‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 159 sur 177 · A MON ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

A MON ANGE GARDIEN

Longtemps je me suis plaint des tracas de la ville ; Je voulais être seul, ange, pour te chanter. Aujourd'hui, sur ces bords où mon travail m'exile, Ma muse, loin de toi, ne peut s'acclimater.

C'est en vain que je vais respirer sur la grève Le parfum qui, des mers et des forêts, s'élève. Arbres, vagues, soleil, ici tout est plus beau; Et pourtant je suis triste, ange! et tout me révèle Que pour tout cœur aimant, pour toute âme fidèle, La solitude est un fardeau !

Il faut, i)our (|ii'un rayon de soleil me féconde,

Pour que ma muse nage avec lui dans les cieux ,

Il faut qu'il ait doré ta chevelure blonde ,

Et qu'il m'arrive au cœur avec ceux de tes yeux.

Il faut , pour que des flots la chanson me séduise , Que , comme Malvina , près de la mer assise , Ta voix d'enfant se mêle à leur puissante voix ; Et, sans les doux parfums qu'exhalent ton haleine Et tes longs cheveux d'or, mon âme , d'amour pleine , N'aimerait pas l'encens des bois.

A ton jeune poëte il faut l'hymen subhme

Du monde et de l'amour. Sans le ciel, sans la mer,

Tu ne suffirais pas au désir qui m'anime,

Et le monde, sans toi, me serait un désert.

Ma muse dans l'exil serait bientôt glacée. Il faut la flamme au cœur, la flamme à la pensée , Car la flamme, c'est Dieu; la flamme, c'est le jour! La flamme vit partout : sous l'écorce du globe. Dans le flanc des volcans , dans le ciel teint par l'aube , Dans les soleils et dans l'amour !

Aussi , pour que le feu du génie en moi vive , Pour que ma poésie , attristée et sans fleurs , Puisse redevenir encor causeuse et vive , Pour que tout à mes yeux retrouve des splendeurs;

Afin que mon regard à ton regard s^embrase , Afin de savourer cette divine extase , Ce nectar que l'amour autour de nous répand , A tes pieds, sous le toit où mon culte t'encense,

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