‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 158 sur 177 · AURORE BORÉALE · texte numérisé non relu

AURORE BORÉALE

Prodige de beauté , de grandeur idéale !

Soleil de ces climats qui n'ont point de soleil!

Radieux phénomène ! aurore boréale ,

Qui recouvres de feu la zone glaciale ,

Et changes son ciel noir en firmament vermeil!

De ces cieux désolés qu'ont choisis pour arène Les glaciers éternels, l'ouragan exalté, De ces climats sans roi Dieu te proclama reine : Reine par ta beauté , ta gloire souveraine , Reine par la splendeur et par l'immensité !

Pourtant cette beauté splendide se déflore ; Tous ces rayonnements s'éteignent tour à tour ; De ses nuances d'or le ciel se décolore , Et l'heure qui succède à cette belle aurore N'amène qu'une nuit affreuse au lieu du jour.

Et l'on voit, aux deux bouts de l'immensité sombre, Comme Israël, quand l'aube éclairait le désert, Deux colonnes de feu, qui ressemblent, dans l'ombre, Aux deux mâts d'un navire incendié qui sombre , Pâlir, et par degrés s'évanouir dans l'air !

Dieu, qui parle toujours par la voix des symboles, N'aurait-il pas caché quelque secret profond Dans ces temples ardents , aux célestes coupoles , Qui remplissent d'éclairs les ombres des deux pôles, Gouffres dont nul mortel n'a pu sonder le fond?

Car, pareil au marin qui parvient à ces plages , Parfois aussi , parfois , glorieux Magellan ,

Le poëfe hardi fend Tocéan des âges . . . Mais quand de l'avenir il tente les rivages , D'infranchissables monts arrêtent son élan.

Pourtant, lorsque son œil, que le génie anime, Ose , sans effroi , lire aux arcanes du ciel , Il voit de l'avenir, inexorable abîme, Jaillir des feux qui font à son âme sublime Pressentir le lever d'un soleil éternel.

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