L'AFRIQUE DANS CENT ANS
La terre est promiso à la justice cl à l'éealité
— Toi devant qui s'évanouit
Le deuil des intimes souffrances ;
Dont le frais souffle épanouit
Le germe d'or des espérances;
Ange de l'avenir, dis-nous,
Toi qui tiens sur tes blonds genoux
Des destins le livre suprême,
Ce que, pour les fils de nos fils,
De l'Atlas aux murs de Memphis,
Dans les champs africains Dieu sème
— Depuis longtemps l'Afrique agonisait. Ses champs, Ravagés par la guerre et les vents desséchants,
2iO LE CHANTIER.
Etaient couverts partout de sang et de fumée. Un suaire pesait sur ce beau continent ; Mais je l'ai déchiré. Venez voir maintenant, Venez voir les trésors dont l'Afrique est semée.
Voici la Barbarie, où des cruels sultans La France a châtié les défis insultants. Voici le chauve Atlas, cette étape première Oii se pose, en son vol, ce peuple conquérant Qui doit bientôt, rapide et fort comme un torrent, Au désert ténébreux répandre la lumière.
Voici des mines d'or aux flancs des monts altiers Et des sources de miel aux veines des dattiers. Voici ce blanc désert dont nul ne sait l'histoire, Où les lourds éléphants, que pousse un même instinct, Viennent de siècle en siècle, et sur un point distinct, Amonceler leurs os en tumulus .d'ivoire.
Voici les oasis aux vertes profondeurs Où le brun chamelier, du jour fuit les ardeurs; Où tout est un prodige, où des fleurs inouïes, Sauvages ornements des buissons tropicaux Dont le cri du lion trouble les longs échos, Pour Dieu qui les voit seul vivent épanouies.
Voici le vieux Maroc, le barbare Occident Qui de la France reine a subi l'ascendant; Voici ses ports ouverts à toutes vos poulaines, Ses monts pacifiés où broutent les troupeaux, Où, juomenant en vain d'illusoires drapeaux, Abd-el-Kader proscrit n'éveille plus de haines.