SOMMEIL
Viens sur mon sein, ma jeune bien-aimée; Sur ce vivant oreiller, viens dormir !
Sous le contact de ta tête embaumée , Ne sens-tu pas ma poitrine calmée S'épanouir?
C'est que ton souffle a bien plus d'harmonie Qu'un vent d'été glissant au front des bois ; C'est que les chants d'un sublime génie N'égalent pas, pour moi, ta voix bénie, Ta douce voix.
Comme les fleurs qui penchent leurs corolle? Sur d'autres Heurs , je me penche sur toi ;
Et je te dis de si tendres paroles ! . . . Car mon amour craint que tu ne t'envoles D'auprès de moi.
Tu pourrais bien t'enfuir vers cette sphère Que tu quittas , peut-être avec regrets. Je t'en conjure, oh! reste sur la terre, Reste , ou bientôt éperdu , solitaire , Je te suivrais.
Ou, si tu veux aux plaines éternelles T'en retourner, songe que j'ai ta foi.
Dérobons-nous aux angoisses mortelles, Ange du ciel, et dans tes blanches ailes. Emporte-moi.