SUR PONCY. XXXV
cette pensée, qu'après la guerre, après la destruction,
Après que les canons , volcans des batteries , Ont broyé les cites de vétusté pourries , L'ouvrier créateur sans retard doit venir S'inspirer des besoins des siècles qui vont luire ,
Et sur les noirs débris construire
L'édifice de l'avenir.
Le poète y voit l'Afrique qui
. . . prête à recevoir les sueurs et le soc , Veut contre les bienfaits d'une culture stable
Échanger son burnous de sable
Déchiré par l'ardent siroc.
Il entend sur l'Atlas les ombres du Passé et de l'Avenir, dont l'une regrette l'antique barbarie et excite le désert à la vengeance; dont l'autre annonce les merveilles futures et appelle les hommes à la concorde. Puis, nous transportant à un siècle d'intervalle, il nous déroule le magnifique tableau de ces merveilles accomplies et de cette concorde générale entre les peuples.
Une autre fois, dans l'hiver de 1845, ce sont les ouvriers de Paris ([ui veulent avoir et fêter parmi eux ce travailleur à l'inspiration mâle et généreuse. Que faire? On ne peut se transporter en masse à Toulon, on l'invite à Paris. Une cotisation populaire s'improvise, toutes les dispositions sont prises pour son voyage et pour son séjour; une chambre, que des artistes s'empressent d'orner, où chacun veut avoir mis son
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meuble, son tableau, l'attend : il ne lui reste qu'à se laisser conduire, installer et fêter. Fêter... si la police le permet, ne vous déplaise ! Elle le défendit, mon brave et pacifique Poney, mon noble, pur et simple jeune homme ! mais si le banquet d'artisans, qui vous avait été préparé, n'a pu avoir lieu, la fête du cœur et de l'intelligence ne vous a pas manqué.
C'est durant cette apparition d'une quinzaine de jours à Paris, que j'ai pu apprécier la rare sagacité, la ferme droiture, la sensibilité cordiale et éclairée de Poney. Passant tour à tour d'une classe de la société à l'autre, mis en rapport avec des célébrités diverses, il a rencontré des contrastes, des émotions, des enivrements, plus d'une fois des désappointements, sans jamais cesser d'être lui-même. Le jour même que des ordres de la police interdisaient la fête inoffensive pour laquelle il était arrivé de Toulon, un ministre à idées généreuses, qui ne croit pas que l'esprit de parti doive présider à l'appréciation et à la récompense du talent, qui a ouvert, au nom de l'État, nos écoles pu- Itliques au fds de Carrel, en lui recommandant de suivre les traces honorables de son père, M. de Salvandy accueillait Poney avec distinction, et l'engageait à marcher avec persévérance dans la voie poétique qu'il s'est tracée. Poney a (juitté ce monde de Paris tel qu'il y était venu; sans fciscination , sans rancune, C'mi)ortant de la reconnaissance pour bien des cœurs, pour ses frères les artisans surtout, dont la voix l'y avait appelé, ol une moisson de grandes pensées.