SUR PONCY. XXXVII
comme il en avait rapporté une déjà de son excursion en Afrique.
Mais, ici, le soleil lui manquait. L'hiver était cependant d'une douceur inaccoutumée; une petite pluie, passée au plus fm tamis des nuages, restait presque suspendue en l'air, tant elle était légère à tomber :
— « Que vous faut-il, monsieur, lui dit respectueusement le propriétaire de l'hôtel, qui le voyait s'agiter, marcher, comme une âme en peine, dans sa chambre, son manteau sur les épaules ; vous manquerait-il quelque chose? »
— « Tenez ! répond enfin Poney avec expansion : ces meubles d'acajou, ce tapis sur le parquet, ce tapis sur cette table, ces cristaux, cette pendule, ces cordons de sonnette, tout cela est bien beau pour moi ; mais voulez-vous me rendre un service, un service signalé? empêchez, je vous en supplie, cette cheminée de fumer ! »
— «Hélas! ne m'en parlez pas; voilà bien des fois qu'on y met la main ! Cependant un de nos plus habiles fumistes y a travaillé ce matin encore, et j'espère que désormais... »
Une grande bouffée, sortant de l'âtre avec violence, étouffe ici la parole et enveloppe les interlocuteurs.
— « Oui-dà ! s'écrie Poney ; avez-vous une truelle, un peu de plâtre ? »
On apporte ce qu'il demande. Voilà notre maçon sur le toit; voilà le tuyau de la cheminée attaqué : un, deux, trois coups à droite ou à gauche, une ou deux
xxxviii NOTICE
poignées de plâtre, l'affaire est finie ; et quand il redescend, le feu allumé flamboie, et un tirant magnifique fait voler, en ronflant, la fumée au plus haut de l'air.
— « Voilà un homme qui a un bien beau moyen de faire fortune ! »
Disait le maître de l'hôtel, en le regardant.
Cette pluie fine ne discontinuait pourtant pas ! Quelque autre chose tourmentait Poney comme une idée fixe : la crainte qu'il ne vînt à tomber de la neige ; puis sa femme, puis son enfant, puis son pays, triple amour qui se déguisait sous ces apparences d'inquiétudes météorologiques. Un beau matin il partit, après deux semaines passées auprès de nous, sans que nos instances, sans que nos tentations pussent obtenir de lui un jour de plus.
Vous avez raison. Poney, aimez-le, votre pays, restez-lui fidèle ! restez fidèle à cette terre chaude et rouge, qui a du fer dans ses molécules comme ses fils dans leur sang, et des sources de poésie, des sources de gloire pour les ouvriers qu'elle produit! restez fidèle à cette mer : n'êtes-vous pas quatre, humbles et nobles artisans, sortis de nos chantiers, de nos ateliers, de nos arsenaux, quatre qui travaillez à l'illustrer et qu'elle doit illustrer à son tour :
CoRDouAN, qui explore ses baies, ses criques, ses rochers, ses plaines calmes ou agitées et ses navires aux mille formes, pour les faire revivre magiquement sous les couleurs du pinceau ou des crayons ;
CosTE, qui peint ses algues chevelues, et le dernier