait en beste.

C'est pour, etc.

Quant elle tient sa feste, Les aucuns fait danser, Et les autres tempeste.

C'est pour, etc.

RONDEL

Du tout retrait en hermitage

De Nonchaloir, laissant folie,

Désormais veult user sa vie,

Mon cueur, que j'ay veu trop volage».

Et savez vous qui son courage

A changié? s'a fait maladie.

Du tout, etc.

De Nonchaloir, etc.

Fera il que fol, ou que sage ?

Qu'en dictes vous? je vous en prie, Il fera bien, quoy que nul dye.

Moult y trouvera d'avantage.

Du tout, etc.

Sans faire mise, ne recepte Du monde, dont compte ne tien, Mon cueur, en propos je maintien ; Que mal et bien en gré accepte.

Se fortune est mauvaise, ou bonne, A chascun la fault endurer; Quant raison y mectra la bomie, Elle ne pourra plus durer ; Rien n'y vault engin, ne decepte, Au derrain on congnoistra bien, Qui fera le mal, ou le bien, Grans, ne petiz, je n'en excepte.

Sans faire, etc.

RONDEL

Est ce tout ce que m'apportez A vostre jour? Saint Valentin, N'auray je que d'Espoir butin, L'actente des desconfortez.

Petitement vous m'enhortcz D'estre joyeulx à ce matin.

Est ce tout, etc.

A vostre jour, etc.

Nulle rien ne me rapportez,

370 POÉSIES DB CHARLES u'ORLÉANS.

Fors bona dies en latin, Vieille relique en viel satin ; De telz presens vous déportez.

Est ce tout, etc.

(Simonnet Caillau.)

Ou millieu d'espoir et de double, Helas ! je pense jours et nuys; Mais, par Dieu ! bien bref, se je puis, J'auray pis, ou raieulx, quoy qu'il couste.

Mes yeulx ouvers, je n'y vois goûte, Si non que maintenant j'en suis.

Ou millieu, etc.

Helas ! je pense.

J'ay tant fait le guet et l'escoute, A la fenestre et à l'uis, Et n'ay pas ce que g'y poursuis, Aincois m'est force que j'escoute.

Ou millieu, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vante.

Et que cessée est la tourmente

De dueil, par le doulx temps d'espoir,

La nef de desireulx vouloir

A port eureux fait sa descente ;

Sa marchandise met en vente.

Et à bon marché la présente

A ceulx qui ont fait leur devoir.

Quant pleur, etc.

Et que cessée, etc.

Lors les marchans de longue actente, Pour gaigner, et corps, et rente, En ont ce qu'en pevent avoir ; D'en acheter font leur povoir ;

P0É8IBS DE CHARLES d'oALÉANS. 371

Tant que chascun cueur s'en contente.

Quant pleur, etc.

RONDEL

(Faret.)

Ou millieu d'espoir et de doubte, Une foiz mal, autre foiz bien, Je m'y trouve ; mais je voy bien Que c'est fortune qui m'y boute; Et pour vous dire, somme toute, C'est une chose où n'entens rien.

Ou millieu, etc.

Une foiz, etc.

Mais quelque chose qui me coûte.

Si est ce bien le vouloir mien De m'ouster hors de ce lien Aucuneffbiz, tant me reboute.

Ou millieu, etc.

RONDEL

(Benoistd'Amien.)

En la grant mer de desplaisance.

Sans avoir espoir d'alegance De trouver port, fors de douleur, Nage tousjours mon povre cueur, En bateau banny d'espérance ; Voille n'a que de decevance.

Ne soutte que de pascience.

Jamais n'y vente que maleur.

En la grant, etc.

Sans avoir, etc.

Dueil, Soussy ont la gouvernance, Qui ne lui donnent, pour pitance, Que bescuît durcy de langueur, Avecques eaue de rigueur; Ainsi languist, faisant penance.

En la grant, etc.

372 PORSIBS DE CIUHLBS d'ORLÉANS.

RONDEL

(Orléans. )

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Le bruit sourt de jeux et risée, Et Joye vient appareillée De recevoir d'Espoir sa rente Assignée sur longue actente, Mais après loyaument paiée.

Quant, etc.

Le bruit, etc.

Ja Reconfort est mis en vente, Et Plaisance fait sa livrée De biens si richement ouvrée, Que deuil fuyt, et s'en mal contente.

Quant pleur, etc.

RONDEL

C Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Chose qui plaist est à demy vendue,

En quelconque marchandie que ce soit,

Mais Tueil pri^e tel chose qui decoit,

Le plus souvent, quant elle est bien congnue :

Car, quant Amour se vendoit à Prière,

Peu de marchans y conquestoit proufit ;

Désir survient qui met la foie enchiere,

A qui marchié de raison ne suffit.

Adonc vêla qui apovriçt, et tue

Le maleureux que chascun monstre au doit,

Disant : C'est cil qui plus fait qu'il ne doit.

Dont s'ordre n'est à son droit maintenue.

Chose qui plaist, etc.

ROTVDEL.

(Orléans.)

Quant je congnois que vous estes tant mien , Et que m'aymez de cueur, si loyaument,

POéSlES l>B CUARLB8 DUKLÉANS. 373

Je feroye vers vous trop faulcement Se, sans faindre, ne vous amoye bien ; Essayez moy se vous fauidray en rien, Gardant tousrjours mon honneur seulement.

Quant, etc.

Et que, etc.

Se me dictes : Las ! je ne scay combien Vostre vouloir durera longuement; Je vous respons, sans aucun changement, Qu'en ce propos me tendray, et me tien . Quant, etc.

RONDEL pour Monseigneur de Beaujjeu.

Puisqu'estes de la confrarie D'Amours, comme monstrent voz yeulx.

Vous y trouvez vous pis, ou mieulx?

Qu'en dictes vous de telle vie?

Souffler vous y fault l'alquemie, Ainsy que font jeunes et vieulx.

Puisqu'estes, etc.

D'Amours, etc.

Ne cuidez par nygromancye Estre invisible; se m'aist Dieux, On congnoistra, en temps et lieux, Comment jourez de Tescremye.

Puisqu'estes, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Dedans l'amoureuse cuisine, Oti sont les bons, frians morceaux, Avaler les convient tous chaulx, Pour reconforter la poictrine.

Saulce ne faut, ne cameline, Pour jeunes appetiz nouveaulx.

Dedans, etc.

Où sont, etc.

374 POéSlBS DB CHARLES D'ORLÉANS.

Il souffist de tendre geline Qui soit sans os, ne vieilles peaulx, Mainssée de plaisans cousteaux, C'est au cueur vraye medicine. Dedans, etc.

RONDEL

(Orléans.)

OÙ le trouvez vous en escript?

Se dient à mon cueur mes yeulx, Que nous ne soyons vers vous tieulx Que devons, de jour et de nuyt.

Se ne vous conseillon proufflt, Nous en croirez vous? nennil, Dieux.

Où le trouvez, etc.

Quant rapportons quelque déduit Que nous avons veu en mains lieux, I^enez en ce qui vous plaist mieulx, L'autre lessez, est ce mau dit?

Où le trouvez, etc.

RONDEL

(Orléans.)

L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur, Qui fait mouldre le molin de Pensée, Dessus lequel la rente est ordonnée.

Qui doit fournir la despense du cueur, Despartir fait farine de doulceur, D'avecques son de dure destinée.

L'eaue, etc.

Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur.

En prent proufïît, ainsi que lui agrée; Mais Fortune souvent desmesurée Lui destourbe maintefTois, par rigueur.

L'eaue, etc.

POésiKS DK CHARLES D'ORLÉANS 375

(Orléans.)

En verray je jamais la fin De voz euvres ? Merencolie, Quant au soir de vous me deslie, Vous me ratachez au matin; J'amasse mieulx autre voisin Que vous, qui si fort me guerrie.

En verrai je, etc.

De voz euvres, etc.

Vers moy venez en larrecin, Et me robez plaisance lie ; Suis je destiné, en ma vie, D'estre tousjours en tel hutin.

En verray je, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Soupper ou baing, et disner ou bateau.

En ce monde n'a telle compaignie,

L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie,

Les autres font balades, ou rondeau.

Et y boit on du viel et du nouveau,

On l'appelle le desduit de la pie.

Soupper ou baing, etc.

En ce monde, etc.

Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau ; Quant tout est fait, il fault passer sa vie Le plus aise qu'on peut, à chiere lie; A mon ad vis, c'est mestier bon et beau.

Soupper ou baing, etc.

Qu'est cela? c'est Merencolie,

Vous n'entrerez ja ; pourquoy ? pour ce

376 POéSIBS 08 CUAHI.B8 d'oRLÉANSF'

Oae vostre œmpaignie acourse Mes jours, dont je foysgrant folie.

Se me chassez par chiere lie, Brief revendray de plaine course.

Qu'est cela, etc.

Vous, etc.

Il fault que raison amolie Vostre cueur, et plus ne se cource, Ainsi pourrez auroir ressource, Mais que vostre mal sens deslie.

Qu'est cela, etc.

RONDEL

(Orléans. )

En yver, du feu , du feu , Et en esté, boire, boire, C'est de quoy on fait mémoire, Quant on vient en aucun lieu.

Ce n'est ne bourde, ne jeu , Qui mon conseil vouldra croire ?

En yver, etc.

Et en esté, etc.

Chaulx morceaux faiz de bon queu, Fault en froit temps, voire, voire, En chault, froide pomme, ou poire, C'est l'ordonnance de Dieu. En yver, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ne cessez de tanser, mon cueur, Et fort combatre ces faulx yeulx Que nous trouvons, vous et moy, tieulx Qu'ilz nous font trop souffrir douleur.

Estroictement commandez leur Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx.

Ne cessez, etc.

Et fort, etc.

POÉSIES I>B CHARLES d'oRLÉANS. 377

Et leur monstrez telle rigueur,

Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx ;

Qu'ilz obéissent, se m'aist Dieux,

A vous, vous monstrant leur Seigneur.

Ne cessez, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Je ne voy rien qui ne m'annuye, Et ne scay chose qui me plaise ; Au fort, de mon mal me rapaise, Quant nul n'a sur mon fait envye.

D'en tant parler, ce m'est foUie, Il vault trop mieulx que je me taise.

Je ne voy, etc.

Et ne scay, etc.

Vouldroit aucun changer sa vie A moy ? pour essayer mon aise; Je croy que non, car plus mauvaise Ne trouveroit, je l'en deffle.

Je ne voy, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ne bien, ne mal, mais entre deulx J'ay trouvé aujourduy mon cueur Qui parmi Confort et Douleur, Se seioit ou meilleu d'entr'eulx.

Il me dit : Qu'est ce que tu veulx ?

Peu, respondy pour le meilleur.

Ne bien, ne mal, etc.

J'ay trouvé, etc.

Aux dames et aux paons fais veulx.

Se fortune me tient rigueur, De sa foy requerray bon eur, Qu'il s'aquicte quant je me deulx.

Ne bien, ne mal, etc.

378 POÉSIES DE CHARLES D ORLiiANS.

RONDEI..

(Orléans.)

Fermez lui Tuis au visaige, Mon cueur, à Merencolie, Gardez qu'elle n'entre mye, Pour gaster nostre mesnaige ; Comme le chien plain de raige, Chassez la, je vous en prye.

Fermez lui l'uis, etc.

C'est trop plus nostre avantaige D'estre sans sa compaignie, Car tousjours nous tanse, et crye, Et nous porte grand dommaige.

Fermez lui l'uis, etc.

RONDEL

(Orléans )

Ou millieu d'Espoir et de Doubte, Les cueurs se mussent plusieurs jours, Pour regarder les divers tours Dont Dangier souvent les déboute.

L'oreille je tens, et escoute Savoir que, sur ce, dit Secours.

Ou millieu, etc.

Les cueurs, etc.

Eslongné de mondaine route Me tiens, comme né en decours, Entre les aveugles et sours.

Dieu y voye, je n'y voy goûte.

Ou millieu, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Devenons saiges désormais,

Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx,

POLIES DK CHAaLBS Il'ORUÊANS. 379

Noz oreilles, aussi noz yeulx, Ne croyons de legier jamais.

Passer fault nostre temps en paix, Veu que sommes du renc des vieuix.

Devenons, etc.

Mon cueur, etc.

Se nous povoions par souhaiz Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux, Feu Grejoys ferions en mains lieux ; Mais les plus grans coups en sont faiz Devenons, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Qui le vous a commandé?

Soussy, de me mener guerre ; Avant qu'on vous aille querre, Venez sans estre mandé.

M'ordonnez vous almandé, Quant Mort de son dart m'enferre.

Qui le vous, etc.

Soussy, etc.

Pour Dieu, tost soit amendé Le mal qui tant fort me serre, Apres que seray en terre, Vous en sera demandé.

Qui le vous, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ces beaulx mignons à vendre et à revendre,

Regardez les, sont ilz pas à louer ?

Au service sont tous près d'eulx louer

Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre.

Bon escolle sauront bientost aprendre.

Bons escolliers, je les vueil advouer.

Ces beaulx, etc.

Regardez, etc.

380 POÉSIES DB CBAALIS d'ORLÉANS.

Et s'ilz faiilent, il les pourra reprendre, Quant ilz vouldront trop nycement jouer, Et sus leurs braz la chemise nouer, Tant qu'au batre ne se puissent deffendre.

Ces beaulx, etc.

RONDEL

(Maistre Jehan CuUau.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Si fait, dea ! des foiz plus de trente,

Maint se tourmente, Souffrant le revers de son vueil.

Et touteffoiz lerme de Tueil

Neist hors du sueil, Pour payer du courroux la rente ; Du dolent, ou de la dolente.

Qui seuffre doleur non pas lente,

Sans nulle actente D'assouagement de leur dueil.

Quant pleur, etc.

Tant y en a en ceste sente,

Souffrans de corps, de cueur, d'entente,

Loing de la tente Où sont Plaisance et Doulx acueil ; Quant à moy, des maulx que recueil.

Dont tant me dueil, Seulet, à part moy, me guermente.

Quant pleur, etc.

RONDEL

(Orléans )

D'Espoir, il n'en est nouvelles.

Qui le dit ? Merencolie, Elle ment, je le vous nye ; A ! a ! vous tenez ses querelles.

Non faiz, mais parolles telles

POéSlBS DE CHARLES d'oRLÉANS. 381

Courent, je vous certiflie.

D'Espoir, etc.

Qui le dit, etc.

Parlons doncques d'autres, quelles ?

De celles dont je me rie , Peu j'en scay, or je vous prie Que m'en contez des plus belles.

D'Espoir, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Une povre ame tourmentée

Ou Purgatoire de Soussy,

Est en mon corps, qu'il soit ainsi ;

Il y pert, et nuyt, et journée,

Piteusement est detirée,

Sans point cesser, puis là, puis cy.

Une povre, etc.

Ou, etc.

Mon cueur en a peine portée,

Tant qu'il en est presque transy ;

Mais espérance j'ay aussi.

Qu'au derrenier, sera sauvée.

Une povre, etc.

RONDEL

(Maistre Jehan Caillau.)

Espoir OÙ est? en chambre close.

Et là que fait? il se repose.

Sera il empiece esveillé ?

Il dit que il a trop veillé.

Et que dormir veult une pose.

Que pour quelque pris je compose A vous, et l'esveiller je n'ose , Car il est las, et traveillé.

Espoir, etc.

Par Dieu, ainsi que je suppose,

382 POésiBS DE CHARLES d'ORLKANS.

Il fait quelque roman, ou glose ; Moj mesmes suis esmerveillé De le veoir si ensommeillé, Ne m'en direz vous autre chose? Espoir, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Pour empescher le chemin, Il ne fault q'un amoureux Qui, en penser désireux, Va songant soir et matin ; Donnez lui ungbon tatin.

Il s'endort le maleureux.

Pour, etc.

Il ne, etc.

D'eaue tout plain ung bassin Eust il dessus ses cheveulx, D'un coup d'esperon, ou deux, Ne veult chasser son roussin.

Pour, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Qu'esse la? qui vient si matin t Se suis je, vous, saint Valentin, Qui vous amaine maintenant, Ce jour de Karesme prenant, Venez vous départir butin?

A présent nulluy ne demande.

Fors bon vin et bonne viande, Banquetz, et faire bonne chiere; Car Karesme vient et commande A charnaige, tant qu'on le mande, Que pour ung temps se tire arrière.

Ce nous est ung mauvais tatin.

Je n'y entens nul bon latin, 11 nousfauldra dorénavant

POLIES DK CHARLES D'ORLBANS. 383

Confesser, penance faisant, Fermons lui Tuys à tel hutin.

Qu'esse la, etc.

RONDEL

Commandez qu'elle s'en voise, Mon cueur, à Merencolie, Hors de vostre compaignie, Vous laissent en paix sans noise ; Trop a esté, dont me poise, Avecques vous, c'est folie.

Commandez, etc.

Mon cueur, etc.

Oncques ne vous fut courtoise, Mais les jours de vostre vie A traictez en tirannie ; Sang de moy, quelle bourgoise !

Commandez, etc.

RONDEL

(Bourbon jadiz GlermoDt.)

Je gis au lit d'amertume et doleur, Livré à mort, par faulte de secours, Et si ne scay quant lînera le cours De mon aspre et immortel malheur.

Priez pour moy, car je m'en vois mourir, Mes bon amis, aiez en souvenance ; On ne me veult au besoing secourir.

Requérez en, après mes jours, vengance.

Si vous m'amez, car c'est pour la valleur D'une sans per, qu'ainsi m'est au decours Ma povre vie, sans répit, ne recours, Pour estre tant son loyal serviteur.

Je gis au lit, etc.

RONDEL

(Response d'Orléans à Bourbon.)

Comme parent et alyé

Du duc Bourbonnois à présent, Par uDg rondeau nouvellement Me tiens pour requis et payé ; Par une, gist malade, mis Ou lit d'amertume et grevance.

Requérant tous ses bons amis, S'il meurt, qu'on demande vengance.

Quant à moy, j'ay ja deffie Celle qui le tient en tourment, Et après son trespassement.

Par moy sera bien hault crié.

Comme parent, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx,

Criant mercy piteusement,

S'ilz le chastient rudement,

£t il meurt, qu'en valent ilz mieulx ?

Batu de verges de Beaulté,

De lui font sang par tout courir,

Mais qu'il n'ait fait desleauté.

Pitié le devroit secourir;

S'il n'a point hanté entre tieulx

Qui ne s'acquictent loyaument;

Doit estre tel pugnissement,

A mon ad vis, en autres lieux.

Quant, etc.

RONDEL

[ Le Seneschal.)

Ma fille de confession, Vueillez avoir compassion De cellui qui sert loyaument.

Et qui est vostre entièrement, Sans point faire de fiction.

Selon raison et conscience, Tort lui tendrez, c'est ma créance.

POlisiES DE CHARLES d'ORLÉANS. 385

S'il n'a bien brief ce que tant vault.

Je vous charge par pénitence, Q ayez en lui toute fiance, Sans plus respondre : Ne m'en chault.

Cellui qui souffrist passion, Vous doint bonne contriction; Au chois de mon entendement, Plus eureux soubz le firmament N'auroit, dont il soit mencion.

Ma fille, etc.

RONDEL

(Response d'Orléans au Seneschal.)

Beau Père ! benedicite.

Je vous requier confession, Et, en humble contriction, Mon pechié sera recité.

En moy n'a eu mercy, ne grâce.

Prenant de ma beau! té orgueil, Amours me pardoint, ainsi face, Désormais repentir m'en vueil ; Reffus à mon cueur délité, J'en feray satisfacion.

Donnez m'en absolucion Et penance, par charité.

Beau Père, etc.

RONDEL

(Blosseville )

Ma très belle, plaisante seur, Confiteor du bon cueur Dictes, par grant devocion.

Sans plus avoir intencion De maintenir vostre foUeur.

Car tost après, de ma puissance Vous absouldray, en espérance Que douloe serez envers tous.

Et vous enjoings, par penitance,

De donner demain allegance A cellui qui se meurt par vous ; Lequel, par vostre grant rigueur, Seuffre, comme j'entens, doleur.

Et sans cause pugnicion ; Dont ja n'aurez remission, Tant qu'il en soit hors, j'en suis seur.

Ma très belle, etc.

(Bourbon.)

Je sens le mal qu'il me convient porter Non advenu, mais je crains qu'il aviengne, Et qu'en la fin maleureux je deviengne.

Sans m'asservir ailleurs, ne transporter ; S'ainsi advient qu'à tort on m'abandonne, Que Dieu ne vueille, que feray je sans per?

Las ! je ne scay, si ce mal on me donne.

Des malheureux je seray le non per.

Pour le meilleur, il me fault déporter Jusques à tant que ce malheur me viengne ; Mais à ma Dame hardiement en sou viengne; Car pour tousjours sa rigueur supporter, Je sens le mal, etc.

RONDEL

(Response d'Orléans à Bourbon.)

A voz amours hardiement en souviengne.

Duc de Bourbon, se mourez par rigueur, Jamais Sauront ung si bon serviteur.

Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne.

Dieu ne vueille que tel meschief adviengne, Hz perdroient leur renom de doulceur.

A voz amours, etc.

Duc de, etc.

S'il est jangleur qui soctement maintiengne Que Bourbonnois ont souvent ^egier cueur.

Je ne respons, fors que pour vostre honneur,

d'ohlkans. 387

Espérance convient que yons A voz amours, etc.

Descouvreur d'embusche, sot ueil, Pourquoy as tu passé le sueil De ton logis, sans mandement?

Et par oultrageux hardement, As entrepris contre mon vueil.

Demeurer en repos je vueil, Et en paix faire mon recueil, Sans guerre avoir aucunement.

Descouvreur, etc.

Pourquoy, etc.

En aguet se tient Bel acueil.

Et se par puissance, ou orgueil, Une fois en ses mains te prent.

Tu fineras piteusement Tes jours, en la prison de dueil.

Descouvreur, etc.

RONDEL

( Maistre Berthault de Viliebresine.)

Puisque Atropos a ravy Dyopée, Contre humain cours prinse et anticipée, Cupido ! plus je ne vous serviray ; Car tel douleur que pour vous servir ay, Pour Demophon n'eut Phillis Rodopée.

Plaisance s'est de moy émancipée, Dueil m'est acquis, ma joie est dicipée; En Boreas, Zephirus s'est viray.

Puisque, etc.

Contre, etc.

Adieu vous dy, toute nymphe actrapée Aux laqs. Venus com oyseau a pipée.

Plus avecques vous je ne me deduiray.

388 POÉSIES DB CHARLES d'oRLÉANS.

Mais à gémir du tout me reduiray, Ou m'occiray, com Piramus, d'espée.

Puisque, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Amours, à vous ne chault de moy, N'a moy de vous, c'est quicte et quicte, Ung vieillart jamais ne prouffîte Avecques vous, comme je croy ; Puisque suis absolz de ma foy, Et jeunesse m'est interdicte.

Amours, etc.

N'a moy, etc.

Jeune, soeu vostre vieille loy, Vieil, la nouvelle je despite, Ne je ne crains la mort subite De regart; qu'en dictes vous ? quoy ?

Amours, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Tay pris le logis de bonne heure D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy, Afïîn que les fourriers d'Annuy Ne le preignent pour sa demeure ; Veu que, nuyt et jour, il labeure De me gaster; et je le fuy.

J'ay pris, etc.

D'Espoir, etc.

Bon eur, avant que mon cueur meure, L'aidera, il se fye en luy ; Autre part ne quiers mon apuy, En actendant qu'il me sequeure, J'ay pris, etc.

POÉSIES DB CHARLES b'ORLÉANS. 389

RONDEL

(Fraigne.)

Mon oeil m'a dit qu'il me deftie A tousjours, sans repentir, Se je ne lui fais ce plaisir D'amer une qu'il a choisie ; Se c'estoit pour sauver sa vie, Plus ne m'en pourroit requérir.

Mon oeil, etc.

A tousjours, etc.

Je lui ay dit : Tu fais folie.

Je te prie, laisse moy dormir.

Je n'ay pas à présent loisir De penser à ta rêverie.

Mon oeil, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ëscoutez et laissez dire, Et en voz mains point n'empire Le mal, retournez le en bien ; Toutyra, n'en doublez rien, Si bien (fu'il devra suffire.

Dieu, comme souverain mire.

Fera mieulx qu'on ne désire, Et pourverra ; tout est sien.

Ëscoutez, etc.

Et en voz, etc,

Ghascun à son propos tire.

Mais on ne peut pas eslire, Je l'ay trouvé, ou fait mien :

Au fort, content je m'en tien, Car après pleurer, vient rire.

Ëscoutez, etc.

390 POÉSIES IHÎ CttAHmS d'oklrans.

RONDEL

(Benoist d'Âmien. )

Contre fenouches et noœ buze, Convient l'un faire, Vaultro dire, Pleurer d'un ueil, de Vaultro rire, Questo modo les gens abuze.

Or da poy que lo mondo en uze, Non est dy besoingno dormire.

Contre, etc.

Convient, etc.

Tanto principo comme duzcy Veulent \elour fato conduire, Et H 8oy servitor instruire A saper e jouar la ruze.

Contre, etc.

RONDEL

(Maistre Bertliault de Villebresme.)

Puisque chascun sert de fenouches.

Et de mentir, neiz que de mouches.

Aucun aujourduy ne tient conte, Mais à chascun d'avoir son compte Souffist, soit honneur, ou reprouches.

Retraire je me vueil es touches Des bois, ainsi que les farouches , Car d'estre au monde j'ay grant honte.

Puisque, etc.

Et de mentir, etc.

Je y congnois tant de maies bouches,.

De clers voyans faisant les louches.

De bons et simples que l'on donte; Veu donc que mal bien y surmonte.

Plus me plaist vivre entre les souches.

Puisque, etc.

FUÉSIBS DR CUAHLBS d'oRLÉANS. 391

RONDEL

(Le Duc de Bourbon.)

Prenez l'ommaige de mon cueur, En reœvant sa feaulté, Et il gardera loyaulté, Comme doit leal serviteur.

S'il se forfait en vous servant, Et qu'il soit clerement cogneu, Ne le tenez plus pour servant, Banny soit comme descongneu.

Mais ce pendant, toute doulceur Lui soit faicte, sans cruaulté, Actendant que vostre beaulté Ait pouveu à sa grant douleur.

Prenez, etc.

RONDEL

(Orléans. )

En arrierefief soubz mes yeulx, Amours, qui vous ont fait hommaîge, Je tiens de mon cueur l'eritaige, A vous sommes et serons tieulx ; Voz vraiz subgietz, voire des vieuix, Soit nostre proufQt, ou dommaige.

En arrierefief, etc.

Amours, etc.

J'appelle Déesse et Dieux Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige.

Se voulez, j'en tendray ostaige; Vous puis je dire, ou faire mieulx ?" En arrierefief, etc.

RONDEL

(Orléans.)

J'en baille le dénombrement

Que je tiens soubz vous loyaument.

392 POÉSIES DB CUAaiBS D*ORLéANS.

Loyal désir et bon vouloir ; Mais j'ay trop engagé povoir, Se je n'en ay relievement.' Je vous ay servi longuement, En y despendant largement Des biens que j'ay peu recevoir.

J'en baille, etc.

Que je tiens, etc.

Vieillesse m'assault fellement, Et me veult à destruisement Mener, mais, veu qu'ay fait devoir Que m'aiderez, j'ay ferme espoir A mes drois, voyez les comment.

J'en baille, etc.

RONDEL

(Orléans).

Je suis à cela Que Merencolie Me gouvernera.

Qui m'en gardera ? Je suis, etc.

Puisqu'ainsi me va, Je croy qu'à ma vie Autre ne sera.

Je suis, etc.

RONDEL

(Orléans.)

On ne peult chastier lesyeulx, N'en chevir, quoy que l'en leur dye, Dont le cueur se complaint et crye, Quant s'esgarent en trop de lieux.

Seront ilz tousjours ainsi ? Dieux î Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie.

On ne peut, etc.

N'en chevir, etc.

Quant aux miens, ilz sont desja vieulx, Et assez lassez de follie ; Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye Comme enragiez, n'est ce le mieulx ?

On ne peut, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Sont les oreilles estouppées?

Rapportent ilz au cueur plus rien ?

Ouyl, plustost le mal que bien, Quant on ne les tient gouvernées.

Se leurs portes ne sont fermées.

Tout y court de va et de vien.

Sont les oreilles, etc.

Rapportent, etc.

Les miennes seront bien gardées De Nonchaloir, que portier tien ; Dont se plaint et dit le cueur mien, On ne me sert plus de pensées.

Sont les oreilles, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Tel est le partement des yeulx, Quant congié prennent doulcement, D'eulx retraire piteusement.

En regretz privez pour le mieulx.

Lors divers se dient adieux, Esperans revenir briefment.

Tel est le, etc.

Quant, etc.

Et si laissent, en plusieurs lieux,

Des larmes par engagement

Pour paier leur deffrayement.

En gectant souspirs, Dieu scet quieulx.

Tel est le, etc.

^^^ POÉSJKS DR CHARLES d'oKLBANS.

RONDEL

(Orléans.)

Pour monstrer que j'en ay esté, Des amoureux aucuneffoiz, Ce May, le plus plaisant des mois, Vueil servir ce présent esté.

Quoy que Soucy m'ait arresté, Sans son congié, je m'y envoiz.

Pour monstrer, etc.

Des amoureux, etc.

Pour ce , je me tiens apresté A deduiz, en champs et en bois, S' Amours y prent nulz de ses droitz, Quelque bien m'y sera preste.

Pour monstrer, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Tant ay largement despendu Des biens d'amoureuse richesse, Ou temps passé de ma jeunesse.

Que trop chier m'a esté rendu ; Car lors à rien je n'ay tendu, Qu'à conquester foison lyesse.

Tant ay, etc.

Des biens, etc.

Commandé m'est, et deffendu Désormais par Dame Vieillesse, Qu'aux jeunes gens laisse prouesse, Tout leur ay remis et vendu Tant ay, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Fyez vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien ;

POÉSIES DB CHARLRS d'ORLÉANS. 395

Mais souventeffoiz n'en fait rien,

Dont mains cueurs se sentent foulez.

Quant Désir les a affolez,

Au grant besoing leur fault du sien.

Fyez vous y, etc.

En Espoir, etc. .

Lors sont de destresse affolez; J'aymeroye, pour le cueur mien, Mieulx que deux tu Taras, ung tien ; Quant les oyseaux s'en sont voilez.

Fyez vous, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Jaulier des prisons de Pensée, Soussy, laissez mon cueur yssir, Pasmé l'ay veu esvanouir En la fossse desconfortée; Mais que seurté vous soit donnée De tenir foy et revenir, Jaulier, etc.

Soussy, etc.

S'il mouroit en prison fermée, Honneur n'y povez acquérir ; Vueilliez au moins tant l'eslargir Qu'ait sa finance pourchassée.

Jaulier, etc,

RONDEL

(Simonnet Caillau.)

Jaulier des prisons de Pensée, Mon povre cueur aux fers tenez, Et dit on que vous lui donnez, Chascun jour, une bastonpée. Est ce par sentence ordonnée.

Qu'en ce point le me gouvernez ?

Jaulier, etc.

Mon povre, etc.

396 POltSIBS DR CHARLES b'ORI.I^ANS.

Se sa cause estoit bien menée,

On jugeroit que mesprenez,

Et qu'à grant tort le retenez,

Sans plainte de personne née. t

Jaulier, etc.

RONDEL

(Ti gnon ville.)

Jaulier des prisons de Pensée, Avez vous le commandement De traicter ainsi rudement Les povres cueurs, en ceste année ; Vous est la puissance donnée De par Soussy, ou autrement.

Jaulier, etc.

Avez vous, etc.

Dedens la chartre adoulée, Tenir les deussiez doulcement , Batre ne devez nullement Prisonniers en fosse fermée.

Jaulier, etc.

RONDEL

(Gilles des Ourmes.)

Jaulier des prisons de Pensée, j

Qui tenez tant de gens de bie.n,

Ouvrez leur, ilz paieront bien

Le droit de l'yssue, et l'entrée.

Hz m'ont commission baillée \

D'appointer, dictes moi combien?

Jaulier, etc.

Qui tenez, etc.

Car j'ay cy finance apportée Assez, que du leur, que du mien ; Tant qu'on ne vous en devra rien, Jusqu'à la derreniere journée.

Jaulier, etc.

PORSIBS DR CHAKLBS DORIRANS. 3tl7

RONDEL

[Orléans.)

Donnez Faumosneaux prisonniers, Réconfort, et espoir aussi , Tant feray au jaulier Soussy, Qu'il leur portera voulentiers.

Hz n'ont ne vivres, ne deniers, Crians de fain ; il est ainsi.

Donnez, etc.

Reconfort, etc.

Meschans ont esté mesnagiers , Tenuz pour debte jusques cy, Faictes les ouvres de mercy, Comme vous estes coustumiers.

Donnez, etc.

RONDEL

(Benoist d'Amîen.)

N'oubliez pas les prisonniers.

Bonnes gens, aiez en mercy; Hz sont en la tour de Soussy, Et n'ont ne mailles, ne deniers.

Larrons ne sont point, ne murtriers , Par envie on les tient ainsi.

N'oubliez pas, etc.

Bonnes geâs, etc.

Faictes comme bons aumosniers, Pour la grant pitié que veez cy, Et pour vous prieront Dieu aussi De très bon cueur, et voulentiers.

N'oubliez pas, etc.

RONDEL

(Hugues le Voys )

Jaulier des prisons de Pensée, Ouvrez à Reconfort la porte,

308 POIÂSIBS DE CHARLBS d'ORL^ANS.

Car à mon cueur Taumosne porte, Que mes yeulx lui ont pourchassée ; Tenu l'avez, mainte journée, Ou cep d'anuy, et prison forte.

Jaulier, etc.

Ouvrez, etc.

Tant à faim et soif endurée, Qu'il a perdu couleur et sorte , Helasî pour Dieu, qu'on le supporte, Autrement sa vie est fînée.

Jaulier, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Banissons Soussy, ce ribault Batu de verges par la ville, C'est ung crocheteur trop habille Pour embler joye qui tant vault; Copper une oreille lui fault.

Il est fort larron entre mille.

Banissons, etc.

Batu de, etc.

Se plus ne revient, ne m'en chault, Laissez le aller sans croix, ne pille, Le Deable l'ait ou trou Sebille ; Point n'en saille pour froit, ne chault.

Banissons, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Des vieilles defferres d'Amours, Je suis à présent, Dieu mercy ; Vieillesse me gouverne ainsi.

Qui m'a condempné en ses cours.

Je m'esbahis quant à rebours Voy mon fait, disant : Qu'est ce cy ?

Des vieilles, etc.

Je suis, etc.

POESIES DE CHARLES d'oRLIÊANS. 399

Mon vieil temps convient qu'ait son cours,

Qui en tutelle me tient sy ,

Du jaulier appelle Soussy,

Que rendu me tiens pour tousjours.

Des vieilles, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Comme monnoye descriée, Amours ne tient compte de moy ; Jeunesse m'a laissé, pourquoy?

Je ne suis plus de sa livrée.

Puisque telle est ma destinée, Désormais me fault tenir coy.

Gomme, etc.

Amours, etc.

Plus ne prens plaisir, qu'en pensée Du temps passé; car, sur ma foy.

Ne me chault du présent que voy, Car Vieillesse m'est délivrée.

Comme, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Laissez Baude buissonner, Le vieil Briquet se repose , Désormais travailler n'ose, Abayer, ne mot sonner.

-On lui doit bien pardonner, Ung vieillart peut pou de chose.

Laissez, etc.

Le vieil, etc.

Et Vieillesse emprisonner L'a voulu, en chambre close : Par quoy j'entens que propose Plus peine ne lui donner.

Laissez, etc.

400 POésIBS DE CHARLES d'ORLÉANS.

RONDEL

(Hugues le Voys.)

Comme monnoye descriée,

Loyaulté je voy abriée

Dessoubz le pavillon de Honte ,

Par Faulceté qui la surmonte,

Et Ta d'oultrance deffiée.

De Bonnefoy s'est alyée,

Et de son aide Ta priée ,

Mais on n'en tient que peu de conte.

Comme, etc.

Loyaulté, etc.

' Du tout la tiens pour ravallée, Par montaigne et par vallée, Est notoire ce que raconte ; En maison de Duc, ne de Conte, Ne se trouve qu'à l'eschappée.

Comme, etc.

Quant me trouve seul, à part moy.

Et n'ay gueres de compaignie, Ne demandez pas s'il m'ennuye, Car ainsi est il, sur ma foy.

En riens plaisance n'apercoy, Fors comme une chose endormye.

Quant me, etc.

Et n'ay, etc.

Mais s'entour moy plusieurs je voy, Et qu'on rie, parie, chante, ou crye, Je chasse hors merencolie Que tant hair et craindre doy.

Quant, etc.

POésIBS DB CHARLES D'ORL^ANS.

RONDEL

(Orléans.)

Trop ennuyez la compaignie, Douloureuse Merencolie, Et troublez la feste de Joye; Foy que doy à Dieu, je vouldroye Que feussiez du pays bannie.

Vous venez sans que Ton vous prie.

Bon gré, maugré, à Testourdie, Alez, que plus on ne vous voye.

Trop ennuyez, etc.

Douloureuse, etc.

Soussy avecques vous s'alye, Si lui dy je que c'est folie , Quel mesnaige ! Dieu vous convoyé Si loing, tant que vous revoye Quérir, quant? jamais en ma vie. Trop ennuyez, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Escollier de Merencolie, Des verges de Soussy batu, Je suis à Teslude tenu.

Es derreniers jours de ma vie ; Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye, Quant me sens vieillart devenu.

Escollier, etc.

Des verges, etc.

Pitié convient que pour moy prie, Qui me treuve tout esperdu, Mon temps je pers, et ay perdu, Comme rassoté en folie.

Escollier, etc.

RONDEL

( Hugues le Voys.)

Escollier de Merencolie,

402 POKSIES DE CUAHLBS d'oKLÉA.NS.

Par Soussy qui est le recteur, A Testude est tenu mon cueur ; Et Dieu scet comme on le chastie.

De s'y mectre fist grant folie, Car on le tient à la rigueur.

Escollier, etc. Par Soussy, etc.

Bon temps n'aura jour de sa vie, Puisqu'il y est, de son maleur, Dedens le livre de douleur, Lui est force qu'il estudie.

Escollier, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Et fust ce ma mort, ou ma vie, Je ne puis de mon cueur chevir, Qu'il ne veuille conseil tenir Souvent, avec Merencolie.

Si lui dy je que c'est folie, Mais comme sourt ne veult oir Et fust ce, etc.

Je ne puis, etc.

A Grâce, pour ce, je supplie Qu'il lui plaise me secourir, Au par aller ne puis fournir, Se ne m'aide par courtoisie.

Et fust ce, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Allez vous en dont vous venez, Ennuyeuse Merencolie, Certes on ne vous mande mye, Trop privée vous devenez.

Soussy avecques vous menez.

POESIES DE CHAULES d'oRLÉANS. 403"

Mon huis ne vous ouvreray mye.

Allez vous en, etc.

Ennuyeuse, etc.

Car mon cueur en tourment tenez, Quant estes en sa compaignie; Prenez congié, je vous en prie.

Et jamais plus ne retournez.

Allez vous en, etc.

RONDEL

(Orléans.)

A qui en donne l'en le tort?

Puisque le cueur en est d'accort, Se les yeulx vont hors en voyage, Et rapportent aucun message De beaulté plaine de confort.

Hz crient : Resveille qui dort, Lors le cueur ne dort pas si fort , Qui ne dye : J'oy compter rage.

A qui en, etc.

Puisque le, etc.

Adoncques Désir picque et mort, Savez comment? jusqu'à la mort ; Mais le cueur, s'il est bon et sage.

Remède y treuve et avantage.

Bien, ou mal en vient oultre bort.

A qui en, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Doivent ilz estre prisonniers, Les yeulx, quant ilz vont assaillir L'embusche de plaisant désir, Comme hardiz avanturiers; Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers, Et leurs gaiges fault desservir.. Doivent ilz, etc.

Les yeulx, etc.

404 fOBSlBS DE CHARLES d'oALIÉANS.

Hz se tiennent siens si entiers, Qu'au besoing ne pevent faillir, Jusques à vivre, ou à mourir, Hz le font bien, et voulentiers.

Doivent ilz, etc.

RONDEL

(Orléans.)

N'oubliez pas vostre manière, Non ferez vous, je m'en fais fort, Ennuy armé de desconfort, Qui toujours me tenez frontière, Venez combatre à la barrière.

Et faictes à coup vostre effort.

N'oubliez pas, etc.

Non ferez, etc.

Quant mectez sus vostre bannière, Cueurs loyaux guerriez si fort.

Que les faictes retraire ou fort De Douleurs, à piteuse chiere.

N'oubliez pas, etc.

RONDEL

(Orléans )

Chiere contrefaicte de cueur.

De vert perdu et tanne painte, Musique notée par fainte, Avecques faulx bourdon de maleur.

Qui est il ce nouveau chanteur?

Qui si mal vient à son actainte. Chiere, etc.

De vert, etc.

Je ne tiens contre, ne teneur Enroué, faisant faulte mainte, Et mal entonné par contrainte, C'est la chapelle de douleur.

Chiere, etc.

POésIBS DE CHAKLB8 l>'ORLitANS 405

RONDEL

(Le grant seneschal. )

Qui trop embrasse, peu eslraint ; Je le dy pour maintes et maint Qui scevent servir de telz tours , Mectans loyaulté en decours, Dont leur bon los peut estre estaint.

Qui a choisy et pris party, Puisque son cueur y a party, Est ce bien fait de le laisser?

Pose qu'on feust trop mieulx party, Si seroit ce mal depparty.

Et son honneur trop fort blesser.

Qui varie, sans bien remaint ; Par fermeté souvent on vaint , Les bons trouvent tousjours secours, Geulx qui changent, Pont à rebours ; Il est pieca escript et paint.

Qui trop, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Il n'est nul si beau passe temps Que déjouer à sa pensée, Mais qu'elle soit bien despensée Par raison , ainsi je Tentens.

Elle a fait milz despens contens, Par espoir soit recompensée. ' Il n'est, etc.

Elle dit : A ce je m'actens, Veu qu'ay loyaulté pourpensée, Que de mes soussiz dispensée Seray, malgré les malcontens.

Il n'est, etc.

RONDEL

(Fraigne.)

Le cueur, dont vous avez la foy,

406 POésifcS DB CUAHLB8 D'oUtiANS.

Se recommande à vous» ma Dame,

Vous faisant savoir qu'il vous ame,

Mais pensez que ce n'est pas poy.

Il parle nuyt et jour à moy,

En vous louant, belle, plus que ame

Le cueur, etc.

Se recommande, etc.

Il m'a juré, et je le croy, Qu'à son vivant n'ayma tant femme , Et Dieu scet comment il me btasme Que plus souvent je ne vous voy.

Le cueur, etc.

RONDEL

Prophetizant de vostre advenement, Voyant venir voz haulx biens clerement, Acompaignez de vostre grant beaulté, A vous amer si fort me suis bouté, Qu'au monde n'ay nul autre pensement.

Très que mon oueil vous vit premièrement.

Il ordonna mon cueur entièrement Pour vous servir en toute feaulté.

Prophetizant, etc.

Lorsje jugay, à mon entendement, Que quelquefoiz j'auroye advencement, Vous remonstrant ma très grant loyaulté, Et que de biens j'auroye à grant planté.

Gela je creu des le commencement.

Prophetizant, etc.

RONDEL

(Fraigne.)

Mon oueil, je te pry et requier Que tu n'ayes plus en pensée D'aler veoir ma tant désirée, Ou tu me metz en grant dan^ier; Et si te dy, pour abregier,

POisiBS DB CIURLBS d'ORLBaIvs. 407

Que c'est ma mort toute jurée.

Mon oueil, etc.

Que tu n'ayes, etc.

Quant tu la verra au moustier, Ou quelque part à la passée, Ne te metz pas en sa visée, Car périlleux est tel archier.

Mon oueil, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Pour Dieu, faictes moy quelque bien, Veu que m'a desrobé Vieillesse, Plaisance ; car, en ma jeunesse, Savez que vous amoye bien; Pour vous n'ay espargné du mien, Or suis povre, plain de foiblesse.

Pour Dieu, etc.

Veu que, etc.

Devoir ferez, comme je tien, Car j'ay despendu à largesse, Pieca, mon trésor de liesse, Et maintenant je n'ay plus rien.

Pour Dieu, etc.

RONDEL

(Orléans.) ^

C'est la prison Dedalus, Que de ma merencolie, Quant je la cuide faillie, J'y rentre de plus en plus.

Aucunes foiz je conclus D'y bouter Plaisance lie.

C'est la prison, etc.

Que de ma, etc.

Oncques ne fut Tan talus

En si très peneuse vie , Ne, quelque chose qu'on die, Chartreux, herraite, ou reclus.

C'est la prison, etc.

RONDEL

(Aothoine de Guise.)

Ha ! mort, helasî Veu que je suis de vivre las, Que ne tens tu vers moy tes las, Pour abregier mon infortune , Aussi pour monstrer à Fortune

Qui me fortune, La puissance que sur elle as.

Fay ton effort, et si t'avance.

Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce Que je m'occye de mes mains; Monstre ton povoir et savance, Puisque je vueil faire l'avance.

Car certes tu ne peutz à mains.

Pren tes esbas A faire cesser noz debas, Aussi bien sont ce tes cabas Que de tousjours trouver rancune ; Tu es seule, celle et chascune ;

Sans autre aucune, Par qui tout cesse hault et bas.

# Ha ! mort, helas !

RONDEL

(Ânthoine de Cuise.)

Par bien celer mains tours divers, Monstrant de son vueil le revers, Soubz ung peu de manière fainte, Avec abstinence contrainte.

Sont les secrez d'Amours ouvers.

Refus les deffent à travers. Et ne sont à nulz descouvers,

PO^IKS UK CHABLBS n'OtlLKANst. 409

Que ce ne^soit en très grant crainte.

Par bien celer, etc.

Honte les tient clos et couvers, Pour les faulx Dangiers et pervers, Dont elle a eu reprouche mainte; Mais pour venir à nostre actainte, Loyaulté nous baille ces vers.

Par bien celer, etc.

RONDEL

(Anthoine de Cuise.)

Ou val obscur, avantureux, Où les loyaulx cueurs doloreux

Des amoureux Sont condempnez d'user leurs jours, En piteux plains et grans clameurs.

Me tient Amours, Comme le chief des langoureux.

Et faut qu'avec les maleureux.

Par son faux refus rigoureux,

Plus que peureux, J'actende la mort à secours.

Ou val obscur, etc.

Cest le hault guerdon dangereux, Ordonné pour moy et pour eulx,

Peu savoureux, Sans autre part avoir recours; Et la voyant nostre decours,

De criz et plours.

Faisons ung trésor plaintureux.

Ou val obscur, etc.

RONDEL

(Orléans.)

A ! que vous m'anuyez, Vieillesse !

Que me grevez plus que oncques mes, Me voulez vous à tousjours mes

410 POÉSIES DB CHAaLBS u'OULÉANS.

Tenir en courroux el rudesse; Je vous fais loyalie promasse Que ne vous aymeray james.

A ! que vous, etc.

Que me, etc.

Vous m'avez banny de jeunesse, Rendre me convient désormais, Et faictes vous bien ? Nennil, mais, De tous maulx on vous tient maistresse.

A! que vous, etc.

RONDEL

Les biens de vous, honneur et pris.

M'ont tant espris De vous amer, ma génie Dame, Qu'il n'est pas en puissance d'ame De tourner ailleurs mes espris.

C'est à moy trop hauit entrepris,

Com mal apris.

Mais blasmez en, s'il y a blasme. Les biens, etc.

Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris

En son pourpris.

Et que tant loyaument vous ame, Amez moy, je prens sus mon ame Que jamais n'en serons repris.

Les biens, etc

RONDEL

M'amerez vous bien ?

Dictes par vostre ame , Mais que je vous ame Plus que nulle rien ; Le vostre me tien.

Sans faire autre Dame.

M'amerez, etc.

Dictes par, etc.

Dieu mist tant de bien En vous, que c'est basme ; Pour ce, je me clame Vostre, mais combien.

M'amerez, etc.

RONDEL

C'est par vous que tant fort souspire,'

Tousjours m'empiré; A vostre ad vis, faictes vous bien ?

Que tant plu^ je vous vieulx de bien, Et, sus ma foy, vous m'estes pire.

Ha! ma Dame, si grief martire,

Ame ne tire Que moy, dont ne puis mais en rien.

C'est par vous, etc.

Vostre beaulté vint, de grant tire,

A mon oueil dire Que feist mon cueur devenir sien ; Il le voulut, s'il meurt? et bien.

Je ne lui puis aider, ou nuyre.

C'est par vous, etc.

RONDEI..

Pour mectre fin à mes douloureux plains.

Et aux ennuys dont je me sens si plains,

Fort me complains A toute heure, mais remède n'y treuve; Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve,

Ou dame neuve , Car la mienne se rit, tant plus me plains ; Souvent m'a veu pleurant par brais et plains, A triste cueur, de dueil paliz et tains, Mais pensez vous que de riens el se meuve ?

Pour mectre fin, etc.

Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains, Et qu'en ay mains

41*2 t»0ésiES DE CHAULRS d'oRLÉANS.

Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve , Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve,

Son cas le preuve; Ne suis je pas doncques en bonnes mains ?

Pour mectre, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Temps et temps m'ont emblé jeunesse, Et laissé es mains de Vieillesse^ Où vois mon povre pain querant ; Aage ne me veult, tant ne quant, Donner Taumosne de liesse.

Puisqu'elle se tient ma maistresse, Demander ne lui puis promesse, Pour ce, n'enquerons plus avant.

Temps, etc.

Je n'ay repast que de foiblesse, Couchant sur paille de destresse, Suis je bien payé maintenant De mes jeunes jours cy devant?

Nennil, nul n^estqui le redresse.

Temps, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Asourdy de Nonchaloir, Aveuglé de Desplaisance, Pris de goûte de Grevance, Ne scay à quoy puis valoir.

Voulez vous mon fait savoir ?

Je suis presque mis en trance.

Asourdy, etc.

Aveuglé, etc.

Se le Medicin Espoir, Qui est le meilleur de France, N'y met briefmeut pourveance, Vieillesse estaint mon povoir.

Asourdy, etc.

POESIES UE CHARLES d'ORLÉAKS. 413

RONDEL

(Orléans.)

Dedens la maison de douleur, Où estoit très piteuse dance, Soussy, Vieillesse et Desplaisance Je vy dancer comme par cueur.

Le tabourin nommé Maleur Ne jouoit point par ordonnance.

Dedens la, etc.

Où estoit, etc.

Puis chantoient chancons de pleur, Sans musicque, ne accordance ; D'ennuy, comme ravy en trance, M'endormy lors, pour le meilleur.

Dedens la, etc.

RONDEL

(Simonnet Gaillau.)

Dedens la maison de douleur, Où n'a leesse, ne musique.

Mon las cueur gist merencolique.

Malade ou piteux lit de pleur.

Dieu ! n'est ce pas grant maleur?

Il est pis que paralitique.

Dedens la, etc.

Où n'a, etc.

Par racine, feuille, ne fleur, Ne par medicine auctentique, Remédier n'y scet phisique ; Confesse soy, c'est le meilleur.

Dedens la, etc.

' RONDEL

Je vous sans, et congnois venir, Ennuyeuse Merencolie, Mainteffoiz, quant je ne vueil mye, L'uys de mon cueur vous fault ouvrir;

Point ne vous envoyé quérir, Assez hay vostre compaignie.

Je vous sans, etc.

Ennuyeuse, etc.

Jeunes pevent paine souffrir, Plus que vieillars; pour ce, vous prie Que n'ayez plus sur nous envie, Ne nous vuelliez plus assaillir.

Je vous sans, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Mentez, menteurs à quarterons, Certes point ne vous redoubtons, Ne vous, ne vostre baverye, Loyaulté dit, de sens garnie, Fy de vous et de voz raisons ; On ne vous prise deux boutons , Et pour ce, nous vous déboutons, Esloignant nostre compaignie.

Mentez, etc.

Voz parlez, pires que poisons, Boutent par tout feu en maisons; Que voulez vous que l'en vous die ?

Dieu tout puissant si vous mauldie.

Vous donnant de maulx jours foisons.

Mentez, etc.

(Gilles des Ourmes.)

Pour bien mentir souvent et plaisamment, Mais qu'il ne tourne à aucun préjudice, Il m'est advis que ce n'est point de vice, Mais est vertu et bon entendement; On en voit maint eslevé haultement, Bien recueil ly et requis en service, Pour bien, etc.

Mais qu'il, etc.

POÉSIES DE CHARLES u'ORl^ANS. 41 tf

Mais controuveurs qui mentent faulcement, Pour diffamer quelcun par leur malice, Soient pugniz par droit, selon justice ; Pour ce, cbascun s'avise saigement.

Pour bien mentir, etc.

RONDEL

Des soucies de la court, J'ay acheté aujourdui, De deulx bien garny j'en suy, Quoique mon argent soit court.

A les avoir chascun y court.

Mais quant à moy, je m'enfuy.

Des soucies, etc.

Pay acheté, etc.

Je deviens vieil, sourt et lourt, Et quant me treuve en ennuy, Nonchaloir est mon apuy.

Qui mainteffoiz me secourt.

Des soucies, etc.

RONDEL

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Je voy mal faire et mal parler.

Je voy meschefz renouvel 1er, Je voy loyaulté du tout morte, Je voy trahison. aspre et forte, Je voy partout tout mal aler.

Je voy hayneurs entre acoler, Vérité voy dissimuler, Grans et petiz sont d'une sorte.

Je voy mal, etc.

Je voy vertuz aux piez fouler, Je voy amictié desseler.

Raison voy musser à la porte, Par mehain voy justice morte , Quant honneur veult voile caller.

Je voy mal, etc.

416 POBSIBS DB CHARLES D'ORL^ANS.

RONDEL

( Jekan Monseigneur de Lorraine.)

Je prens le temps ainsi qu'il peut venir, Je metz courroux hors de mon souvenir, Je suis content de tout ce que j'oy dire, Je n'ay soucy qui me garde de rire, Je suis d'amours bien aise à tenir.

Dorénavant plus ne vueil vivre en dueil, Dorénavant consentir plus ne vueil Qu'âme, fors moy, ait de mon cueur la garde.

C'est folie d'asubgetir son vueil, C'est simplesse que pour ung regart d'ueil, Sans coup ferir, te blesser par mesgarde.

N'ay je pas droit de joyeulx devenir ?

N'ay je cause de mon ennuy bannir ?

N'ai je raison de rigueur desconfire?

Ne doy je pas paix et repos eslire?

Je dye oy, et pour ce maintenir, Je prens le temps, etc.

RONDEL

Je n'ay deffaulte que de veue, Et ne congnois riens qu'à demy, En nonchaloir j'ay tant dormy Qu'ay mainte chose descongneue.

Vieillesse tient mon cueur en mue, Accompaignée de soucy.

Je n'ay, etc.

Et ne, etc.

Plus ne suis de la retenue De jeunesse qui m'a banny; Mais, au fort, puisqu'il est ainsi, Souffrir toult fortune advenue.

Je n'ay, etc.

RONDEL

Tais toy, cueur, pourquoy parles lu?

POÉSIES DE CHAHLRS I>'(HII.I^.ANfl. 417

C'est folie de trop parler De ce que ne puis amender.

Ton jangler ne vault ung festu ; Tu pers temps, d'espoir devestu.

Pense de toy reconforter.

Tais toy, etc.

C'est folie, etc.

J'ay desja plusieurs ans vescu, Et tant congnois qu'au par aler Il faut bien, ou mal endurer, Riens ne gaigner d'estre testu.

Tais toy, etc.

Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, A faire chancon, ou balade?

Dieu niercy, il n'est plus malade, Tant a par eaue travaillé ; D'Orléans s'est appareillé Âler à Blois mangier salade.

Qu'a mon, etc.

A faire, etc.

Son harnois fourbira rouillé, .

Quelque foiz aussi sa salade ; Mais qu'il ait joyeuse ambaxade, Tout se trouvera retaillé.

Qu'a mon, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Tout plain ung sac de joyeuse promesse, Soubz clef fermé, en ung coffhi d'oublié, Qui me poursuit, certes c'est grant folie.

Tant qu'on en ayt par raison, à largesse ; Craindre ne fault Fortune la diverse, Qui Passe tempà avecques elle alie.

Tout plain, etc.

Soubz clef, etc.

418 P0ÉS1B8 DK CHAKLBS O'ORLBANS.

Conseil requier à gens plains de sagesse, Qui mieulx saura, si leur piaist, com le die; Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie, A droit vendra et trouvera richesse.

Tout plain, etc.

(Benoistd'Amien.)

Nagent en angoisse parfonde, Où joye, ne plaisir n'abite, Mon dolent cueur en nef mauldite, D'Ercules a passé la bonde ; D'y avoir bien nul ne s'y fonde, La voye si est interdite.

Nagent, etc.

Où joye, etc.

L'aider, nul ne peut en ce monde.

Fors Thetis qui Déesse est dicte De la mer, car, sans contredite, En elle tout povoir habonde.

Nagent, etc.

RONDEL

( Benoist d'Âiuien.)

Tant plus regarde, moins y voy ; Et plus y voy, moins y congnois; Le monde va de deux en trois.

Sans savoir comment, ne pourquoy.

Faulceté règne, et tient sa loy En trestous les lieux où je vois.

Tant plus, ^tc.

Et plus, etc.

Loyaulté si est en recoy, Déboutée on l'a tant de foiz.

Que passez sont mains jours et mois.

Qu'on ne la vil, comme je croy.

Tant plus, etc.

Dieu les en puisse guerdonner, Tous ceulx qui ainsi tormenter Font, de vent, de neige et de pluye, Et nous et nostre compaignie; Dont peu nous en devons louer.

Mais il fauldra qu'au par aller, Comment qu'il en doye tarder, Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie.

Dieu les, etc.

Or ca, il fault parachever.

Et puisqu'il est trait, avaler; On congnoistra qu'est de clergie, .

D'Orléans trait de Lombardie, Tous bien faiz convendra trouver.

Dieu les, etc.

RONDEL

Prenons congié du plaisir de noz yeulx, Puisqu'à présent ne povons mieulx avoir, De revenir faisons nostre devoir, Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx.

Il faut changier aucunefoiz les lieux, Et essayer, pour plus, ou moins savoir.

Prenons congié, etc.

Puisqu'à, etc.

Ainsi parlent les jeunes et les vieulx ;

Pour ce, chascun en face son povoir.

Nul ne mecte sa seurté en espoir.

Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx.

Prenons, et^.

RONDEL

M'appelez vous cela jeu ?

En froit d'aler par pays; Or pleust à Dieu, qu'à Paris Nous feussions empres le feu.

420 PO^IBS DB CHARLES D'oRLBANS.

Nostre prouffît veulent peu, Qui en ce point nous ont mis.

M'appelez, etc.

En froit, etc.

Deslyer nous faut ce aeu,

Et desployer faiz et dis.

Tant qu'aviengne mleulx, ou pis,

Passer convient par ce treu.

M'appelez, etc.

RONDEL

De Vieillesse porte livrée Qu'elle m'a puis ung temps donnée, Qjioy que soit contre mon désir , Mais maugré myen le fault soufl'rir, Quant par Nature est ordonnée.

Elle est d'ennuy si fort bordée, Dieu scet que l'ay chiere achaptée.

Sans gueres d'argent de plaisir.

De Vieillesse, etc.

Par moy puist estre bien usée, En eur et bonne destinée, Et à mon souhait parvenir, Tant que vivre puisse et mourir Selon l'escript de ma pensée.

De Vieillesse, etc.

Saluez moy toute la compaignie

Où à présent estes à chiere lie ,

Et leur dictes que voulentiers seroye

Avecques eulx, mais estre n'y porfDye,

Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie.

Au temps passé, Jeunesse si jolie

Me gouvernoit ; las ! or n'y suis je mye.

Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye.

Saluez moy, etc.

POÉ8IB8 OB CHAKLBS d'oRLBANS- 421

Amoureux fus, or ne le suis je mye, Et en Paris menoye bonne vie; Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye.

Bien sanglé fus d'une estroite courroye.

Que, par aige, convient que la deslie.

Saluez moy, etc.

CHANCON

Et eussiez vous, Dangier, c«nt yeulx Assis, et derrière, et devant, Ja n'yrez si près regardant, Que vostre propos en soit mieulx; Fstre ne povez en tous lieux, Vous prenez pcîine pour néant.

Et eussiez, etc.

Assis, etc.

Les faiz des amoureux sont tieux, Tousjours vont en assoubtivant, Jamais ne saurez faire tant Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux.

Et eussiez, etc.

CHANCON

Patron vous fais de ma galéo Toute chargée de pensée.

Confort, en qui j'ay ma fiance, Droit ou pais de Desirance, Briefment puissiez faire arrivée; Affin que, par vous, soit gardée De la tempeste fortunée Qui vient du vent de Desplaisance.

Patron, etc.

Au port de Bonne destinée Deschargez tost, sans demourée, La marchandise d'Espérance; Et m'aportez quelque finance, Pour paier ma joye empruntée.

Patron, etc.

422 POésiRS DB CHARLES p'oRLBANS

RONDEL

Apres Tescarde route, Mectons à saquement Annuyeulx pensement, Et sa brigade toute; Il crye : Volte route, Râlions nostre gent.

Apres, etc. Mectons, etc.

Se Loyaulté s'y boute, Par advis saigement Dye gaillardement :

Daly brusque sans doubte.

Apres, etc.

RONDEL

Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareillier son logis.

Et ont fait tendre ses tappis, De fleurs et verdure tissus :

En estendant tappis velus De vert herbe par le pais.

Les fourriers, etc.

Pour, etc.

Cueurs d'ennuy pieca morfondus.

Dieu mercy, sont sains et jolis ; Alez vous en, prenez pais, Yver, vous ne demourerez plus.

Les fourriers, etc.

RONDEL

Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis; au fort, vaille que vaille , C'est le meilleur que de riens ne me chaille , Soit bien ou mal, tenir m'en fault content:

Je laisse tout courir à val le vent,

POÉSIES i>E CHAH LES u'ORLÉANS. 423

Sans regarder lequel bout devant aille.

Ce mois, etc.

Estre ne, etc.

Qui Soussy suit, au derrain s'en repent; C'est ung mestier qui ne vault une maille, Avantureux comme le jeu de faille , Que vous semble de mon gouvernerment V Ce mois, etc.

RONDEL

Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye.

Et s'est vestu de brouderie De souleil luisant, cler et beau.

Il n'y a beste, ne oyseau.

Qu'en son jargon ne chante, ou crie :

Le temps, etc.

De vent, etc.

Rivière, fontaine et ruisseau, Portent, en livrée jolie.

Goûtes d'argent d'orfaverle, Chascun s'abille de nouveau.

Le temps, etc.

RONDEL

(Orléans.) ^

Mais que mon propos ne m'empire, 11 ne me chault des faiz d'Amours, Voisent à droit, ou à rebours.

Certes je ne m'en fais que rire.

En ne peut de riens m'escondire.

Aide ne requiers, ne secours.

Mais que, etc.

Il ne me, etc.

Quant j'oy ung amant qui souspire, A, ha ! dis je, vêla des tours Dont usay en mes jeunes jours.

424 POéSlBS DE CHARLIS D^ORLÉANS.

Plus n'en vueil, bien me doit souiïire.

Mais que, etc.

RONDEL

(Robertet.)

Ung droit César en libéralité, • Ung grant Chaton en pure intégrité, Ung Fabius en foy non defaillable, Vous tient chascun vray, constant et eslabh?, Duc d'Orliens, prince très redoubté.

En si hault sang, parfonde humilité, Clémence grant et magnanimité , Cela avez; mais vous passez, sans fal>le, Ung droit César, etc,

En vostre bouche tousjours a vérité, En cueur, amour et ardent charité.

En loyaulté non jamais variable; Qu'affîert il plus à Prince si notable ?

Puisqu'on vous tient, parlant en équité, Ung droit César, etc.

Ung robertet indigne à porter plume, ' Pour atouchier après voz haulx escriptz, Ces petiz vers icy vous a escriptz.

De rude mains, plus pezant qu'un enclume.

RONDEL

(Cadier.)

Vous Tung des plus nobles du monde, Prince, très redoubté Seigneur, A Blois m'avez acreu d'onneur, Dont joye en moy trop surhabondo.

Par vostre humilité parfonde.

Dieu vous en soit retributeur.

Vous l'ung, etc.

Prince, etc.

J'ay peu science, moins faconde, Et encore prudence mineur,

POésIBS DB CHARLBS d'oRLRANS. 425

Et VOUS me clamez serviteur Digne pour estre en table ronde.

Vous Fung, etc.

Cadier, qui endormy estoit, Avez tout esveillé en joye, Il prie Dieu qu'il vous octroie Autant de bien qu'il vous vouldroit.

RONDEL

(Bourbon.)

Gardez vous bien du cayement, Ung chascun tendez y l'oreille, Pour vous décevoir tousjours veille, Escoutez s'il dit vray, ou mant.

Il vous trompera meschamment.

Pour ce que sans cesser traveille.

Gardez, etc.

Ung chascun, etc.

Dieu met en mal an le dament, Vous direz qu'il dort et sommeille Quant il va ; mais il se reveille En temps et lieu, incessamment Gardez vous bien, etc.

RONDEL

Des droiz de la porte Baudet, Pour toute recompense et paine, Tout au beau long de la sepmaine.

Suis servy comme ung grant cadet; Si doulx ne sont que muscadet, Rien n'en vault le fruit, ne la graine. Des droiz, etc.

Pour toute, etc.

C'est bien joué du soubz coudet, Puisqu'il le fault, ribon ribayhe, Endurer, comme à la quintayne.

On en deust servir Mistodet.

Des droiz, etc

425 poésies de chahlbs u'ohléans.

ROINDEL.

Gardez vous bien de ce tau veau, C'est une dangereuse beste, Arsoir, me donna par la teste, Tant qu'il me rompit le cerveau.

Il est ferré tout de nouveau, Et rue comme la tempeste.

Gardez vous bien, etc* C'est une, etc.

Et combien qu'il soit bon et beau, Doulx au brider, et faisant feste A ung chasdun, vous amonneste Que vous ne le peignez sans eau.

Gardez vous bien, etc.

BALADE

En ceste nouvelle saison

Qui rem plist jeunes cueurs de joye,

Et qu'Amours sault de sa maison

Pour conquester aucune proye;

Nulle riens n'ay qui me guerroyé,

Se non Jeunesse qui me prie

D'estre amoureux plus conques mais ,

Mais ainsi ne feray je mye,

Il me vault mieulx tenir en paix.

Je ne congnois point d'acboison Pourquoy son conseil croire doye, En elle n'a riens de raison; Pour trop fol doncques me tendroye, S'apres elle me gouvernoye; Quel besoing est que je me lie ?

Quant je suis franc en tous mes fais; Pardieu, ce seroit grant folie.

Il me vault mieulx tenir en paix.

Je suis de ceste entencion, Et seray quelque part que soye ; Mais Dieu me gart de la prison

POÉSIES DE CHARLES d'oKLBANS. 427

Qu* Amours souventeffoyz m'envoye, Par mes yeulx qui trop vont en voye , Combien que souvent je leur die Qu'ilzfont mal, dont je leur desplais; Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie.

Il me vault mieulx tenir en paix.

L'ENVOy.

J'ay essayé toute ma vie Qu'est de porter amoureux laiz, Pourquoy congnois, sans moquerie, Il me vault mieulx tenir en paix.

Page 1