SUR PONCY. XXIX
ciel du pays qu'il habite, est vif et brûlant, il y a toujours un voile de pudique blancheur et une suavité virginale qui ajoutent au charme poétique. Celle à qui il les adresse est une jeune orpheline, ouvrière vivant comme lui du labeur de ses mains, qui, la première, le soir, à l'issue des travaux, à la veillée de famille, écoute les poésies qui viennent d'éclore, leur donne le premier sourire ou le premier avertissement du cœur, et qui est au poëte, pour me servir de ses propres expressions, «un ange gardien, un doux conseil a et une sainte maîtresse. »
Il existe entre eux, cependant, un sujet de dissentiment bien léger. On sait qu'aujourd'hui la pipe a conquis sa place d'honneur dans la littérature et dans la science. Y a-t-il, en effet, un poëte à flottante et vaporeuse inspiration , un poëte à élan vigoureux et confiant en ses propres forces, sans cet instrument donneur de fumée? Y a-t-il un bon et savant philosophe allemand, sans ce foyer auxiliaire de la pensée, autour duquel \iennent se grouper les disciples , les amis et la famille? Et qui voudrait de nos jours peindre allégoriquement la rêverie ou l'exaltation poétiques, ne seraitil pas obligé de le faire sous la forme d'une pipe? « Je ne puis composer sans fumer, m'écrit Poney; le tabac est pour moi le berceau de la poésie. Quand ma pipe s'échauffe , «la tête aussi , et je deviens spiritualiste du moment que mes yeux suivent la fumée bleuâtre qui vole dans l'air. Quand je suis bien inspiré, chaque bouffée de tabac est un vers, et la fni de la