‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 149 sur 177 · VIEUX SOLDAT DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

VIEUX SOLDAT DE L'EMPIRE

MORT MANOF.UVBK AU SERVICE DES ÎIAÇONS.

Mort! dites-vous? Trente ans de glorieux services, Une âme que jamais ne souillèrent les vices, Un front mâle , voûté par quatre-vingts hivers , Rien n'a donc pu sauver sa tête vénérée? Oh ! laissez-moi rêver sur sa tombe ignorée , Laissez-moi l'arroser de larmes et de vers !

Rien n'a pu le sauver, l'homme que la mitraille Epargna mille fois sur le champ de bataille. Nous , qui de son trépas sommes les seuls témoins , Revêtons-nous du deuil que le respect inspire. De ce beau monument qu'on appelait l'Empire, Encore une pierre de moins !

Combien nous chérissions ce nonvean Béjisaire! Nous entourions de soins ses vieux jours, sa misère. Dans nos poudreux chantiers, sur le gravois assis. Bien des fois du travail nous laissions passer l'heure , Car nous sentions grandir notre cœur, qui le pleure, A ses héroïques récits.

Nous aimions ces récits jusqu'à l'idolâtrie;

Ils exaltaient en nous l'amour de la patrie.

11 nous semblait le voir escalader les monts !

Et quand il racontait ses balaiUes navales,

Tous ceux qui l'écoutaient pleuraient, par intervalles,

Les marins dont le corps dort sous les goémons.

Puis il croyait ouïr le choc lointain des armes.

Il tressaillait. Ses yeux se remplissaient de larmes.

Ses lèvres murmuraient : Hociie , Napoléon !

Et puis il embrassait, dans la chambre sonore.

Ses vieux compagnons morts, qui, pour le voir encore.

Parfois, nous disait-il, quittaient leur Panthéon.

Quand l'Empereur mourut , lui , ne pouvant pas croire Qu'un îlot africain dévorât l'homme-gloire , Regardait, quand les flots gonflaient les océans. S'il ne descendait pas à cheval sur la foudre.

Pour disperser et pour dissoudre Ces pâles escadrons d'éphémères géants.

Ce bras que la mort voue à l'oubli de ia tombe. Et qui, sans mouvement, sur son cadavre tombe, Savait brandir un sabre et pointer un canon. Cette livide chair de ses pieds s'est durcie

A GUILLAUMI': GLOUARECK.

Dans les neiges de la Russie , %^ Et dans les chauds déserts où résonna Memnon.

Ce regard qui, devant la phalange ennemie, Surprit tous les matins l'aube encore endormie , Est mort, comme une fleur au soleil desséchant. Son lit est froid; la rouille ébrèche son épée. Ta vie , ô vieillard , fut une longue épopée , Et ta mort héroïque en est le dernier chant.

Dors, soldat oublié! ton âme, que j'évoque, Repose auprès du Dieu que tout mortel invoque. Laisse dormir ta gloire à l'ombre des cyprès. Tu ne dois pas à l'or les pleurs dont on t'arrose.

La plus sublime apothéose , C'est ce muet concert d'unanimes regrets.

Sur l'oreiller des morts incline ce front chauve. Blanc comme le plafond de ton étroite alcôve. Rien n'a pu le flétrir, pas même le trépas. Ta grande âme, au milieu des dangers aguerrie, De tous les maux humains est aujourd'hui guérie. La mort est un bienfait, car tout souflre ici-bas.

Le cercueil est scellé. L'humide et froide argile Cesse de résonner sur la planche fragile. Adieu! . . . les chants guerriers, le canon, le tambour, Les combats où vainqueurs et vaincus, tout expire. Rien n'éveillera plus le héros de l'Empire Que les clairons du dernier jour!

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