‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 104 sur 177 · L'AFRIQUE DANS CENT ANS. 24Ô · texte numérisé non relu

L'AFRIQUE DANS CENT ANS. 24Ô

Franchir son sein de feu, sa plaine infranchissable. Le vol des voyageurs sur lui sera si prompt , Ou'il n'aura pas le temps , pour venger son affront , De soulever contre eux ses montagnes de sable.

Et les femmes aussi, fortes de leur beauté,

Outre l'amour de l'homme auront la liberté.

Elles vont secouer cet antique esclavage

Qui, sultane ou fellah, blanche ou noire, partout

Oïl le sol africain aux feux du soleil bout ,

Les courbait sous un joug dégradant et sauvage.

Elles revêtiront et de soie et de fleurs

Leurs corps que flétrissaient la misère et les pleurs ,

Et réaliseront pour vous, dès cette vie,

Cette félicité sans lin que Mahomet

Par la voix du Coran aux fidèles promet ,

Qu'au sein même de Dieu le prophète a ravie.

Voilà la vieille Afrique au jour prédestiné : Son front noir deux fois l'an d'épis blonds couronné , Son grand désert purgé des monstres qu'il recèle , Ses champs désaltérés par d'abondantes eaux , Ses marais assainis , ses ports pleins de vaisseaux , Et ses fils partageant la joie universelle.

Voilà l'Afrique , enfin , telle qu'elle sera Lorsque ce jour divin à tous inspirera L'amour de la concorde et des grandeurs civiles; Quand cent ans de travail fécondés par la foi , Auront , dans ces déserts dont l'homme sera roi , Fait éclore au soleil une moisson de villes.

244 LE CHANTIKR.

— Oh! laisse nos voix te bénir, Ange des saintes prophéties.

Pour organiser l'avenir Fais surgir de nouveaux messies.

Ferme tes feuillets sibyllins De toi , d'amour, de bonté pleins ; Rouvre-les après cent années, Et garde de tout changement Le magnifique dénoùment Du drame de nos destinées.

A JOSEPH AUTRAi^

K Lorsqu'aux approches de l'automne,

« Tout un formidable arsenal

« D'éclairs et de foudres résonne

(( Sous le ciel méridional ;

« Quand nos bois, dont les vagues blanches

(( Baignent les pieds, et dont les branches

«< Se balancent aux vents des cieux ,

(( A l'été qui les abandonne,

« Avec leurs fleurs et leur couronne

« Jettent de douloureux adieux;

« Quand sous les précoces atteintes « Des froids, spectres de notre seuil ,

« Toutes nos splendeurs sont éteintes, ce Tous nos arbres prennent le deuil , « Je ne sais quelle voix austère « Des flancs attristés de la terre « S'élève vers moi chaque jour, (( Se mêle à l'air que je respire , « Me poursuit partout et m'inspire « Des chants de tristesse et d'amour.

K Alors, la mer qui se lamente,

<( Le rocher nu que le flot mord ,

« La forêt chauve que tourmente

« Un vent glacé comme la mort ;

« Tous ces appels de la nature

<c A la chaude saison future

« Trouvent dans mon âme un miroir,

« Et j'accomplis ce divin rôle,

c( De traduire avec la parole

(( Tant de souffrance et tant d'espoir. »

Ta voix calme , grave et sonore , Ce baume béni de mes maux , Ta voix dont le Midi s'honore , Frère, m'a souvent dit ces mots.

Naguère encore, sur YHuveaune *, Ce doux petit-fils du vieux Rhône, Changés en serments solennels.

' Petite rivière, toute cachée par de niagiiifKiues oiiibiaj,'cs, qui coule près de Marseille. Les bateaux pleins de promeneurs la renionlenl à force de rames, et se laissent doucement redescendre jusqu'à la mer par le courant.

Page 1