‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 103 sur 177 · L'AFRIQUE DANS CENT ANS · texte numérisé non relu

L'AFRIQUE DANS CENT ANS

Voici la Numidie et ses noirs cavaliers ,

Ses immenses haras oii paissent , par milliers ,

De superbes coursiers que nul effort ne dompte;

Voici le Sénégal aux visages bronzés ,

Aux bords étincelants, par la mer arrosés,

Aux fleuves sablés d'or, que le marin remonte :

Où le sol généreux livre au na\igateur Les produits incessants qu'enfante l'équateur; OiJ l'œil peut voir , pareils à de splendides voiles , Sur le front des forêts presque vierges encor. Des papillons de flamme et des colibris d'or Si brillants, qu'on dirait de vivantes étoiles!

Et puis , voici venir des peuples inconnus Dont la chaleur torride a cui^Té les fronts nus ; Des esclaves pour qui sonne la délivrance; Voici, voici le Cap d'où l'Angleterre part Pour vaincre du désert l'invincible rempart , Et venir en chantant au-devant de la France.

Enfin voici l'Egypte et ses vieilles cités Relevant vers le ciel leurs fronts ressuscites , L'Egypte que le Nil plus que jamais féconde, L'Egypte qui, vers l'Inde où Dieu vous tend la main. Entre deux continents va percer un chemin , Et qui devient ainsi l'avant-garde du monde!

Bientôt ce continent dont l'indolent sommeil A celui du tombeau fut si longtemps pareil , De l'Europe en travail va devenir l'émule. Il fallait le canon, hélas! pour réveiller

Tous ces bras désormais ardents à travailler,

Tous ces cœurs qu'aujourd'hui votre exemple stimule.

Ils ont compris que Dieu , pour vous comme pour eux , Avait créé les biens qui rendent l'homme heureux; Qu'ils ont droit aux bienfaits dont sa main vous inonde^ Car Dieu même, entre tous, a réparti les lots : La terre aux laboureurs, la mer aux matelots, A tous l'espoir, à tous la vie, à tous le monde!

Et vous, à votre insu, poussé par le Seigneur, Vous irez leur porter la paix et le bonheur Après leur avoir fait une guerre fatale. Lue guerre tînie, impossible, depuis Que , trouvant dans la paix de durables appuis , La France enfin renonce à la force brutale;

Et ce sol, par la guerre aujourd'hui déchiré,

Avant cent ans d'ici sera transfiguré.

Des langues et des cœurs la fusion s'opère.

Pour rendre grâce à Dieu de leurs destins plus doux.

Les générations qui viendront après vous

Ne reconnaîtront plus qu'un seul et même père.

Et l'Europe et l'Asie, en ce temps solennel, Feront avec l'Afrique un trio fraternel. A ce grand résultat Dieu toutes trois les mène : Japhet et Sem, alors, tendront la main à Cham, Dont les fils, vil bétail qu'on vendait à l'encan. Auront enfin ]o\\v rang dans la famille humaine.

Ce désert, que nul œil ne mesurait sans peur, Verra vingt fois le jour l'aile de la vapeur

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